VIVENT ARRIVE AUX CKVENNES
Les cultes clandestins étaient maintenant modestes. A peine l'intendant en prenait-il ombrage. Quelques assemblées découvertes dans les premiers mois de 1G89, à Saumane', à Vébron. à Yalleraugue", avaient groupé si peu de gens, et de si basse condition, que Bàville n'avait envoyé qu'un homme aux galères. Il écrivit en Cour que les mesures violentes n'étaient plus nécessaires, et que le bruit dun retour des prédicants exilés était faux. Sa lettre est datée précisément du jour où Vivent, Brousson, Dubruc et leurs compagnons se mettaient en route pour le Languedoc '.
Les quatre troupes passèrent la frontière sans encombre. Par Lyon ou par Grenoble elles atteignirent le Rhône, et probablement pénétrèrent dans le Languedoc par le Pont-Saint-Esprit. De là, en coupant par Uzès, on gagnait les Gévennes sans trop de danger.
Serein paraît s'être arrêté vers Anduze. Le menuisier Foucard. de Cardet, était un de ses amis sûrs. Vivent et Brousson poussèrent jusque dans la montagne et, sans doute par Lasaile, en suivant une route qu'ils indiquèrent plus tard comme la meilleure, atteignirent Saumane et la Vallée Borgne, que son isolement rendait propice à la réflexion.
Qu'allaient-ils faire ? Leur but immédiat était de préparer les voies à une entreprise qui sorganisait en Suisse. D'autre part il leur était difficile de rien exécuter avant que leurs alliés du dehors n'eussent eux-mêmes commencé le mouvement oft'ensif. Ils se bornèrent donc, au début, à se mettre en rapport avec les prédicants du pays et à raviver par d'impressivea manifestations religieuses le zèle d'une population dont les intéj'èts spirituels, il ne faut jamais l'oublier, étaient la seule raison d'être de leurs efl'orts.
I. Dans une claif, le (i mars. Les CDnsiils de Saint-Jean (où Bàville élail passé Tavant veille) arrêtèrent trois jeunes lilles qui en revenaient. {Bull. XXVII,238).
'2. ^'oir la note suivante. Nous n'avons pas retrouvé le dossier du Teissier qui y est mentionné.
'■\. Bàville à Louvois. Montpellier, ii juillet 1689 {Arch. de la guerre, vol. u' 'JO.'i, lettre n» 13i) : « Il ne s'est rien passé dans les dernières assemblées laites à Vébron et Vallerau^-ue qui mérite de faire prendre des résolutions aussi fortes que celles f|ui ont été prises par le passé. U n'y avait pas plus de '»0 ou 30 personnes ensemble, tous de misérables paysans, qui ont été excités par quelques-uns d'entre eux : et le plus distinj^ué d'entre eux ap])elé Teissier a été pris et envoyé aux galères. On avait cru d'abord qu'il était venu des prédicants des pays étrangers, mais cela ne s'est pas trouvé véritable ».