‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 203 sur 284 · BERNE CONTRE LES VALDOIS · texte numérisé non relu

BERNE CONTRE LES VALDOIS

n'aient un extrême l)esoin d'ofliciers. On ne peut les tirer que de ceux ({ui sont au service de S. M. B| ritannique] ou de S. A. E. de Brandebourg-, j'ai fait savoir au dernier de ces princes l'état des choses, et je vous laisse le soin do faire à l'ég-ard du premier les diligences que vous croirez nécessaires, afm qu'ils agissent tous deux de concert dans cette occasion et qu'ils choisissent les sujets les plus propres pour cette entreprise.

Mirmand affirme ensuite que l'ambassadeur de France a été fort alarmé du mouvement et qu'il a présenté à ce sujet des mémoires à « Messieurs les Gantons »'. Les Cantons papistes, dans la conjoncture présente, sont d'une ^( mauvaise humeur » insigne. A Zurich, au contraire, les dispositions sont hostiles au roi. Le Conseil de la ville a pris la résolution de rappeler les soldats de la ville qui servent dans le royaume, a II y a apparence que les autres villes feront de même et qu'on commencera de régaler par là Monsieur l'envoyé d'Angleterre qui doit arriver ici dans peu de jours ».

Malheureusement Mirmand se faisait illusion sur la complicité des Bernois. Les menaces de Louis XIY avaient déjà changé leurs dispositions. Ce fut malg^ré leur défense formelle que la seconde petite armée, forte de deux mille hommes, traversa le lac le 21 septembre. Dans la Savoie, elle trouva les passages gardés. Demeurée dans le Chablais, elle incendia et pilla des villages et des églises, et dut se replier bientôt vers Genève qui refusa, une fois de plus, d'ouvrir ses portes. Les attroupés se dispersèrent en Suisse. Bourgeois fut arrêté par les autorités bernoises à son débarquement à Coppet. Le projet des réfugiés avait manqué dans les Vallées,

Il ne réussit pas mieux dans le Languedoc. Une sédition des Cévennes concertée parallèlement à l'entreprise vaudoise éclata trop tôt, mit en mouvement trop peu d'hommes, et aboutit à un échec piteux.

Le quartier général de Vivent et de ses amis, depuis leur retour, était entre la Vallée Borgne et la Vallée Française, sur la crête le long de laquelle courait le chemin royal de Saint-Jean à Florac, abandonné aujourd'hui à sa sauvage solitude.

1. Voir le Mt-moirc, Pap. Court, 17, L, 313. L'Ambassadeur ne veul pas que les 1,500 premiers soient suivis de milliers d'autres. Il déclare qu'il est constant que ceci est un eftet des menées secrètes du prince d'Orange et des Hollandais ».

« Ces 12 ou 1.500 misérables ne peuvent rien faire de sérieux, mais comme la tolérance de celte entreprise, formée sur les terres de Suisse, est sur le point d'en produire de plus considérables, ainsi que j'en ai avis, on ne peut trop tôt apporter le remède à ce mal ».

En aofit on trouve Vivent dans une claie, près du logis du Lac, avec quatre personnes, causant de la route qu'il a suivie lors de sa sortie du royaume. A minuit il fait la prière et quelques-uns de ses auditeurs ne se séparent de lui que le lendemain ^ . Vivent se tient en communications constantes avec ses compagnons d'œuvre, le plus souvent par l'intermédiaire de David Quet. Des hommes sûrs sont chargés de lui apporter des billets, entre autres un certain Manuel, «le courrier des prédicateurs» '". II a de l'argent, etilledit, de l'audace, une autorité incontestable.

Avec Quet, Vivent se transporte vers Boucoiran, sans doute pour conférer avec Serein. Il y prêche en août ou septembre '. Vers le 13 septembre, avec une quinzaine d'hommes armés, il est revenu au Pompidou, Dans un bois proche de la maison du S' de la Sagne, il déclare qu'il faut tenir bon et se servir de ses armes. Chaque canton des Gévenues est travaillé par des émissaires auxquels un rendez-vous est assigné vers la montagne de

1. Mc'moire de l'espion des galères Rt-gis (Dossiers N. Weiss).

-2. Louis ^lanuel, cardeur, du mas de Prunet (Gabriac), '20 ans on 108'.). Il avait l'ail le inctier de j;uide. Devant ses juî;-cs il avoua être allé trois fois en Suisse. (Quarante-cinq ans plus tard (23 avril 17'i.j) il disait à Ant. Court avoir fait dixneuf fois le voyage, et être en particulier revenu une fois de Lausanne porteur de Lettres Pastorales dont Brousson l'avait chargé. Le 26 août Manuel fut arrêté au t^ol du Rédarès (près de Lasalle). On trouva sur lui un billet de Quet à Laporte, un autre de Quet à Vivent qui se faisait encore appeler Bousquet. (Quet était alors vers Ganges). (G. 170. Dossier Quet). Manuel, dans ses souvenirs (/"ap. Court, 17, B, f" 310) prétend que les billets étaient chiffrés. Peut-être avaient-ils un sens convenu. Ils paraissent insignifiants. Voici la lettre de (^uet à Vivent, remarquable tout au moins par la déférence qu'elle indique :« Monsieur etrez honoré frère. Je vous envoyé cet espres pour savoir Testât de vostre santé et de celle de ceux ([uy vous appartiennent. Vous aurés la bonté de m'envoyer le tout par moyen d'un bilhet et vous le donnerez au dhonneur du présent par lequel vous aprandrez que je suis en bonne santé et prie Dieu pour v"^' conservation et prospérité soir et matin. Vous verez que celui quy vous escrit vous est et veut estre avec vous et avec ceux quy vous appartiennent, avec un profond respect.

Monsieur etrès honoré frère

Votre très humble et très obéissant serviteur, D. Q. ); Au dos : « A M[onsieur] Vivens M|inistre] ».

A Lasalle, raconta Manuel, «le lieutenant colonel du régiment de Lalande ai)pelé ;M. Grcma de Greraont lui mit deux fois la corde au cou, dont il faisait passer les deux bouts par dessus une poutre, par le moyen desquels il faisait élever en l'air par ses soldats le pauvre patient, pour l'obliger à déclarer ceux qui l'avaient logé, lui [ef les prédicants] ».

3. Une assemblée faite la nuit du -23 au -2i août, aux Termes, à l'entrée de la garrigue de Nimes, joignant le terroir de Gajan, donna lieu à huit arrestations. L'avertisseur avait été François Anjelras de Gajan. Il ne fut pas au nombre des prisonniers. L'assemblée fut faite k par un j)rédicant et non un ministre ». G. 169.

ASSEMBLÉE UE LA CAM DE l'hOSI'ITALET 331

la Lozère, pour une grande assemblée que Vivent présidera'. Quelques enthousiastes parlent de la possibilité de rassembler, en peu de temps, trente à quarante mille hommes '.

Le jour de la prise d'armes n'était pas encore fixé. Vivent même, s'il avait laissé entendre aux partisans qu'il les réunirait sur la Lozère, ne leur avait pas encore appris que le secours viendrait du Dauphiné : on publiait seulement dans les Gévennes que le roi d'Angleterre devait envoyer en Languedoc des ofliciers et des troupes. Il était plus naturel d'attendre ce renfort d'un débarquement sur les côtes du Golfe du Lion ; aussi lorsque vers le milieu de septembre, une lettre du bas pays arriva aux montagnards, allîrmant que le maréchal de Schomberg, au nom du prince d'Orange allait « faire entrer une armée dans leur pays», ils crurent les vaisseaux en vue. et qu'il fallait agir sans balancer '.

Une assemblée où, semble-t-il. devaient être communiquées des instructions importantes, avait été convoquée par Vivent pour la nuit du 23 au 24 septembre sur la Gam de l'Hospitalet, vaste plateau calcaire qui unit le Pompidou à Barre, et au centre duquel s'élève une unique ferme. David Quet, descendu à Saint- Jean pour avertir des allidés, vit accourir à lui, vers Saint- Romans de Tousques, les principaux chefs du mouvement, tout émus, armés de pistolets et d'épées. Le soir, avant la nuit, avec eux, il remonta vers Vivent. La troupe rencontra à Ayreventouse un habitant de Saint- Jean, M. de Montvaillant, qui l'estima à quatre-vingts hommes (ils étaient moins), et sans plus se soucier des soldats de milice, croyant sonnée l'heure décisive, elle traversa le bourg du Pompidou où Quet salua

1. Procès-verbal de question de David Quet. {C. 170, Dossier Quet). (Le manuscrit est rongé par endroits) : « On résolut d'avertir chaque personne, de l'assemblée que Vivens devait tenir. Pour Saint-Jean du Gard on fit avertir Jeau Bourdarier du Cabreroux : à Sainte-Croix et [Gabriac] le nommé Marti demeurant près du chemin de (?) : à Lasalle, à Saumane et (?), Puech l'aîné prés du meunier (?): et à l'égard de Saint-André de Valborgne, le nommé Jean (iazan qui est dudit lieu y [tut chargé] d'avertir. Le nommé Jean Castanicr de Saint-Germain à .\nduzc ; le nommé (?) à Mialet ; le nommé Jean Kiumal, de Saint-Martin de Lansuscle, dans son quartier ».

2. Durand, hôte de Vialas, qui regrettait neuf mois plus tard que tout le monde n'eût pas eu alors son courage et sa résolution. [Mémoire de Régis).

3. C'est Brousson qui nous apprend le fait, l)ien qu'en termes moins précis. (Requête au Roi du "2 novembre 101(8, C. 191. publiée dans Corbière, Hist. de VEgl. Rcf. de Montpellier, p. 31-2>. A la fin de 1G88, le bruit avait couru pareillement dans le Haut-Languedoc (prés de Vabre) « qu'il était venu de Suisse six cents hommes accompagnés de beaucoup de réfugiés ». Il s'agissait d'un faible attroupement de X. C. réunis pour entendre un prédicant. Bull. XIV, 159.

33î LES nuÉmcAXTs trotestaxts

ironiquement le S^^ de la Blaqnière avec le curé qui sêpouvantaient de leur insolence. Elle monta enfin rejoindre sur la Cam Vivent et les autres compag^nons. Cette manifestation ouverte changea brusquement le caractère de l'assemblée. Les souverenirs du camarade de Quel, Louis Manuel, qui raconta les faits à Ant. Court quarante-cinq ans plus tard ' . nous fournissent, pour reconstituer les événements, un cadre solide dans lequel entrent sans peine les détails donnés par les dépositions contemporaines. Si peut-être quelques traits du récit de Manuel paraissent exagérés, lensemble apporte sur le rôle de Brousson en particulier un témoignage péremptoire qui confirme ce que sa lettre du 26 août nous a révélé de ses projets belliqueux.

Quet et sa troupe trouvèrent sur le plateau, auprès de Brousson (qui se faisait appeler a Beaudo ï> ■ ^ et de Vivent, presque tous les prédicants que comptaient alors les Ce venues: Mazel Olivier ou La Jeunesse . Lapierre. Laporte. Couderc. Gazan La Valette), avec l'accompagnateur La Roquette, Serein, venu d'Anduze, et aussi Jean Manuel. Ce dernier était sorti depuis peu du fort de Saint-Hippolyte. a sur la promesse de faire prendre un prédicant ». Il n'était pas disposé à tenir sa parole, mais il venait d'informer le subdélégué Pierre de Bagai-s. dans ses réponses touchant deux lettres saisies sur lui, que Vivent était dans le Languedoc \ La nouvelle, transmise à Bàviîle.qui était à cette heure dans le Vivarais avec de Broglie. provoqua le brusque retour de l'intendant et du commandant militaire vers les Cévennes.

Le nombre des Cévenols qui rejoignirent les prédicants à THospitalet s'accrut toute la soirée. Es se trouvèrent, enfin, une centaine. C'étaient, pour la plupart, de jeunes hommes, portant fusils, pistolets ou hallebardes, armes soustraites aux perquisitions des dragons. Vivent fut surpris de ce mouvement spontané qui précédait le signal promis. Après le sermon de

1. Pap. Court-, 17, B, f» 510. TcjnoigTtJijre rendu par Ixmis Mcnurl l.c 2S acril j ->'.".

2. Isaac Parlier. du Mas Supérienr (Saint-André de Valb.) dépose le 18 déc. i69i : A An mois, de septembre 11689] ètAnl à sa Tijrne il vit monter plusieurs personnes avec de? lanternes qui venaient de Saint-André, et étant allé à leur rencontre ils lui dirent gu'il y avait une assemblée à La Cam de THospitalet, où Vivait devait prêcher, ce qui roblicea dv aller par curiosité pour voir Vivent, et y étut allé il y trouva environ cent personnes, où étaient Vivent, Lapierre, Bramsum dit Bcanà-o. La Valette- Laporte, La Roquette et plusieurs autres, avec envima domze fusils, des autres ayant des pistolets \C. 17!. Dossier des accusés de MoBtr«d<ni>.

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