‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 187 sur 284 · C. 169. Dossier sur les Ass. du Vivarais · texte numérisé non relu

C. 169. Dossier sur les Ass. du Vivarais

5. Les événements étranges du Dauphiné furent connus à Nîmes dès la lin de 16KS (1-2 nov.). Voir une pièce (pièce 9, page 3) dans un Recueil factice sur la Révocation (Bibl. du Prot.). Voir aussi Bull. LVI, 53-2.

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connaissons pas tous les noms'. Notons ici. au moment de son retour, l'apparition dans les Gévennes dun nouvel ouvrier, qui allait pendant douze ans travailler à la moisson divine, sans que son courage in sa foi dcfaillissent un seul instant.

Jean Roman, né à Yercheny (dans la vallée de la Drôme). dune bonne et honnête famille que le pasteur Julien, réfugié à Lausanne, disait plus tard avoir connue à La Motte Chalencon (Drôme), avait quitté le royaume en lOSo". Il demeura à Lausanne environ deux ans « pratiquant autant qu'il lui était possible les devoirs d'un bon chrétien ». Le livre de Josué de la Place, Dialogue d'un père avec son Jïls sur la question si l'on peut faire son salut en allant à la messe, l'impressionna particulièrement, et lui inspira en même tenips quune horreur raisonnée des cérémonies de l'Eglise romaine, une profonde pitié pour ceux de ses frères qui se perdaient dans l'apostasie. De longues et intimes réflexions, la composition de quelques méditations qui enflammaient et éclaircissaient son zèle, le décidèrent à venir en France. Il ne se résolut pas à son dessein sans de violents combats « qu'il eut à soutenir contre la chair ». L'esprit enfin l'emporta, et il partit, dit-il. « sans le communiquer à personne »'.

Entré par le Dauphiné. il renonça à s'arrêter dans sa province d'origine, dans la crainte que « ses parefits » ne le détournassent de sa périlleuse vocation. Il prit le chemin des Gévennes «où il avait oui dire qu'il se faisait des assemblées «.Parti de la Suisse à la fin de 1G87, il passa dans le Languedoc à l'heure oii Serein

1. Voir C. 2"'i. I.c Portrait d'un inconnu rei-enu des pay.s ctrang-ers qui fait le métier de prédicanl (sans date). L'inconnu, de 35 à 40 ans, a une phalang'e coupée à la main droite. Il porte un gros jonc à poignée d'ivoire, et une chaîne d'argent.

2. Au début de 1692, Roman est dit âgé de 2i ans, petit, les cheveux châtains bruns, le visage rond et brun, les yeux gris, le nez médiocre, la bouche grande. Bull. LI, 413.

3. Relation sommaire et véritable de ce que Dieu a fait par le ministère du sieur Jean Roman... Vn résumé de cette relation, enrichi de quelques détails parfois erronés, a été rédigé par A. Court {Pap. Court, 39 ; voir aussi "28) et publié dans les Etrennes religieuses de 1891 (Genève).

Le ministre français Pierre Romans qui, en 1685 (et en 1693) recevait à Stein, prés de Constance, une pension pour lui et ses enfants Salomon, Anne, Marie et Diane n'a aucun rapport avec notre prédicant (corriger .Morikofer, Hist. des réfugiés de la Réforme en Suisse. ïrad. franc. 1878, p. "217 et Hug. Verein. VIII. v, 9)., Ce pasteur réfugié, dont le nom no tigiire pas sur les listes Auziere (Bihl. l'rot.) est mentionné Bull. XXVI, 378 comme se trouvant à Schatthouse le 28 janv. 1686. Au début de 1688 il est à Lunebourg (Hug. }'erein, ibid). Kn 1717, comme ancien pasteur (Romans, '{) rears, a wife, j children), et comme exerçant encore à Barnstable, il est assisté en .Angleterre (llugu. Soc, I, 315).

JEAN ROMAN — LliS l'RliRES PLAN 305

se disposait à en sortir pour la seconde fois. Déguisé en marchand colporteur, il allait de lieu en lieu, attentif aux symboles catholiques qui se trouvaient sur la porte des mas ou dans les fermes, suppliant les Nouveaux Convertis de demeurer fidèles à l'Evangile, soit en souffrant la persécution, soit en quittant le royaume. Bientôt connu sous les divers surnoms de Mavchandoii (le petit marchand), Le petit pacquetier {co\povleuv), Loii biquarel (c'est le mot cévenol qui désigne encore les colporteurs ambulants). Roman, après avoir traversé le Vivarais', se cantonna dans une région qui lui demeura toujours chère, entre Vialas et Vébron, sur la Lozère et le Bougés, où l'abbé du Ghayla, inspecteur des missions, exerçait sa tyrannique surveillance. Le jeune honnne «qui savait le latin» ne tarda pas à tenir des assemblées".

Du milieu même des protestants de France, d'autres prédicauts allaient encore surgir. Nous avons mentionné Berthezène, supplicié dès janvier 1G88, Jean Mazel dit La Jeunesse, et David Quet. Nous avons de nouveaux noms à transcrire.

Les trois frères Plan, Etienne, Paul et Pierre, seront ici réunis, bien qu'il soit à peu près certain que l'aîné n'ait jamais prêché, et quoique la vocation de Pierre se soit éveillée après celle de Paul. De la paroisse de Saint-Martin de Gorconac (du mas des Escofllns), ils avaient, au moment des conversions, 23, 18 et 13 (?) ans. Les deux plus âgés au moins firent abjuration entre les mains du curé de Saumane, Relin, «à cause de leur peu de sens», déclara plus tard Etienne. Inquiétés par le prieur de Saint-Martin, Vedel, en raison sans doute de leur obstination à éviter les cérémonies catholiques, ils «prirent les bois», «non pour faire tort à personne, mais pour faire profession de leur religion». Us voulurent sortir du royaume avec Vivent, mais vainement, et le placard de La Trousse porte leurs trois noms. Paul Plan, en 1692, quand il fut pris avec son frère Etienne, était le seul des deux qui fît alors fonction de prédicateur. Il indique que ce fut à la fin de 1088 que « Dieu par son esprit lui mit dans la mémoire de prêcher. Quand il quitta sa maison il n'en

1. A la fin de septembre 1688 le passajje d'un mercier du Dauphiné coïncide avec la reprise des cultes publics aux environs de Vcrnoux par le prcdicant Perrin (C. 169. Ass. du Rang- de la Mure).

i. Nulle part Roman ne dit qu'il ait (Hé « proposant». Le nom, quand il lui est appliqué, est entendu au simple sens de prédicant, de prédicateur extraordinaire, non consacré. Voir sur l'identification des deux noms le Mémoire sur les Ass. du Caslrais, mentionné plus haut [Bull. XIV, 13'.>.i.

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savait pas assez pour cela». Brousson raconte qu'une pauvre A'euve, qui avait abandonné sa maison et ses enfants, leur avait appris un peu à lire, dans les bois. Les trois frères, «les Plan» comme on les désignait, avaient coutume de cheminer ensemble' .

Charles Artigues, dit Laporte, était du Collet de Dèze". On le trouve fréquemment dans les environs de Saint-Sébastien, où il avait des parents. Au début de 1G89. où pour la première fois des pièces judiciaires font mention de son activité, il avait de 20 à 21 ans'.

David Gazan, du mas des Soulliers (ou Soliers) (paroisse de Saint-Marcel de F'onfoulhouse, aujourd'hui Les Plantiers), un des rares prédicants qui échappèrent au supplice, était, comme il résulte de pièces notariées, le cousin germain du prédicant Bringuier, sorti de France avec Vivent. Nous rencontrons son nom pour la première fois le 0 janvier 1G89, sans savoir si à cette date il était prédicant, ou seulement avertisseur. En mai ou juin, il prêchait près du Bedos (Saint-Martin de Corconac), et se faisait suivre alors d'un inconnu, surnomme La Roquette '. 11 se faisait lui-même appeler La Valette, et prit après la mort de Jean Mazel le nom de guerre de La Jeunesse. En 1G91 il aura à ses côtés son jeune frère Jean Gazan. enlevé par lui à la maison natale des Soulliers. 11 semble que le père, remarié, ait été peu favorable à la vocation de ses enfants.

Brousson nomme aussi, parmi les prédicants qui se levèrent avant 1689, David Couderc. de Vieljouves (Saint- André de Lancize). A dix-huit ans, raconte Couderc lui-même, les Conversions générales lui imposèrent une vie errante. Conduit par ses courses jusqu'à Uzès, oîi il travailla de son métier de car-

I . C. 17-2. Dossier Etienne et Paul Plan ; Pap. Court, n» -28. Voir Bull. XLVI, aU5.

i, Brousson le dit de Sainte-Croix Valfrancesque. Le prédicant David Quet le croyait de Saint-Sébastien. Laporte lui-même se donne comme étant du Collet (C. 174. Dossier Laporte). D. Benoît (Bull. XLV, 611), nous ne savons d'après quelles sources, dit qu'il tint les bois depuis 1687. Nous ne savons s'il était apparenté avec le pasteur La Porte, ministre au Collet en 1G83.

3. En 1690, David Quet lui donne (à tort) 26 ans. Il était de taille médiocre, les cheveux noirs (Voir Bail. LI, 412, un signalement du début de 1692).

4. C. 191. Déposition d'Anne Bourelle, jointe au dossier Brousson. Par une erreur étrange, la jeune fille qui avait vu et entendu Gazan, le nomme deux fois Jean Mazel, du mas des Soliers. Il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse de David Gazan. Gaubert (Pap. Court, 17, B.) l'appelle aussi La Coste. Nous ne l'avons jamais trouvé désigné sous ce nom. Si le prédicant a été parfois appelé Jean, comme son jeune frère, il est possible qu'il soit le « Jean Soulier » (du nom de son mas) inscrit sur une liste des fugitifs de S. Marcel (Rouquette, III, 199). Au début de 1093 il a environ 23 ans. (Voir son signalement, Bull. LI, 412).

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