APOLOGIE DE LA RETRAITE DES PASTEURS
de Berlin, semble attribuer la Lettre a Brousson. Il nous est diflieile de partager ce dernier avis, bien que 1" avocat ait repris, et parfois dans des termes analogues, les arguments dont elle use '.
Peut-être Benoit mit-il quelque astuce à taxer de moquerie une publication qui le gênait. Il eut beau déclarer qu'il ne valait pas la peine de s'informer du nom de l'auteur, il ne crut pas possible de laisser sans réponse un appel qui s'adressait à lui comme à ses collègues. Il prit l'offensive à son tour, et contre « les protestants captifs », sans plus se préoccuper du prétendu catholicisme de leur porte-parole, il écrivit l'Histoire et ÏApolos'ie de la retraite des Pasteurs -.
Sans hésitation, il glorifie d'abord ses confrères. Dans leur retraite, comme Jurieu, il salue « une merveille de la Providence de Dieu, qui a surpris les sages dans leurs ruses, en leur faisant conserver ceux qui feront renaître en France tôt ou tard la Réformation que l'on a voulu y détruire )). Il laisse entendre qu'un certain nombre d'entre eux sont prêts à rentrer dans leur patrie si seulement leurs Eglises consentent d'abord à se relever, si leurs frères ne refusent point, comme ils l'ont fait au début de la persécution, de les cacher, de les voir, de les entendre ; mais il prouve ensuite, en de subtils développements, plus juridiques que chrétiens, qu'un pasteur debout n'est plus lié à une Eglise tombée. Les arguments de la Lettre des captifs avaient cependant porté, car le pasteur termine par un aveu humilié. « Chacun doit consulter son cœur pour savoir ce qu'il lui dit de la part de Dieu. Il y a temps d'éviter la mort, mais il y a temps de mourir. . . La plus belle justification de leur retraite [des pasteurs], c'est qu'ils donnent lieu de dire, si l'occasion s'en présente, qu'elle n'a pas été une fuite, mais un délai du martyre. » Benoît promettait formellement d'ailleurs, aux protestants du royaume, que des ministres reviendraient incessamment vers eux. « Ils ne sont peut-être pas si loin qu'on le pense. . . Ce n'est pas un discours en l'air que je fais ici. On sait peut-être déjà bien, dans les lieux où il y a des gens assez résolus pour faire des assem-
1. D'Artis (Douen, II, V53 ; I, 153) prétend que Benoît, dans le livi-c dont il va être question, « répondit à une Lettre de Brousson, imprimée en Hollande ». Lelièvre (De la Réi'oc. à la Rci'ol., p. 1-27) et D. Benoît (Ibid.) sont d'accord avec nous pour attribuer à la lettre une origine protestante. D. Benoit croit que la lettre est de Brousson. Mais on ne s'expliquerait pas, dans ce cas, qu'elle ne contînt aucune des expressions « mystiques » qui lui étaient familières.