Délib. de Valleraugue
LAFOUX VENGE SEREIN 315
Antoine Gras, il n'avait alors que 16 à 17 ans, el très probablement se bornait au rôle d'accompagnateur.
Deux nouveaux Cévenols « prirent les bois » au milieu de lannce.
Antoine Méjanel (30 ans), de Valleraugue, laissa sa maison au début de juin, et prêcha aussitôt.
David Grevou (ou Grevet) qui se choisit le surnom de La Verdure, dit adieu vers le même temps à la ferme du Bedos (Saint- Martin de Corconac). Sa mère, inscrite au placard de La Trousse, avait été envoyée aux lies. Il devint lui aussi prédicateur. Lagarde, de Milherines, qu'on verra ailleurs, pariait de lui comme d'un homme « sage, sans vanité, pieux et dévot, et savant pour sa qualité » '.
Relevons encore le nom de Jean Roussel, fils d'un « sédier » (fileur de soie) de Sainte-Croix de Caderles", et celui de Dumas (40 ans), marchand de laines d'Anduze, que nous avons vu en relations avec Soulier, de Monoblet. Poursuivi après le procès de celui-ci, Dumas avait abandonné sa demeure. Au début de 1C8Î), sa femme était déportée, sa maison rasée, et il pi'cchait au désert.
Vers cette date, les prédicants se concentrèrent dans les montagnes, plus difficiles à surveiller, et où sans doute Vivent avait annoncé qu'il se rendrait. Couderc quitta Uzès et revint aux environs de Saint-Germain de Calberte ; Jean Mazel, de la plaine, monta vers Saint-Sébastien et Mialet.
Il ne resta plus personne au Bas-Languedoc. Lafoux, eu juillet, au cours du voyage dont nous avons parlé, vint dans la métairie de Lavau (ou Lavol, près de Boucoii'an), refuge des guides et des fugitifs, chez le guide Morin, et s'informa auprès de lui des prédicateurs de la région. Morin lui répondit qu'il ne connaissait qu' « une espèce de mendiant qui se mêlait de prêcher et de faire des prières mais qu'il n'y entendait rien ». L'homme n'était autre que Poujol, auquel les amis de Serein, et Morin le premier, ne pardonnaient pas l'opposition qu'il avait faite au prédicant de Tornac. Poujol trouva cette fois à qui parler. Lafoux était un proposant régulier, que les pasteurs de Lausanne avaient reçu ministre. 11 deuianda à Poujol « s'il avait permission de
i. Mémoire de Gaubcrt (Pap. Court, 17, B). La relation de Bastide (ibid.) désigne (Ircvoa sous le nom de (Irévé. Le placard de La Trousse porte le nom de Jeanne (Jrevesse, du Bedos.
'2. Du mas de Saint-Geiiics. 11 lait la prière en juillet 1G8'.) dans une assemblée près de Peyroles. Hroussoii lui dimne 17 ans. (11 mourut en janvier !6'J1).
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faire des prières [entendez : des cultes] ? à quoi cet homme répondit que non. Sur quoi Lafoux lui aurait dit de se retirer, et que ce n'était pas son métier ». Serein était vengé ',
Le 25 mai, jour de foire au Pompidou (entre Barre et Saint- André de Valborgne) quinze prédicants ou fugitifs des Gévennes étaient réunis à une portée de fusil du village. Des filles et des femmes leur portèrent des vivres. Un certain Isaac Parlier, du mas Supérieur (Saint- André de Valborgne) qui, à ce qu'il semble, avait été fugitif, puis était rentré dans la vie ordinaire en abjurant, vint retrouver également les compagnons. Il reconnut David Quet, David Gazan (La Valette), les trois Plan, Laporte et La Roquette. La troupe tint une assemblée sur la Gam de l'Hospitalet, au-dessus du Pompidou, après quoi Laporte, La Valette et la Roquette descendirent vers Saint-Martin de Camcelade (Bassurels), où par bravade ils ne parlèrent de rien moins que de tuer le curé Bugarel qu'ils voyaient se promener dans son jardin. Parlier prétendait même que sans ses instance^ ils l'auraient « exécuté » ".
A la même date. Roman arriva dans le quartier. Il avait couru quelques mois plus t('kt un grave danger. Le 18 décembre 1688, sur la montagne de la Lozère, il avait été surpris par un détachement dans le logis où il reposait. Les soldats, la chandelle à la main, fouillaient la maison. Roman réveillé au bruit, se réfugia, ses habits sous le bras, dans le grenier à foin, où il eut le bonheur d'échapper aux coups de baïonnettes des fureteurs'.
Il était en juin auprès de Vébron. Parlier, curieux de le voir, se fit mener vers lui. sous le mas du Bousquet, et l'engagea à passer à Saint-André. Roman aurait suivi le traître, sans les conseils de la fille du mas, « qui l'avertit de ne se fier qu'à des gens qu'il connût bien». Trois jours plus tard il montait sur la Gam, se joignait à des moissonneurs qui se rendaient au pays bas, et les suivait jusqu'au Gastanet près de Tourgueille (Saint- André de Valborgne). Il prêcha dans la jasse du Pic. Parlier était de ses auditeurs, ayant d'ailleurs donné avis de l'assemblée au Père Renaud, missionnaire, qu'il renseignait sur les prédicateurs',
i. C. 170. Dossier LhI'diix.