FAUCHER SORT DE FRANCE
Montauban et de Jeux mois à Caussade, où il reprend ses assemblées, il revient à Nîmes, est saisi dans la maison de M"* Barjeton, pris par erreur pour un guide, transféré à Uzès, libéré de nouveau' ; comment il repart seul et à pied pour Lyon (fin 1688), continue sur Dijon, tombe entre les mains de deux olliciers qui conduisent une « recrue », est par eux enrôlé de force, conduit à Pélican" près Landau, sur le Rhin (janvier ou février 1689) ; comment, après avoir assisté au sac d'Heidelberg (mars), il déserte enfin, trop heureux de fuir une patrie aussi inhospitalière et une armée aussi impitoyable, pour retrouver en Allemagne des réformés avec lesquels il peut chanter les Psaumes en Français.
Ses aventures n'étaient pas finies. Il arrive à Heilbronn dans le camp du prince Louis de Bade. Un colonel autrichien qui servait en Hongrie, réclame pour son régiment les déserteurs français. Faucher est au nombre des cinquante-deux qui lui sont accordés. Peu désireux d" aller combattre les Turcs, il réussit à déserter encore à Ralisbonne. Il est repris, mené devant l'envoyé du Brandebourg dont le chapelain parle le français. Il raconte sa vie, donne des détails sur Heidelberg. L'envoyé le prend sous sa protection, et fait retenir sa place dans le coche de Nuremberg. Faucher va se fixer à Erlangen (1681)). Il s'y marie. De là « visité de diverses maladies y> ainsi que sa femme, il se transporte à Zurich. Il y écrivit ses souvenirs. Ils sont d'une exactitude si remarquable, en tous les points où d'autres pièces nous permettent de les contrôler, que nous avons peine à penser que l'auteur ait eu recours à sa seule mémoire pour les rédiger.
Dans les Cévennes, trois prédicants nouveaux s'aflirment en 1687 : Mazel, Berthezène et Quet.
Le jeune Jean Mazel doit être compté, peut-être, au nombre de ceux qui avaient déjà prêché avant le départ de Vivent.
Fils d'un maître apothicaire de Saint-Jean du Gard, qu'il désigne lui-même sous le nom de Maître Olivier, et dont le nom véritable était Mazel, et d'une demoiselle Souveiran (ou Soubeyran) du hameau de Banièi-es où il était né, il emprunta à son
I. Il reprend la route de Nîmes. Sur le chemin il trouve jjlusieurs personnes de sa connaissance, qui, au bruit qui s'était re|)andu qu'on devait le l'aire mourir « ce soir là » à l'zés, accouraient pour être les témoins de son martyre. (lUill. XXX, 3o."i).
i. Lire : HiUigheim, dans le Palatinal, où il y avait une colonie de réfugiés.
202 LES pri';dicaxts protestams
père et à sa mère ses deux surnoms d'Olivier qu'il s'applique k lui-même et de Souveiran que lui donne Brousson'. Jean Mazel n'avait aux conversions que quatorze ou quinze ans. Il raconta plus tard que le curé Barthieu, sans exiger de lui une abjuration en règle, s'était contenté de lui faire « prêter obéissance » et lui avait accordé un billet de laisser passer pour les olliciers. Après la Bévocation il demeura environ deux ans à Saint-Jean. Un de ses parents, son oncle sans doute, Jean Soubeyran, de Banières, dit La Perruque, passait auprès des catholiques pour l'avoir « débauché ». L'oncle, fugitif, qui avait voulu suivre Vivent dans son exil, qui plus tard devait accompagner ce dernier les armes à la main, et qui possédait et lisait les sermons de Du Moulin, nous apparaît bien capable, en effet, d'avoir poussé le jeune homme à embrasser la vocation périlleuse de prédicateur. Ce fut vers le milieu de 1(587 que Mazel commença ses exhortations. 11 n'avait que dix-sept ans. On comprend qu'il ait pris ou accepté le nom de guerre de La Jeunesse sous lequel il est le plus souvent désigné, et qu'il garda jusqu'à sa mort (1690), époque où le surnom glorieux fut recueilli par David Gazan, « le second La Jeunesse », dont il sera question plus loin. Nous ne possédons pas le moindre détail sur ses voyages pendant les années 1687 et 1688. Il était alors, dit-il. au Bas-Languedoc. Nous le reverrons dans les (devenues au milieu de 1689 ".
Jean Mazel ne figure pas sur la liste des fugitifs « dénoncés » par Vivent, mais nous trouvons sur le placard de La Trousse David Berthezène et Quet, dont l'activité commence vers le milieu de 1687. Il semble certain que leur mise hors la loi a décidé de leur vocation.
Le ministère de David Berthezène fut court. Né au hameau de Berthezène (paroisse de ^'alleraugue) et dune famille alliée sans doute à celle de Vivent', il avait quitté sa maison en mai 1687. impliqué probablement dans les recherches qui suivirent l'assemblée tenue le jour de la Fête-Dieu, près de l'Espérou. Il se réfugia dans les Hautes-Gévennes. K\x début du mois d'octobre il redescendait dans ses quartiers « pour prêcher aux assemblées ».
i. Voir Bull. XXXII, 15, «-t C. 170. Dossier .Mazel. Il si^n-i l'un de ses intcrrojîatoires Olivier J. et l'autre Jan 'Mazel.
-2. Il est possible que le La Jeunesse de P'aiiclier {Bull. X\X, Ml), soit IMazel. Le La Jaunesse qu'un liabitaut de Graissessac a vu dans ses quartiers {Bull. XLI, 270) est David Gazan, et le fait se rapporte, ((uoiqu'il paraisse, à Tannée 16'.>."i.
3. In raémoin; de Janvier 1G8!> (C. 273i indique un Louis Bousquet, de ^'alleraujyue, comme ap[)arenlé a la lois à A'ivcnl et à Berlhe/ene.
PRISE DE n. be«thezi;ne 203
Le matin de Noël, aux premières heures du jour, il devait tenir un culte sous la montagne du Coq rouge, joignant le « précipice » de la Pauparelle (au-dessus de Saint- André de Valborgne, en tirant vers Gabriac) « dans un abîme entouré de rochers et de montagnes, à Tabri de tout vent, hors de tout commerce et de tout sentier ». L'assemblée ne put avoir lieu, les auditeurs ayant été dispersés par quelques habitants de Saint- André conduits par le consul et le S'' de Nogaret '. L'après-midi cependant, à une demi-lieue du bourg, Berlhezène réunit quelques fidèles.
Dans la nuit du !21 au 22 janvier, trahi par un faux frère, il fut arrêté en même temps que trois jeunes filles par des gens de M. Dugua, dans une « claie » située au-dessus de la métairie des Cabanes (Saint-Martin de Corconac)-. L'assemblée commençait à peine.
Interrogé deux jours après à Sommières par le jugeLefebvre, il avoue avec un courage tranquille, qu'il a, depuis le mois d'octobre, célébré trois ou quatre cultes par semaine, dans la région des Basses-Gévennes qui s'étend de Saint-André à Saint- Hippolyte, « ayant prêché partout où il a rencontré et trouvé des fidèles». Mais il n'a pas donné la Cène, « ce qu'il n'aurait pas osé faire, à moins qu'on lui eût imposé les mains pour lui donner caractère, ou que ceux de l'assemblée d'un mutuel consentement feussent requis de la leur donner ». Il chemine seul, se passant d'avertisseur, « ayant coutume à la fin de la prédication de marquer le jour, l'endroit et f heure qu'il parlerait ». Il n'a même pas eu de lecteur attitré, car « lorsqu'il est aux assemblées, il demande celui de parmi eux qui sait lire, et donne le livre au premier qui se présente, et ne demande pas comment il s'appelle » '.
1. Information j)articuliére, C. IdH. (Quatre* prisonniers furent conduits à Sauve ])uis à Sommières : Jacques Tcisscrés, de Gabriac, Pierre Maurin et Pierre Pascal, de Saint-Julien d'Arpaon,et Hector Cambon, de Gabriac. Les conclusions du ■2H janvier KiSS tendent à les envoyer tous à la potence à Saint-André. Le juiîement manque.
2. Le traître, dit Gaubert (Mémoire... l'ap. Court, 17, B, V7V his) était Jean Louis, Puech, de Saumane. « Il devint estropié du bras ou de tout un côté, et vécut ainsi en mendiant son pain, et mourut misérablement». Dugua avait été averti de !a présence du prédicant dés le i'i décembi'e, par Lozerand consul dt; Saint- André.
3. Il Ceux qui venaient à l'assemblée lui portaient des provisions pour manjAcr et pour boire jusqu'au temps qu'une autre assemblée se devait tenir et cela continuait ainsi toujours».
294 LES J'RÉniCAXTS PROTESTANTS
Bàville envoya à la potence, le 2G janvier 1G88, ce jeune cardeur de vingl-six ans, pris sans armes, qui en disant sou nom y avait ajouté comme un titre d'honneur : «...ayant le don de consolation par le Saint-Esprit d'exhorter et prêcher aux fidèles depuis la Révolte, à quoi il s'est applique autant que possible ... ' ))
David Quet, de Recoules (Fraissinet de Lozère, près du Pont de Montvert) avait été, comme tant d'autres prédicants, régent d'école, et au Pont de Montvert même. La Révocation le trouva (il avait alors 25 ans) à Garnoulès, entre Anduze et Alais, dans la communauté sur le territoire de laquelle Vivent fit ses premières assemblées. Nous le voyons alors se transporter à Boisset (près d'Anduze) pour inscrire sur les registres de l'Eglise quelques réformés qui voulaient, ainsi que beaucoup des clients du bienveillant vicaire Jean d'Héran, obtenir un billet d'abjuration sans avoir rien promis.
En même temps qu'un sien parent (son frère peut-être) Pierre Quet de Recoules, courait les assemblées de la Lozère, avant d'être envoyé aux galères pour avoir assisté à celle du Mouné où il avait failli être pendu sur la place, David Quet, demeuré aux environs d'Alais. était signalé comme un complice actif des ministres clandestins'. 11 fait dater son métier de prédicant du milieu de 1G87 '.
Le dimanche 2o juillet 1088, il prêchait un plein jour, pendant la messe, à cinq cents pas au-dessous d'Airesèque, sur les confins des communautés de Gros, de Monoblct et de Colognac, qui demandèrent des experts six jours après, afin de savoir qui ne payerait pas l'amende encourue '. Les dragons du S"" de Fontmorte, lieutenant au régiment de Piémont, surprirent les auditeurs à la fin de la prédication. Un jeune homme, Guillaume
1. C 1G8. Dossier Berlliezi-nc. Le jiij;cincnl est (".. I(J7. lîcrthczone fat pciulii à Sainl-Hijjpolytc.
2. Il est a Ceiulras au (Icliiil do 1080. On le donne coninic ayant été [(récepteur à Hranoux.
3. C. i/O. Dossier David Quet. Peut-être est-ce lui (jui préside la nuit du -Xi au 2V mars 1688 près de Genolliac, une assemblée qui provoqua cin([ arrestations. Le culte, dénoncé par le curé de Genolhac, aurait eu lieu au pré de Roque, à Valescure, en face du mas de Rauquet, sous Hellepoile. Les prisonniers, de Vern. Sénéclias et Peyremale, nièrent tous, C. 168.
'». « Dans un petit lieu enfoncé, près d'un ruisseau, entouré d'un bosquet de lierre et de broussailles». Le S- de la Blaquière était descendu d'Airesèque à Gros [lour dénoncer l'assemblée. Les Psaumes furent entendus à neuf heures du malin du mas de Cambial. L'avertisseur avait éti- Lafont, dit La Cabre, des Fourniels.