Sentiments désintéressés. .. pp
3. Bull. XXXIV, UO; Hist. Apol. (Avertissement, et I, chap. III).
ses auditeurs de leur donner la Cène. Jurieu avait cru aux voix célestes, qui de la part de Dieu confirmaient les fidèles dans leur désir de persévérer. C'est lui évidemment que Benoît stigmatisait comme un Montaniste ressuscité : en prenant le parti des miraculés des Cévennes, il rabaissait en quelque mesure les représentants normaux de l'Eglise déchue.
Les Lettres Pastorales se trouvèrent confirmées et complétées par un ouvrage plus considérable. Le pasteur Gaultier de Saint-Blancard. dont l'activité avait déjà secondé celle de Jurieu, publia, sans doute dès 1687, son Histoire Apologétique, ou défense des libertés des Eglises Réformées de France. Le livre était dédié à l'Electeur de Brandebourg, sans que l'auteur ait voulu se nommer. Gaultier, l'un des ministres qui « étaient allés raconter la persécution à toutes les Cours de l'Europe », voulait avant tout, comme avait fait Brousson dans son Etat des Réformés, expliquer aux princes protestants (I) « la nature des édits de pacification, et en particulier de l'édit de Nantes » et (II) retracer les mesures illégales et scandaleuses qui avaient accablé les protestants avant même que l'édit eût été cassé. Mais une IIP partie (formant le second tome de l'ouvrage) exposait aussi les « Persécutions de France depuis la révocation de l'Edit de Nantes » et oflrait une narration suivie des événements du Languedoc'. Bien que fauteur, et dans les termes mêmes de Jurieu et de Benoît, insistât sur les desseins cachés poursuivis par Dieu dans la conservation des pasteurs, le tableau qu'il présentait du zèle des prédicants concentrait sur ces derniers toute l'attention de ses lecteurs.
Une dernière circonstance enfin attisa le débat. Les Nouveaux Convertis se réveillaient partout. Comment donc les ministres osaient-ils incriminer l'ingratitude ou l'apostasie irrémédiable de leurs troupeaux ? La Lettre Pastorale que Jurieu data du lo mars 1G88, marque chez lui un complet changement de front. Un religionnaire du Poitou en annonçant que des cultes secrets secélébraient maintenant dans sa province, avait écrit à son correspondant de Hollande : « M. Jurieu se plaint fort de ce qu'on ne quitte point le royaume ' ? Peut-être que Dieu ne l'a pas jugé
1. Le volume inlilulé Recueil de plusieurs Edits..., qui est de Gaultier, se donne pour la suite de VHist. Apol. Nous en avons vu une édition de 1687, qui lixe par conséquent la date de la première édition (inconnue) de VHisloire.
2. Jurieu avait écrit en effet (Let. Past. du 15 fév. 1688): « Quand la délivrance devrait arriver demain, vous devriez partir aujourd'hui. »
JURIEU ET LES l'RKDICANTS 2il
à propos, et qu'il veut se servir de nous pour relever son Eglise désolée ». Ce mot ouvrit au pasteur des horizons nouveaux. Sa Lettre entière du 15 mars, est un Avis sur la nécessité de faire des assemblées pour prier Dieu. Le l^"" avril, une autre Lettre Pas/o/'a/e justifiait le nouveau mot d'ordre : « Si Dieu nous a donné quelque intelligence des prophéties, vous êtes les Deux Témoins morts sur la place de la grande cité, morts, non pas ensevelis. La résurrection viendra, et elle sera prochaine. Dieu aujourd'hui semble se disposer à relâcher de sa sévérité et son esprit commence à rentrer en nous en divers endroits. Il faudrait pousser Dieu sur cela par des dévotions ardentes et réitérées ».
Reste la question bridante. « Vous direz que vos pasteurs ont bien mauvaise grâce de vous exhorter à des actions de vigueur pendant qu'eux-mêmes ont témoigné tant de faiblesse et y persévèrent?» Jurieu, dans sa réponse, ne va guère plus loin que Benoît. Il était pasteur, lui aussi. Il réserve l'avenir, et il se borne à un souhait. Toutefois le nom des prédicants vient sous sa plume. « Nous espérons que vous ne serez pas réduits à la nécessité de vous faire des pasteurs par des voies extraordinaires pendant qu'il y en a de tout faits par les voies ordinaires » '.