Louis Guichard, mort en 1681 ministre de Bréau
340 LES l'RÉDICANTS PROTESTANTS
une bûche. Si bien qu'en moins d'un quart d'heure je fis un chemin au verrou avec la pointe de la baïonnette, en sorte que la porte s'ouvrit, la pierre heureusement s'étant trouvée fort tendre ».
« Je n'étais pourtant pas encore hors de danger, ne pouvant pas sortir par la porte du château, puisque la basse-cour était pleine de dragons. J'aurais pu m'échapper aisément par de certaines fenêtres, si toutes les chambres n'avaient été occupées tant par les Puissances que par les ofliciers.il fallut donc chercher un autre moyen. Pour cet efl'et, M'"= Guichard me mena dans une chambre haute, dont une fenêtre répondait au derrière du château, mais si à découvert que je voyais la moitié des soldats qui faisaient la garde dans la basse-cour. D'ailleurs, pour descendre de là, il fallait se glisser devant les fenêtres de l'intendant. Mais pour m'aflermir contre tous ces obstacles je fis tout bas une prière ; ensuite de quoi je passai une perche au travers de la fenêtre, où j'attachai des draps sales, bien liés ensemble, et ainsi, me remettant à la garde de Dieu, je descendis sans être vu ni entendu de mes ennemis » '.
Roman alla se réfugier assez près de là, dit-il, chez quelquesuns de ses frères qui le traitèrent avec beaucoup d'humanité, « mais n'osant pas le recevoir chez eux, ils le mirent dans une caverne». «J'y demeurai trois jours, pendant lesquels mes ennemis me cherchèrent bien loin '. Ayant dessein de partir je convoquai une assemblée, pour rendre grâces à Dieu de ma délivrance, et repris ainsi les fonctions de mon ministère. Ce qui ne fut pas sans m'exposer de nouveau à de grands dangers, car tous les chemins et les passages fourmillaient de soldats ».
Lorsqu'au matin la jeune Guichard, qui avait quitté le château, apprit que Bà ville s'en prenait à M. de Montvaillant de l'évasion du prisonnier, le menaçait de le faire mourir, de raser son château et de détruire sa famille, elle alla « par une générosité
1. Roman ne dit pas que Bàville, heureusement, était dur d'oreille. Le pasteur apostat Isaac Dumas, de Soustelle, relégué à Xarbonne loin de sa femme et de ses enfants en mars 1689, nous ne savons pour quelle raison, fut l'objet d'une information le 2i mai 1690 pour avoir, dans la ville, proféré des menaces contre l'intendant, « ce f... sourd » (C. 170). Quelques mois après son évasion, Roman racontait au soldat Sautier (C. 170) que « la fille de chambre lui avait donné deux draps qu'il avait coupés par le milieu, et ayant noué les pièces et attachées à une fenêtre il se sauva ».
2. Le bruit courut que le prédicant, après son évasion, s'était réfugié chez une veuve. Celle-ci n'avait pas eu même de quoi le faire souper, et l'avait mené, partant deux heures avant le jour, jusque chez Caulet, au mas Supérieur (Saint-André de Valborgne).
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vraiment chrétienne » se présenter devant lui pour rétablir la vérité. L'intendant la condamna au fouet et à la prison perpétuelle. Elle fut conduite à la Tour de Constance', y demeura cinq ans, fut alors libérée sans savoir pour quelle raison, et passa en Angleterre, où elle était en 1701, k bien établie ». Quant à M. de Montvaillant, relégué dans le Haut-Languedoc, où il avait des tenues, il se vit en 1G91 confisquer quarante mille livres par Tadministration de Bàville, sous prétexte que M'^^dePeyremales, sa tante, dont il devait hériter, «n'était pas morte catliolique » ". Rien ne subsiste aux Archives du Languedoc du procès de Roman, mais son évasion est confirmée par divers témoignages ; le prédicant la racontait volontiers. Il faut noter que dans le récit que nous possédons de sa vie errante, il n'a pas dit un mot du mouvement qui agita les Gévennes pendant sa captivité. Brousson, lui non plus, ne voulut pas, dans sa Relation des Merveilles que Dieu Jait en France, donner un souvenir à ce soulèvement avorté.
I. Brousson dit : au château de Sominières, où elle était encore, selon lui, en
-2. Le procès lait à la mémoire de dame Alix de Carlot, dame de Saint-Jean du Gard, veuve de N. Balthazar de Peiremales, avec la protestation de son neveu ^[. de Montvaillant (Henri de Vignolles, Seigneur de Saint-Jean) se trouve C. 171. La dame, après avoir fait son devoir de catholique, et assisté à la messe, suivant le témoignajje du prêtre de Saint-Jean, Barthieu, serait morte « relapse », le lit janvier 1091.