C. 169. 2 janv. 168'J
2. Dimanche 27 fév. 1G80. C. 161). Ce régiment se vengeait de la sorte, de l'injure que lui avait faite le roi trois ans plus tôt, en l'obligeant à assister à la messe et aux cérémonies catholiques (Ch. Weiss, II, p. 203).
LES PROPIIKTES DU VIVARAIS 'Ml
catlioliques eux-mêmes. Il eut été étrange que les réformés n'eussent pas retrouvé dans le livre quelque confirmation de leur attente. Un tisserand de Béziers déclare à un soldat de milice que (t Nosti'adamus a prophétisé que Louis XIV abattrait sa religion, mais qu'il serait battu de la même épée qu'il frapperait » *.
Nostradamus accréditait les visions de Patmos, ou du moins l'interprétation qu'avait donnée de celles-ci Jurieu après Du Moulin. La révolution générale était marquée pour 1G89. On ne parlait à Nîmes que du XL Chapiti'e de l'Apocalypse et « les femmes aussi bien que les hommes l'expliquaient au four et au moulin, comme dans des assemblées plus considérables ^> ■.
Dans le Vivarais, l'enthousiasme devint de la démence. Les premières crises de l'épidémie prophétique s'y manifestèrent en la personne du « fanatique » Gabriel Astier, qui avait été touché de la contagion en Dauphiné.
Une enquête du juge de Baix (Ardèche)^ avait relevé dans les balbutiements extatiques de quatre jeunes gens (de douze à treize ans) de Bressac (canton de Ghomérac), des détails subversifs. Le jugement de Dieu était annoncé pour le mois de mai ; la religion calviniste serait seule alors pratiquée en France ; le roi lui-même passerait au protestantisme. Mais le succès ne s'obtiendrait qu'après un combat terrible. Le carnage n'aurait pas lieu sur les frontières de Hollande ou d'Allemagne ; il était prédit pour le 15 mars, « près d'un passage qui est situé entre Genève et Suisse » où « les torrents de sang monteraient jusqu'à la bouche des chevaux ». Astier ajoutait que « les habitants de Genève seraient enveloppés dans ce malheur s'ils ne chassaient les réformés qui y sont allés de ce royaume, mais que pourtant leurs àmcs seraient sauvées ». Il est donc permis de retrouver dans les crises hystériques de l'inspiré un écho du projet d'invasion du Dauphiné, auquel les réfugiés de Suisse n'avaient pas encore donné toute la netteté qu'il allait prendre.
C'est là tout ce qu'il faut retenir des allirmations de Brueys, qui, dans son Histoire du Fanatisme, veut contre toute vrai-
l. C. 169 (13 mars 1('.89). Sur les prophéties de Nostradamus appliquées au royaume en 16S9, voir De Boilisle, Corresp. des Contrôleurs g-éncraux, I, lettre C'»:2 ; et Pap. Court, 19, p. :283, où sont transcrits quelques vers des Centuries.
'2. Germain, II, 393, citant l'abbé ïribolct.
3. Information du "28 janvier lt).S9. Interrogatoires du 7 fév. 1689 (C. 169), dans le dossier de Gabriel Astier, malheureusement incomplet, par la raison sans doute que l'intendant ne fut pas chargé d'instruire le procès. Il ne fut commis au jugement des assemblées du Vivarais que le li mars 1689. C. 160.
312 LES PBÉDICAXTS PROTESTANTS
semblance que les mouvements suscités au Vivarais par les prophètes aient été délibérément insurrectionnels, et directement provoqués soit par Jurieu. soit par les pasteurs de la Hollande et de Genève. Brueys n'est ici d'ailleurs que l'écho de Bàville. L'intendant était persuadé que quelques gentilshommes du Dauphiné (en particulier M. de la Tour Gouvernet) avaient fait entrer dans le Vivarais des ofliciers qui préparaient une révolte en se servant du nom de Guillaume d'Orange '.
Les assemblées considérables provoquées par les disciples d'Astier, et le massacre du capitaine Tirbon et de neuf soldats (14 février) près de Saint-Sauveur de Montagut (Ardèche), donnèrent aux représentants du roi l'occasion d'intervenir avec toute la rigueur qu'ils souhaitaient. Bàville et son beau-frère, le nouveau commandant militaire Broglie", se transportèrent en toute hâte dans le Vivarais et approuvèrent ou commandèrent d'affreuses a exécutions militaires »\ Les réformés surpris sur deux sommets des Boutières (près de Saint-Genest Lachamp) ne portaient cependant que bien peu d armes. C'était à genoux que les inspirés avaient attendu l'ennemi, persuadés que l'Esprit les devait rendre invulnérables. L'eftervescence du Vivarais fut immédiatement noyée dans le sang. En huit jours, au dire de Brueys, tout fut tranquille. Gabriel Astier échappa d'abord aux recherches. Arrêté à Montpellier, jugé à Nîmes, il fut torturé à Baix. avant d'y être pendu, le 2 avril '. Il ne put rien révéler d'un projet d'insurrection qu'il avait toujours ignoré et qui n'avait été pour rien dans l'illuminisme de sa prédication.
Les agitations du Vivarais, racontées dans les Cévennes et le Bas-Languedoc, où Brousson en recueillit le récit accompagné de détails abominables, furent dépouillées de leur caractère convulsionnaire trop étrange, dans une région où la piété protestante était restée enfermée dans ses formes traditionnelles. Les N. C. des Basses-Cévennes s'émurent d'un soulèvement qu'ils
1. Dossier Gabriel Astier. Interrog^aloire a la question. C IC'J. 2 avril 1689.
2. La Trousse (rappelé à Paris depuis sejjterabre ICSS) avait encore grardé en face de Bàville quelque indépendance de volonté. Brojrlie s'effara complètement devant l'intendant, qui de\ int des lors « le roi du Lanj;uedoc ».
3. Le mot est de Brueys. Voir Douen, II, 07, une lettre de Bàville écrite d'Aubenas le -20 février, qui parle d'une rencontre où trois cents mutins sont i-estés morts sur la place. Il s'agit du massacre du Serre de la Palle fou du Clieylaret, ou du Besset) accompli sous la direction du marquis de Kolleville, colonel, le l'J février. (Voir E. Arnaud, Hist. des Prot. du Vicarais, II, 3i, et 40).