‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 207 sur 284 · LA COLÈRE DE VIVENT BROUSSON DEVIENT PRÉDICANT · texte numérisé non relu

LA COLÈRE DE VIVENT BROUSSON DEVIENT PRÉDICANT

(Octobre-Décembre 1689)

Le 30 octobre 1689, une nouvelle ordonnance du roi commandait « de courre sus aux vagabonds et gens sans aveu qui se donnaient le titre de prédicants, et excitaient des assemblées illicites sous prétexte de faire profession de la R. P. R. » '. Bàville trouvant insuffisants les espions des Cévennes, en entretenait jusque sur les galères. Par le moyen d'un commis de Marseille nommé Régis, qui se donnait pour protestant, il essaya d'obtenir des forçats d'utiles confidences, et Régis dressa un Mémoire « concernant les troubles des Cévennes. » Au début de l'année 1G90, Bâville eut par lui le signalement des compagnons de Vivent : Couderc. La Valette, Laporte, Olivier et Quet qu'il connaissait déjà ; celui d'un autre prédicant. Blanc, dont une seule mention nous est faite ailleurs, celui enfin de Brousson, dont la présence aux Cévennes, lui était connue depuis quelques mois".

Au début d'octobre, Jean Mazel (Olivier) qui s'était attaché Manuel, faillit être surpris au Mazel de Barre (au-dessus du château de Molezon). Manuel raconta à Ant, Court que quelques soldats conduits par un traître, avaient investi la maison où ils dormaient. Tous deux purent fuir. « Au devant de la fausse

1. C. 160. Publiée à Nîmes le 9 nov. par Noailles, revenu de la campagne de Catalogne pour tenir dans la ville les Etats du Languedoc.

2. Le premier Mémoire de Régis, que nous ne connaissons pas, est mentionné au début d'un autre, intitulé Aditiov au Mémoire concernant les troubles des Séi'cnes (Bibl. Nat. Clairambault, 868 : pp. 211-2j8). Ce second Mémoire est du 17 janvier 169U. On y lit en particulier : « Blanc de 50 à 5:5 ans, taille petite, les cheveux grisons». (Blanc est signalé à Florac avec Quet et Manuel en juillet 1689). Vivent est dépeint par Régis comme « habillé d'ordinaire de gris blanc comme un soldat ».

rUISE DE NOMBRES ET DE BAUZON 343

porte par où ils s'échappaient, ils trouvèrent l'officier qui voulut leur mettre la main dessus, mais Manuel s'étant saisi d'une pierre en frappa avec tant de force l'estomac de l'officier qu'il le renversa partei*re... Ils revinrent, quand on eut emporté l'officier chez lui, pour prendre leurs livres et leurs hardes qu'ils avaient abandonnés pour se sauver avec plus de facilité et de promptitude » ' .

Vivent s'était réfugié, après la dispersion de ses hommes, sur les terres de Moissac et de Saumane où des bois hospitaliers et des maisons sûres lui oflVaient un refuge'. Son échec lui avait été dur et il gardait une haine tenace au vicomte du Cliayla dont les milices vigilantes avaient les premières arrêté l'essor des Gévennes vers la liberté. Une nouvelle circonstance vint renforcer son inimitié. Vers le milieu d'octobre deux compagnies du même régiment du Ghayla, conduites par le major du Fayet arrêtèrent dans la ferme des Ghazes (Saint-Michel de Dèze) après une assemblée, les deux prédicants Dombres et Bauzon, en même temps que Pierre Bastide de Mialet (26 ans) et François Pellet du GoUet de Dèze '. Les quatre prisonniers furent conduits à Saint-Etienne Valfrancesque où ils demeurèrent trois semaines, les menottes aux mains et les pieds dans les ceps. Quelques jours plus tard (o nov.) un auti*e avertisseur, Samuel Pintard, de Saint-Bomans de Tousques était arrêté à Moissac.

Dombres était un des prédicants de la première heure, que Vivent avait retrouvé à Lausanne. Bauzon, connu dans les Gévennes sous le surnom de L'Allemand (on se rappelle qu'il était revenu d'Allemagne) avait produit sur Brousson une impression de ferveur et de modestie que celui-ci retrace en paroles émues. Leur arrestation retentit douloureusement au cœur de leurs compagnons, qui ne doutèrent pas un instant qu'ils n'eussent été vendus. Bastide rapportait ' (ju'un certain Gorbier, du Pin, avait été soupçonné, aussi bien que le proprié-

1. Pap. Court, 17, B, f' 510. Le luit se serait passé environ quatre mois avant le -ijjanv. 1690.

2. Régis donnait le nom du maréchal Lapointe, de Saint-Romans de Tousques, et de Jacques Aumcras, du mas des Cazels (Saint-Etienne), comme ayant correspondance avec Vivent et tout son parti. Quand on voulait parler à ^ ivent, il fallait s'adresser à la veuve l'oussiely:uessc, de la Baume (paroisse de Peyroles).

3. Pap. Court, 39 [Douen, II, 97J: 17, B. 189 : récit de Bastide). Nous n'avons retrouvé le dossier d'aucun des quatre prisonniers. La ferme des Cliazcs est sur le versant oriental du Plan de Las Fourques.

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