BROUSSON AVEC LES KMEUTIEHS
Lapierre, après sa propre prédication et une « exhortation )j de Brousson', il aurait, au dire d'un habitant de Saint- André de Yalborgne, vivement reproché leur précipitation aux attroupés. « Ils s'étaient mal conduits, ce qu'ils faisaient était contre son sentiment, on anticipait de huit jours ». Après quoi il aurait lu des lettres révélant tous les secrets, « disant qu'il devait entrer un grand nombre de personnes [par le Dauphiné] » et répétant que c'était vers le nord des Gévennes qu'aurait dû s'efïectuor la concentration. « 11 fallait connnencer par Florac, et désarmer toutes les troupes ».
Le mot d'ordre était, en elVet, de s'assembler à la Fau des Armes (c'est un bois qui couronne le sommet de la Lozère), et se joindre avec ceux du Vivarais' qui s'y rendraient'. On se rappelle qu'à la même heure les Aaudois étaient rentrés dans leurs vallées, et que sous les ordres du capitaine Bourgeois un nouvel effort (21 septembre) était organisé par les Barbets et les réfugiés « pour suivre les autres, ou pour tenter possible d'entrer en France par d'autres routes ». On accordera donc sans hésiter que Vivent en Languedoc était tenu au courant des agitations du Canton de Berne. L'arrivée de Bourgeois dans le Haut Dauphiné devait être, au début d'octobre seulement, le signal de l'émeute que Vivent et Brousson entendaient susciter.
« L'ennemi, dit Manuel, eut quelque avis de l'assemblée de l'Hospitalet, et comme on se retirait le matin [24 septembre], quatre compagnies de milice arrêtèrent environ quarante personnes. On fut le rapporter à Brousson et à Vivens qui étaient à un quart de lieue de là, en tout vingt-quatre hommes prêts à déjeuner. Brousson dit à ces gens qu'il fallait rafraîchir le bassinet [on dirait aujourd'hui ; mettre aux fusils des capsules neuves], et aller enlever les prisonniers \ On fit deux pelotons et on alla droit à l'ennemi. L'ofïicier s'adressant à Brousson, lui dit : De quel ordre marchez-vous? — De la part de Dieu, dit Brousson. Et vous, dit Brousson à l'ofïicier, de quel ordre? — De l'ordre de M. de Fournels, dit l'ofllcier. — Armes bas ! dit
1. Isaac Parliei- (18 déc. KWl) « Lapierre et Vivens prêchèrent, Brousson lil une exhortation ». C. 171.
•2. 11 est très probable que le Vivarais avait reoii en même temps que les Cèvennes quelques émissaires de Genève qui le travaillaient pareillement. .\ la lin de 1689 le S' de Valescure, ami de Vivent, savait «que des troubles allaient commencer du côté du Puy en Velay et que des assemblées s'y tenaient ». (Mém. de Hèfïis).
:!. D'après Bastide, les prisonniers auraient été seulement des femmes, qui furent enlevées aux soldats par « Henri » [PourtalJ. Pap. Court, 17, B, 337.
331 LES l'RKDICANTS PROTESTANTS
Broussoii, et on désarma l'olUcier ». Les miliciens laissent les prisonniei's, prennent la fuite, et vont s'enfermer dans le châleau de M. de Brissac, à Molezon. « Comme ils fuient, un soldat veut tirer son coup, et son fusil fait feu. Manuel lui enfonce son épée dans les reins et le fait prisonnier. Il s'appelait Dulaurier. On le ^arda quelques jours, après quoi on le relâcha »'.
Après ce coup d'éclat il était natui'el d'aller de l'avant. Vivent se tourna vers ses compagnons : « Qui m'aimera, me suivra! », cria-t-il, et s'adressant en particulier à Lapierre et à Mazel, il entraîna avec lui des hommes qui ne demandaient qu'à agir. Brousson suivit aussi. Manuel le dit expressément. Peut-être devons-nous le reconnaître dans « le nommé Du Clos, ayant un justaucorps bleu, portant une perruque noire, d'assez grande taille et gros, point picoté de vérole », qui marchait avec Vivent en môme temps que le petit Fraissinet (sans doute Quet, originaire de Fraissinet de Lozère)". Les attroupés, dont le nombre, ne dépassa pas 63, demeurèrent pendant la journée autour du Pompidou et de Molezon, assurés qu'ils étaient de n'y plus rencontrer les milices. Ils descendirent à la Moline où Quet leur fit entendre une prédication.
Aux premières heures de la nuit, Vivent et Brousson résolurent de gagner les Hautes-Gévennes avec le gros de leurs forces, et d"y attendre que David Quet eût rassemblé à Molezon et Saint-Romans de nouvelles recrues.
1. Dulaurier esl sans doute le surnom de Jean Certes, de Saint-Chély, soldat do la Corapaguie des Fournels, du réj;iiuent du Chayla, qui dépose le 5 octobre 1(58'.» devant Bàville, et raconte avoir été arrêté le 24 septembre à liuit heures du matin par les attroupés qui l'ont forcé à les suivre. (C. W.K Dossier Doulson et Malzac).
2. Déposition de Malzac, de Molezon, qui était avec eux. (Dossier Doulson et Malzac. C. 169. 6 oct. 1089). Le surnom de Brousson ne nous est pas exactement connu. On a vu plus haut que Parlier l'appelle Beaudo et nous ne croyons pas avoir commis une erreur de lecture, car le mot, sous cette transcription, se retrouve souvent dans des interrogatoires de 1691 et 1692 (C. 172). Cependant Brousson est ailleurs nommé liugleaux, ce qui porterait à penser que Beaudo est dit pour Beauclos (en 1698 il se fait appeler Paul de Beauclose). On comprendrait alors que Malzac de Molezon, ait cru l'entendre appeler Bu Clos. Le sij;ualemcut de Du Clos s'accorde fort mal avec celui que Bàville donnait de Brousson le 26 novembre 1691 {Bull. VU, 5) : « de taille moyenne et assez menue, le nez grand, le visag-e basané, les cheveux noirs, les mains assez belles » (répété en 1692 et en 1693, Bull. LI, 412 ; L. Nègre, p. 170). Cependant l'espion Régis de Marseille, d'après les confidences du galérien Bastide, le signalait le 18 janvier 1690 comme « de taille moyenne, un peu gros, portant perruque tantôt brune, tantôt claire », et le portrait de Brousson par Bronkhorst, au musée de Nîmes (Bull. VII, 3) s'il est authentique, est celui d'un homme large d'épaules, plutôt corpulent...
VIVENT DEVANT ILOUAC .iSo
« Brousson, dit Manuel, exhortait ceux qui étaient sous les arnies de ne faire de mal à personne, ni aux prêtres, ni aux églises, ni à quelque personne que ce pût être, sinon en cas d'attaque »', et ce fut dans un ordre relatif que les révoltés remontèrent d'abord au hameau du Mas Bonnet, où ils reçurent, en passant, quelques vivres d'un religionnaire', puis à La Croix, chez Arnoux, S'^du Bari-et, où Vivent n'ayant pas trouvé de vin demanda un seau d'eau pour rafraîchir ses hommes ^ La maison du prieur du Bousquet de la Barthe était tout près ; Vivent y laissa prendre un fusil et du linge.
Quittant la vallée de Molezon, la troupe monte à La Gam de Terre Bouge, continue par Ferrières et ne s'arrête que vers La Salle Prunet (au bord de la Mimente) où elle arrive dans la matinée du 2o, menant avec elle quelques prisonniers, et parmi ceux-ci l'apostat Valmalle, du Mas Bonnet. Les insurgés le traitent de « vendeur de chrétiens » car il a livré depuis peu le prédicant Roman, qui est à cette heure dans les prisons d'Alais*.
Ce même jour (23 septembre) Bàville et Broglie apprenaient à Alais, par les soins des consuls de Saint-Jean, la nouvelle rapportée par M. de Montvaillant de sa rencontre de l'avantveille avec les paysans armés \ Le lendemain ils étaient à Saint-Jean avec une compagnie de dragons ; ils demandaient aux lieux circonvoisinstous les soldats disponibles, expédiaient des ordres dans les Cévennes entières, de Meyrueis à Chamborigaud ; le 27 ils partaient pour Cassagnas* (avec 1,700 hommes, selon Manuel), et le 28 arrivaient à Barre. Là, l'intendant fut informé d'une vaine démonstration que Vivent, peu doué comme capitaine, venait la veille au soir de tenter contre Florac.
Le prédicant avait reçu avis, le 26, dans une claie près de Pierrefort, sur le Bougés, que David Quet, autour du mas de la Bouvière (Molezon) avait réuni 83 hommes en armes. Mais la
1. Telle fut sans doute la substance de l'exhortation que Brousson, suivant Parlier, a prononcée à la Cam de l'Hospitalet.
'2. Pierre Meynadier. Sa maison fut rasée.
:i. Daprès Manuel, Arnoux après avoir déposé en justice contre Manuel, aurait été immédiatement dénoncé par celui-ci comme ayant donné a Vivent du vin et cinq fusils. Ce qui i-este du dossier Manuel (Dans le dossier Jean Mazei. C. 170) ne permet pas de vériller ce détail. La maison d'Arnoux fut rasée.
4. Valmalle dit Ramerantin. (Pap. Court, 17, H, f- '.7'i bis. Tém. de Gaubcrl),
o. lîèg. délib. Saint-Jean (-2 oct. 1689).