LE? PRÉDICANTS PROTESTANT
à la mort, et qui avait été mené à l'exécution en spectateur, lui rendit son courage avec quelques mots de piété. Massador demanda pardon à Dieu de sa faiblesse, et mourut résolument. Les dragons pillèrent quelques maisons, en rasèrent deux dont celle de Bedos'. Mais l'autorité militaire redouta dans les Cévennes l'effet de cruautés pareilles à celles du Vivarais. et un dragon fut. à Saint-Hippolyte, étranglé sur la roue pour avoir forcé une petite fille'.
Le soir du 9, les dragons allèrent loger au Vigan, mais les fantassins restèrent à Saint-Hippolyte. D'autres troupes arrivèrent. Ce fut un c( cauchemar d'uniformes ». En quatre mois la ville dut payer pour les soldats la somme effroyable de 244.400 livres.'
L'amnistie accordée par le roi fut enfin intégralement publiée le 13 octobre. Elle ne concernait point les pasteurs qui avaient prêché dans les lieux interdits. Ceux qui avaient paru k Saint-Hippolyte se hâtèrent en conséquence de passer en Suisse, et Genève dut assister leur dénuement".
Le Bas-Languedoc allait avoir lui aussi sa part d'épreuves, dont il devait payer la complicité morale qu'il avait fournie aux Cévennes et au A'ivarais. Les réformés de Montpellier, nous l'avons dit, étaient demeurés en l'epos, et l'agitation s'était concentrée autour de Nîmes. Les esprits y étaient violemment divisés. Les notables du Consistoire, dans leur majorité, s'étaient rangés à l'avis des pasteurs Cheiron et Paulhan et du baron de Saint-Cosme. partisans résolus de la soumission au roi. Mais une minorité ardente, autour des deux autres pasteurs, Peirol et Charles Icard, du S" de Fonfrède (Bausile Fonfroide), et de Claude Brousson accouru de Toulouse, prétendait donner une appi'obation ouverte aux mouvements provoqués par le Projet. Le marquis de Ruvigny, député général des protestants à la Cour, avait envoyé au Languedoc, dès les premières agitations, une lettre désespérée pour blâmer a la conduite criminelle » des révoltés et déplorer qu'ils eussent par leur désobéissance « fourni à S. M. un légitime prétexte de les châtier sévè-
1. Pour ce qui précède voir (Brousson) Apologie du Projet ; Mémoires de Noailles : Hugues. Histoire de l'Egl. Réf. d'Anduze. Mais nou? avons trouvé la plupart de nos renseignements sur les mouvements de Saint-Hippolyte dans deux rapports d'espions, qui sont conservés dans le dossier Brousson, C. 191. Voir aussi C. Ribard. Xotes d'Histoire Céienole, p. i56, et Reg. du Consistoire d'Aulas (Pap. Teissier).