VIVENT EX HOLLANDE 2G
m'avez recommandé tout le pi'emier, c'est d'empêcher qu'on n'entreprenne daller en France que de concert. On craint que l'impatience de quelques-uns ne gâte les afl'aires, dès qu'on verra laflaire d'Angleterre achevée, ce qui sera bientôt, s'il plaît à Dieu. Ce que je viens de dire ne regarde pas les pasteurs. Il faut y en laisser aller autant qu'il y en aura à qui Dieu mettra au cœur d'aller fournir cette carrière » '.
Quels sont ces impatients ? Gaultier ne le dit pas. Sans doute des réfugiés pour qui le départ du Prince d'Orange a été le prélude assuré de la délivrance. Ils se proposent connne des émissaires bénévoles qui porteront les heureuses nouvelles, et qui seront les premiers à saluer la liberté reconquise.
Parmi eux, et sans doute à leur tète, nous devons compter quelques-uns des prédicants exilés. On a vu de quelle importance avaient été leur personne et leur œuvre dans le débat où Brousson était entré. Des ministres maintenant enviaient leurs travaux, cherchaient auprès d'eux la force d'accomplir leur devoir. Parfois même ils leur conféraient une dignité spéciale. L'adversaire anonyme de Brousson avait assuré celui-ci, non sans désinvolture, que s'il ne lui manquait que l'ordination pastorale, on la lui conférerait volontiers. L'imposition des mains accordée à un prédicant en vue de son retour en France n'était pas en effet chose inconnue en Suisse au milieu de 1G88. Nous verrons plus loin que dès la fin de 1687, Serein a reçu la conséci'ation.
A la considération dont ils se sentaient entourés, s'ajoutait encore pour enllammer le cœur des prédicants, le souvenir de la traîtrise de Bàville. Devaient-ils laisser « leurs troupeaux » sans secours entre des mains si criminelles ? D'ailleurs, la guerre n'avait-elle pas dégarni les provinces des soldats appelés aux frontières? et la persécution, « qui devait durer trois ans », n'approchait-elle pas de sou terme? Dans le temps que quatre ou cinq pasteurs passaient de la Hollande dans les Eglises du nord de la France, A'ivent quitta les Provinces Unies pour la Suisse, où il savait devoir trouver d'anciens compagnons. Il y venait concerter avec ceux-ci son propre retour dans les Cévennes.
D'un extérieur rude, l'ancien régent de Valleraugue était capable, par son courage, sa verve et sa puissance religieuse, de se conquérir de solides affections. S'il parlait dordiuaire son patois