‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 146 sur 284 · Ici commençait la troisième lettre · texte numérisé non relu

Ici commençait la troisième lettre

246 LES PRÉDIGANTS PROTESTANTS

pour donner gloire à Dieu ». Le laïque n'entend accoï'der à ces pasteurs dont toute l'Europe, selon Benoît, faisait l'apologie, qu'une gloire égale à celle des plus humbles protestants qui se sont expatriés comme eux. De cet honneur même, que va-t-il leur rester, s'ils considèrent maintenant leux exil « par rapport à leurs troupeaux ? » Car c'est ici le point essentiel. « Comme vous n'êtes pas de simples fidèles, mais des pasteurs, vous devez considérer si par votre retraite et par votre longue absence, vous remplissez tous les devoirs de vos saintes charges, i»

Sans un mot violent, mais sans une hésitation, Brousson rappelle aux ministres tout ce que leur impose leur vocation de conducteurs de l'Eglise. L'une après l'autre il écarte les objections, en termes qui évoquent le souvenir de la Lettre des réformés captifs.

Les hommes leur ont défendu de prêcher ? mais Dieu le leur commande. Presque tous ceux qui étaient commis à leur conduite ont abjuré la vérité? Mais aujourd'hui, les brebis sont prêtes à entendre la voix des pasteurs. Que les ministres ne disent point qu'avant de s'éloigner ils les ont averties et exhortées. Car s'ils ont conseillé l'exil la partie n'était point égale : « On vous a donné des passeports, mais on voulait retenir le peuple. Quelques-uns pouvaient bien s'échapper, mais il était malaisé que près de deux millions d'àmes pussent sortir d'un royaume où l'on les enfermait avec soin. Dans les autres Etats, on n'avait peut-être pas non plus le pouvoir ou la volonté de recueillir tant de monde. Cela même qu'on empêche nos frères de sortir de France doit vous faire juger que Dieu, dont la Providence conduit toutes choses, ne veut pas transporter son chandelier de ce Royaume là*. Quoiqu'il en soit, il sulïit que vos brebis égarées y sont, pour vous obliger à les aller chercher. Quand il n'en resterait qu'une, il faudrait quitter toutes les autres pour aller chercher celle-là. »

L'histoire ecclésiastique parle assurément d'évêques qui ont fui, mais d'autres ont résisté. Notre Seigneur lui-même quelquefois, a fui également, mais il revenait ensuite, et les apôtres de même. Jésus-Christ veut sans doute que les ministres de l'Evangile usent de prudence. Mais il ne faut pas que la prudence dégénère en tiédeur et en couardise. « Le péril n'était pas moins grand qu'aujourd'hui, aux origines de la Réformation, puisque durant quarante ans on y brûlait tout vifs les prédicateurs. »

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