‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 179 sur 284 · LES GUIDES · texte numérisé non relu

LES GUIDES

Novis, du mas de Novis (Vabres) posté en sentinelle sur une petite ôminence, avait donné l'alarme. Il fut pendu à Saint- Hippolyte. Trois assistants furent envoyés aux galères'. Quet avait prêché pendant une heure, « assis sous un noyer». On le signale comme ce petit, les cheveux châtains, noués des deux côtés, un justaucorps de couleur gris de more, avec un mouchoir noué au colw. Nous le retrouverons en 1G8Î), et dans des conditions qui laissent supposer qu'il était alors un des prédicants les plus connus des Gévennes.

L'exil de Vivent et de ses compagnons n'avait donc pas produit le résultat qu'en attendait Bàville. L'intendant fit pousser avec une hâte extrême l'achèvement des forts de Nîmes, de Saint-Hippolyte et d'Alais-, et le tracé de vingt-huit chemins de douze pieds de large, qui devaient lancer les troupes royales par les crctes des Gévennes, jusqu'à Florac et au Pont de Montvert. Les prisons que les intendants durent par ordre de la Cour, au début de 1688. débarrasser des religionnaires irréductibles pour faire place à d'autres, s'ouvrirent dans le Midi comme ailleurs. Quelques prisonniers du Languedoc eurent la joie de se voir conduits aux portes de Genève. On se demande, par contre, si d'autres ne furent pas destinés à une dernière déportation '.

Les montagnes, les bois de la plaine furent battus à nouveau; quelques derniers fugitifs débusqués ; et si les prédicants moins nombreux et les cultes publics moins fréquents donnèrent lieu à moins de poursuites, Bàville eut de quoi se dédommager avec les guides.

Dès le milieu de 1G87, le mouvement démigration des religionnaires déjà commencé un an et demi plus tôt, se poursuit avec une intensité nouvelle. Il ne s'agit plus maintenant d'une fuite

1. C. 167. Le juyomcnl est du 16 aoùL. Les }i;;ili-iu'ns furent Antoine IJoursuol, François Martin, dit Farelle, et David Massel (Mazel).

'2. Il avait été (piestion de construire des forts à Saint-Ilii)i)nlyte, Ganges, xMais, Anduze, et deux autres encore «dans les délilés ». (Bull. XXIX, 4(H). La citadelle de Nîmes, dont la première jiierre avait été i)osée le IS mai 1687, fut achevée en un an. On réquisitionna dans les communautés situées à 20 lieues autour de chaque fort (c'esl-à-dire. en fait, dans toutes celles de la contrée) des charrettes et des ouvriers.

3. Bull. XXIX, 503 : Nouv. de Paris ('20 fév. 1688) : et XXX, .i.lS : Prisonniers renvoyés de Lyon en Lanj;uedoc (même date). « La résurrection des (Confesseurs qui étaient morts, d'une mort civile, dans l'obscurité dos prisons », et que Dieu avait fait sortir glorieusement de leur captivité « à la vue des nations », était saluée par Brousson comme un des épisodes avant-coureurs de la résurrection délinilive des Deux 'ïémolns. (Lettre d cha(iiie Eglise de France... 10 se|)l. lOSS, dans Optisc., p. 6-2).

29(j LES PKÉDICANTS PROTESTANTS

précipitée dont les détails et le succès sont livrés au hasard, mais de voyages délibérément préparés, où des conducteurs attitrés prennent la direction effective de caravanes souvent considérables. Tantôt ils sont envoyés de Genève ou de Lausanne à ceux qui les ont demandés, tantôt ils entrent eux-mêmes en France, s'adressent à des pei'sonnes qui « ayant beaucoup d'intrigues », leur donnent le nom des N. C. qui pourront agréer leurs services. Il font leur prix, ils se chargent des passe-ports (authentiques ou faux) et des dépenses de la route. Ce ne sont pas seulement des gens de qualité qu'ils emmènent. Des bandes de dix-huit protestants quittent les Cévennes, dirigées par un ami, un parent, revenu les chercher. Dans cet exode ininterrompu des apostats de IG80, que les pasteurs exilés commandaient dans toutes leurs exhortations manuscrites ou imprimées, Brousson voyait une marque de la résurrection de l'Eglise '.

La peine de mort fut édictée contre les guides, passibles jusque là seulement des galères ". Bàville promit 30 louis d'or k quiconque arrêterait l'un d'eux ^ Il les tenait pour des façons de prédicants. Des instructions envoyées au diocèse de Mende ordonnent des recherches « pour empêcher qu'aucune assemblée se fasse contre les ordres du roi à l'occasion des embaucheurs qui roulent dans la province pour faire sortir du royaume ceux qu'ils peuvent attirer à leur sollicitation » '. La fin de la pièce cependant, mentionne aussi de façon expresse « les prédicants qu'on dit être revenus dans la province pour y troubler la tranquillité publique ». Les agents du roi comprirent bientôt par certaines informations qu'ils se trouvaient en face d'une conspiration véritable, ourdie au delà des frontières ".

1. Opiisc, ihid. Il s"a},'-it toujours de la ivsiii reclion des Deux Tôinoins. « I/espril (le vie a déjà ressusciU' et fait sortir du royaume près de trois cent mille [témoins, morts d'une mort spirituelle], qui confessent liaulement la vt'-rit('. »

•2. Déclaration royale du 12 oct. 1687.

3. Rihard, p. 92 (Ordonnance du 13 déc. 1C87>. Nous avons noté 21 procès faits à des guides, du début de 1688 à la tin de i08'J, dans les cartons C. 167, C. 168, C 169. Sur les guides voir Bull. XLVIIl, 307, 301, 63'i ; et Rouquette, III, 35.

4. A. Issarle, Les causes de la guerre des cainisards, p. 33 (Arch. de la Lozère).

3. Les Cévennes furent émues en 1GS7 par la nouvelle que quelques prêtres setaient convertis. 1*. Faïsses, en Suisse, ap[>ril par une lettre des Cévennes (Il août 16S7) que Irois i-laient passés à rKglise réformée (le missionnaire Aiguisier était du nombre). .lurieu fut informé, du Midi également, que « trente » prêtres ('-taient venus abjurer dans les pays protestants {Pap. Court, ii, p. 9 ; Let. Past., 1=' sept. 16S7, II, 17). Aiguisier était à Lausanne le 21 mars 1688 (/iu^Z. LIX. 254).

Page 1