‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 195 sur 284 · J18 LES PRÉDICANT.S PROTESTANTS · texte numérisé non relu

J18 LES PRÉDICANT.S PROTESTANTS

Arrivé le 0 ou le 7 août aux environs de Saumane, Vivent, par un petit garçon de Saint- André de Yalborgne « qui était venu avec lui », envoya chercher David Quet qu'il savait être près de là'. Les deux hommes conférèrent de la disposition du pays près de trois heures, en présence des dix à douze personnes qui suivaient Vivent. Quet ne reconnut parmi elles qu'Henri Pourtal. Les autres, il les tenait pour « des étrangers » venus de Genève. Il constata seulement qu'ils parlaient français. Vivent déclara ouvertement à Quet qu'il se proposait de réunir une troupe considérable pour la conduire hors des Cévennes et du côté du Dauphiné ; mais « il fallait encore attendre avant de rassembler le monde >>.

Treize jours plus tard, malgré les promesses faites à leurs frères de Suisse d'éviter l'éclat, les nouveaux arrivants convoquèrent une assemblée importante aux environs de Lasalle, <( dans la montagne de Liron »'. Deux cents personnes se réunirent autour de «. onze ministres ou proposants, y compris une fille » '. (Cette dernière est sans doute Isabeau Redostier, du hameau de Milherines, au pied même du Liron). Ce fut Vivent qui prêcha. Prenant pour texte le récit du sacrifice d'Abraham, il parla du devoir des chrétiens de servir Dieu jusqu'à la mort. Après cette exhortation, Dubruc, le seul des assistants qui ei'it reçu la consécration l'égulière et sans conditions, rassembla les prédicants des Cévennes pour leur faire subir une sorte d'examen et les élever à la dignité de « proposants y. Une dizaine de jours plus tard, Méjanel rencontre près de Clermont Lodève un de ses camarades qui se dit curieux d'entendre un ministre dans une assemblée. Il lui répond « qu'il lui prêchera lui-même, derrière une muraille ». Et comme l'ami lui demande étonné « s'il est de la profession? », Méjanel l'informe qu'à la réunion « où il a disputé contre le S"" Dumas d'Anduze, le

1. C. 170. Dossier Quet. Quet était clans le vallon d'Auxillargues, sous le Castanier. Il trouva Vivent dans un bois, prés de la maison du S Teule, entre Saumane et le Cabreroux. Au début de juillet <^uet et Olivier (Mazel) «•laienl trouvés à Saint-.iulien d'Arpaon.

-2. C 170. Dossier Quet et C. Kill. Dossier Mcjauel. « Dans la paroisse de Saint- Martin de Corconac». l'ne jjetite assemblée avait été convoquée par Dubruc le jeudi |)réeédent.

.3. Les prédicants et les ministres (nous soulijrnons les noms de ceux qui sûrement se trouvèrent à rassemblée) étaient alors : Dubruc, Vieent, Quet, Laporte, Mazel, Méjanel, Dumas, H;uizon, Dombres, Grevou, Ga/.an, Lapierre, Serein, Roman, Paul Plan (?) et Roussel (?j.

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S"^ Dubruc layant entendu prêcher la re^u », et qu'il lui a donné en trois vers (sic) ce qu'il devait dire »,

Ces trois a versets » bibliques, transcrits sur un fragment de papier que Méjanel portait sur lui, paraissent au premier abord énigmatiques. A la réflexion on y retrouve le programme de l'activité chrétienne telle que la concevait à cette heure décisive Dubruc lui-même.

Psaume L, v. 23 : Celui ([ui iii'ollVe en sacrifice des actions de grâce chantera un jour ma gloire, et à cehii qui adresse son chemin je montrerai la déhvrance de Dieu.

Psaume LI, v. 20 : Fay bien selon ta bienveillance à Sion et édilie les murs de Jérusalem.

S. Mallhieu VI, 17 : Mais toi, ([uand tu jeûnes, oins ton chel'el lave ta tùte afin qu'il ne paraisse point aux hommes que tu jeûnes, mais à ton père et ton |pére qui tej voit en secret te le rendra à découvert'.

Ainsi s'afïirment successivement les promesses de Dieu à ceux qui prient et gardent leur conduite pure : le devoir saint de relever les ruines de l'Eglise abattue ; et enfin, par une curieuse interprétation de Dubruc, la recommandation d'agir prudemment, secrètement même. Dieu récompensera celui dont l'œuvre cachée aura servi sa gloire.

Dubruc ne semblait pas douter du succès. Accompagné des onze fusiliers qu'il croyait nécessaires à sa sûreté, il apparaît à la fin d'un culte célébré près du Brion. au-dessus deLasalle, par Gazan et Grevou, alors suivis du fugitif Massai dit Labric, de Milhierines. Il écrit « aux Messieurs d'Aulas », ses anciens paroissiens, que a s'ils veulent y tenir la main il viendra prêcher dans son temple la première semaine de septend)re » . Il annonce, pour le 30 août, en vue de cet événement qu'il estime possible, une assemblée qu'il doit tenir avec Vivent ' « au bout de la côte de Navez », pour les protestants d'Aulas et d'Arphy\

Brusquement cette flamme s'éteignit. Avant le ÎÎO aoilt. Dubruc quitta les Cévennes. Gazan, plus tard le traitait de poltron. En réalité, il avait trouvé Brousson téméraire.

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