FAUCHER A SAUVE
Au bout de quelques mois Bàville était en présence d'une seconde série de ces personnages en qui il ne voyait que des esprits faibles ou des mutins. Il continuait la suite de ses expériences déconcertantes, étranges d'ailleurs même pour les protestants d'alors, explicables seulement pour celui qui sait la puissance d'un sentiment religieux profond et la valeur du principe évangélique d'après lequel tout fidèle est un olliciant.
Avant de parler de ces nouveaux serviteurs des Eglises dispersées, il faut revenir à l'un de leurs premiers conducteurs, Faucher, dont l'activité presque toujours solitaire ne s'était jamais exercée dans les Gévennes. Demeuré en dehors des négociations de Bàville avec Vivent (il n'en dit pas un mot dans ses Mémoires), il était sans doute près de Galvisson au moment du départ des prédicants. Aux approches de l'hiver (1G87) il rentre à Nîmes et vers le mois de novembre (?) convoque à Vallongue, non loin de Gajan, « du coté de la Bastide », une assemblée où ses amis de la Vaunage se joignent à ceux de Saint-Mamert et de Nîmes. Elle est dénoncée. Soixante soldats sortent de la ville et fouillent en vain les environs pendant la nuit. Mais les protestants de Nîmes, à leur retour, tombent dans une embuscade. Plusieurs prisonniers sont conduits au fort, bien qu'il ne soit pas encore achevé. Trois semaines plus tard, ils sont élargis.'
Quelques semaines après Faucher a quitté la ville. Il est à Sauve. Le soir du 21 décembre il prêche à un quart de lieue du bourg, au clos ou cros (bas fond) de Gavalèry (Cavalier), dans le quartier de Goutach, qui abritera plus tard bien souvent le camisard Bonbonnoux". L'un de ses auditeurs, Jean Fesquet, de Sauve, le dépeint sans le nommer avec sa perruque blonde nouée des deux côtés, son justaucorps gris, sa petite taille et sa forte corpulence. Deux jours après, à une lieue de là, entre huit et neuf heures du soir, un nouveau culte se tint svu" les bords de la rivière du Grieulon, au quartier de Rocaute. à 2 kilomètres de Quissac '. Peut-être Faucher y fut-il le prédica-
1. Bull. XXX, p. ."iul (dernier ij de la pafje) et p. 302 (au haut de la p-d'^e). Il s'ajrit d'un<' seule et même asseiublée, cai- il a était pas quesliou du fort de Xîiiies (p. 302) au début de Tactivité de Faucher.
2. Il prend comme texte Esaie I. Bail. XXX, 302, et C. 108. Assemblées de Sauve et de Quissac.
.i. On dit '( dans le bois de Roeaule ». La rivière coulait là « dans un i)etit vallon, y ayant une montagne de chaque côté ». Un feu fut allumé, où un assistant séchait, pendant le prêche, ses bas qu'il avait mouillés en passant le Grieulon. Une passerelle avait été établie pour les femmes.
teur ? Peut-clre était-ce Serein, déjà revenu de Suisse, comme on va le voir, ou la Jeunesse (Mazel) que nous allons nommer'. Les deux assemblées lurent dénoncées, quelques prisonniers conduits à Nîmes. Les uns en lurent quittes pour une amende, d'autres allèrent à la Tour de Constance. Fesquet fut condamné à mort et exécuté à Sauve ; « il édifia tous ses frères d'une manière admirable )>'.
Faucher redescendit vers Nîmes, chez son amie M"« Barjeton. Il manqua, peu de temps après, être arrêté. Un traître lui mit la main au collet connue il passait devant le corps de garde de la porte des Carmes. Faucher se dégagea, s'enfuit sans perruque ni chapeau par la porte de la Couronne, traversa l'Esplanade où la foule le prit pour un fou, et s'alla cacher vers le mas des Gardies, doù quelques amis, à la nuit, le ramenèrent dans la ville.
Serré de trop près par les espions et les soldats, ayant, au jugement de ses meilleurs partisans, couru assez de dangers, il se résout à quitter le royaume au moment où l'émigration protestante reprend dans le Bas-Languedoc (fm février 1G88). 11 est remis entre les mains d'un guide d'Aigues-Vives, en môme temps que deux femmes. Son activité de prédicant est achevée dans la région, mais il faut lire le récit de ses dernières tribulations ; comment, arrêté près de Lyon, il y est enfermé quatre semaines aux prisons de Roanne ', ramené à Uzès avec soixante-dix captifs, emprisonné à la Tour Vinatyère à Nîmes, et, fort heureusement pour lui, relâché sans avoir été reconnu, après une admonestation d'un jésuite ; comment, après un séjour de trois mois à
1. Un assistant prétendit en effet que le i)rédicateur de Quissac n'était i)as le même que celui de Sauve.
2. Ducros. de Sauve, inculpé avec Fes(piet, alla aux jjaléres. In tisserand de cadis, de Quissac, Jean Gras, originaire de Saint-Jean du Gard, fut accusé d'avoir donné retraite au prédicant de la deuxième assemblée. La femme de Gras fut seule saisie, son mari étant parti [)our (îenève. Mais à la fin d'avril il reparaissait à Sommières et répondait, à des sollicitations de quitter le roj'aume, qu'il attendait i)our cela que sa femme, emprisonnét- au château, fût relâchée. — Dénoncé et arrêté, le ])rocureùr requit contre lui, le "J mai, la question ordinaire et extraordinaire. Le juf;ement manque, et ceux aussi de Fesquet et de Ducros.
3. Bull. XXX, .552, 553. Faucher fait coïncider avec son séjour à Lyon la condamnation aux galères de M. Allié |AlquierJ de Castres, et de M. Bas de G(;nève, alors que d'ajjrès la France Protestante (2« Ed. VL 215, 222) elle aurait eu lieu un an plus tôt (respectivement les 20 janvier et 17 mars t687). Les Mémoires de Faucher se présentant dans une suite chronologique dont nous avons pu jusqu'ici vérifier l'exactitude, il y a lieu de croire soit à une erreur de la France Protestante, soit plutôt à une erreur de mémoire de Faucher, qui aura confondu la date du départ des condamnés pour Marseille, avec celle de leur juj;ement.