DcW). de Saint-Jean, et Pap. Court, 17, B, f
MORT DE DOMBUES ET DE BAUZON 343
sut le nom de sa victime, « eut du regret de l'avoir tué ». Il l'avait pris pour le vicaire de Saint- Jean et il lit avertir ce dernier, en même temps que le prieur de Saint-Martin de Corconac « de prendre garde à eux » ' .
Les quatre prisonniers de Saint-Etienne, menés à Nîmes où Noailles tenait les Etats du Languedoc, y furent jugés par Bàville. Bauzon avoua avoir été envoyé de Genève par a trois ministres, qui lui avaient donné la mission de prêcher dans les Cévennes et qui n'avaient osé y venir eux-mêmes ». 11 déclara également « avoir été inspiré de Dieu pour y venir prêcher l'Evangile ». Puis tentant de voiler, comme le fit plus tard Brousson, les côtés séditieux de son activité religieuse, il allirma qu'il avait toujours désapprouvé les sentiments de Vivent de faire prendre les armes, et que c'était pour cela qu'il s'était séparé de lui v. T^a hardiesse de Bauzon et de son compagnon Dombres, que Bàville reconnaissait « être du même caractère », firent impression sur l'intendant. Des mesures furent par lui prises, le jour de la double pendaison (lo novembre), « pour empêcher qu'ils ne fissent aucune déclaration mal à propos », et les tambours battirent au pied de la potence où les condamnés marchèrent en chantant un Psaume. « Ils sont morts de la R. P. R. avec une grande opiniâtreté, écrivit Bàville à Louvois. Il n'y avait point de méchante action dont ces deux hommes ne fussent capables par leur grande fermeté » '. Leur supplice, qui suivait à plus d'un
1. Délib. de Saint-Jean, 13 novembre : Dossier Soubeyran C. 169 : Fragment ttiir les Camisards. On raconta que le curé de Peyroles •( ayant passé quelques jours avant sa mort auprès d'une assemblée, ou lui avait demandé de garder le secret. Il ne le lit pas et cela causa sa perte ». (Pap. Court, 17, B, 1<> 537).
2. Hel. des Merv., \i. 17 : Pap. Court, 30 ; Lettres de Bàville à Louvois des 1-2 et ±0 novembre 1681) {Eglise libre du 25 janvier 188V. Publ. F. Puaux). l'ne Helation fut écrite de la mort de Dombres et de Lalleniand (C. 172 dossier Couderc). l-^llo n'a pas été retrouvée. Le 15 (25) novembre, « la demoiselle Dombres, dont U' mari prédicant vient d"ètrc exécuté (^n France exhortant ses frères » obtint à Lausanne 30 sols de secours immédiat. Elle avait deux enfants, dont l'un encore à la mamelle. La pension de 3 écus le mois, accordée à Dombres, lit retour à sa veuve. (En 1695 elle en réclame les arrérages: Bull. IX, 196). En 1691 elle mettait un lils en apprentissage chez un fabricant de bas. Elle est encoi'e assistée en 1702 (Fr. Prot., -1' Ed : Bull. XIII, l.xJ).
l'ne femme usurpa le nom de la veuve pour exploiter les X. C. du Lang-uedoc. Le 2'i juillet 1692 on arrête à La Bastid»', i)rés de Mazamet, uiu' mendiante avec deux HUettes, qui porte le billet suivant, signé d'une ardente protestante de Montpellier :
'< Vous sçaurez, mes frères fidelles, comme Marie Roussclle, veuve de Jean Dombre, diocéze d'Allez est une pauvre femme exilée par les Puissances avec deux petites filles qu'elle a avec elle pour sept années, ayant demeuré vingt-huit mois en prison à ^lontpellier et ses deux lilles à Thospilal gênerai «le ladite ville, et beaucoup d'autres i)auvres frères. Vous sçaurez comme son mary a esté exécuté
340 LES l'RKDIGANTS l'UOTESTANTS
an d'intervalle celui de David Berthezène, ouvrait une seconde série d'exécutions. Presque tous leurs compagnons d œuvre devaient subir le martyre avec la uiOme superbe énergie.
Bastide et Pellet furent envoyés aux galères (13 novembre), le même jour qu'un Cévenol des environs de Saint- Jean du Gard, le S''de Valescure, dans le château duquel les meurtriers du curé de Peyroles, après leur coup fait, étaient allés demander un repas. Le S"^ de Valescure, auditeur des chants miraculeux, oncle de deux exilés, avait sans doute connu Vivent à Peyroles quand celui-ci n'était encore que régent. Il n'est pas surprenant qu'il ait eu commerce avec les prédicants '.
Bàville avait vainement mis à la torture Bauzon et Dombres afin de connaître deux la retraite de Vivent ; Bastide et Pellet n'avaient rien voulu dire non plus à cet égard. Le S'' de Valescure avait refusé la grâce à lui oflerte en échange d'une révélation sur ce point capital. Mais l'arrestation de ce dernier, et le retour à Saint-Martin de Corconac de M. Dugua qui abandonnait sa charge de Gouverneur de Nîmes et disait adieu à l'armée, obligèrent le prédicant à quitter enfin les environs de Saint- Jean. Avec Mazel et David Gazan il gagna les Hautes-Gévennes.
Il y était à peine arrivé qu'il apprenait une nouvelle capture. Cinq compagnies du régiment de milices de Villevieille, faisaient d'incessants détachements autour de Saint-Jean. Depuis l'assassinat de Mielgues et du curé, les miliciens avaient été logés à pure perte dans les hameaux, et M. de Villevieille « avait promis de les tous ruiner ». Au-dessus de Banières, et non loin du chemin du Col Saint-Pierre où L'Allemand prisonnier était passé, les soldats avertis par des N. C. « trop foulés », découvi'irent, le 27 novembre, dans une caverne où ils avaient transporté provisions, armes et livres, un lieutenant fidèle de Vivent, Jean
diins la ville de Nimes ayant cslé pris dans une asseral)lée. Ca-IU^ i)auvre femme est dans la nécessité c'est pourquoy je vous prie de l'assister par cliarité aux endroits où elle passera suivant le pouvoir que Dieu vous aura donné, le priant de tout mon cœur qu'il vous en rande au double. Fait à Montpellier ce d' avril 161)2 i)ar Madame de Mouret demeurant proche du Palais. » C. i7"2.
1. Doucn, II, 101. Sa nièce Bernardine de Falguerolles. sortie du royaume avec Mvent, notée comme « maîtresse » de Bringuier, était eu janvier KWd à Londres auprès de la princesse d'Orauffe. Le Irèrc de celle-ci, officier, s'était noyé lors du débarquement de l'armée du prince. (.Wm. Uegis). L'auteur du Fragment... sur les Camisards, qui servait dans la Compa^niie île milices de Saiut-Auban la Farc, et qui avait conduit Lallemand de Saint-Jean à Nîmes, dit être passé à Valescure le lendemain de la prise du yenlilhomme. Il exhorta vivement la femme et les enfants qui fondaient en larmes, « à chercher avec soin les barbares assassins «jui étaient cause de leur perte ». Le château fut rasé.
l'niSE DE SOUBEYRAN 317
Soubeyran l'ancien dit La Perruque, et sa femme. Trahis par la fumée du feu où cuisait leur soupe, au momenl où ils lisaient la Sixième Décade des Sermons de P. Du Moulin, l'oncle et la tante du prédicant Mazel, blessés chacun d'une balle, furent emmenés à Saint-Jean où Barthieu se flatta que par eux il aurait bientôt dans les mains « la plupai't de ces bandits dont Soubeyran était le chef et le guide ». Mais les fugitifs, mis en garde par tant d'arrestations, s'étaient déjà dispersés'.
Les prédicants se préparaient à affx'onter l'hiver. Vivent, se séparant de Gazan, poussa au nord jusqu'au Bleymard, en une région entièrement catholique, nous ne savons à quelle intention, puis revint vers le Mont Lozère. Gazan redescendit avec Lapierre, Grevou et Rey de Massevaques (l'ancien suivant de Manoël), aux environs de Saint- André de Valborgne. En décembre, rejoints vers Tourgueille par Roman, ils tiennent une grande assemblée à laquelle assistent « deux femmes prédicantes » que Roman, qui ne partageait pas sur ce point les admirations de Brousson, blâme publiquement de prêcher'. Roman regagna ensuite la région de Vialas et du Bougés qui était son séjour de choix, et où il allait retrouver Vivent ^ Les frères Plan étaient vers Alais^.
1. Voir Foyer Protestant IS'JS, u" 13, li (C. 169 ; Délib. de Saint-Jean). La gravité (le la blessure de Soul)eyran obligea les consuls de Sainl-Jean à l'aire venir uu juge de Nîmes pour l'interroger. Le Fragment . . . sur les Camisards rapporte ([u'on trouva dans la eaverne « uiu' charrue, sous le joug de laquelle il se niellait pour labourer, sa femme la conduisant ». Le fugitif pensait donc pouvoir vivre assez longtemps dans sa lanière pour y attendre la moisson de <iuel([ue petit cliamp. Soubeyran guérit. Le 11 lévrier Broglie le condamnait aux galères, en même temps que P. Meynadier, du Mas Bonnet ; Jean Keynol, de Saint-Germain ; César et Jacques Rioumal, de Saint-Martin de Lansuscle. (Nous ne savons en quelles circonslances ces quatre derniers furent arrêtés). Bàville demeura quelque temps sans preuves contre Pinlard (arrêté en novembre) bien que le tenant « pour un très méchant homme ». Broglie le condamna aux galères le âO janvier.
'2. C. 171. Dossier du mas de Moniredon.
3. Vue jeune fille, Anne Bau<loin, dont il sera question plus loin s'était trouvée eu rapport, vers le Bougés, avec Vivent, Gazan et Roman. K\U' dit avoir assisté près de Florac à une assemblée de ce dernier « après laquelle on rasa quelques villages ». Elle indiqua en Iti'Jl les retraites que les trois pri'dicants avaient dans ce quartier des Hautes-Cévennes : chez Chaptal, de Bougés (Saint-Julien d'Arpaon), ;ï Balazuégnes, Ventajols, le Sistre et la Grandville: chez Velay, de Kecoules (Pont de Montvert) et « dans une maison à la vue du Pont de Montverl, d'où Vivens voyait promener les officiers sur le pont. » (C. 191, Dépos. Baudoin).
V. l'u prédicant dont le nom n'est pas indiqué séjourna aux environs de Suméne à la fin de décembre. Il y prêcha vers le 13 décembre (au mas du Villaret), et encore les 14,15 et 16 janvier, (la dernière fois an Valat de Valmalle, devant i à .'!(KI assistants, dont 100 prirent la Cène). C. 170, Ass. de Suméne.
348 LES PRÉDICANTS l'UOTESTANÏS
Lafoux à son retour de Suisse (août), après quelques jours passés dans la maison paternelle de Durf'ort, en était sorti mystérieusement pour chercher la trace de Serein. Il prétendit plus tard, ainsi que Ventalhac, que son second voyage à Genève (fin juillet 1089) avait été entrepris dans le seul dessein de trahir les prédicants. Ventalhac affirma môme, qu'averti en août ou septembre de la présence de Serein chez un menuisier de Gardet, il était allé avec des huissiers pour se saisir de lui, sans d'ailleurs y réussir. Vers le milieu d'octobre, Ventalhac, désireux d'effacer tout souvenir d'une équipée suspecte, mena Lafoux, du consentement de celui-ci, à l'évèque de Nimes qui était alors au château de Pondres (près de Sommières). Lafoux se constitua prisonnier, avoua son séjour à Genève et fit amende honorable. Mais il crut prudent cependant de taire ses relations avec les prédicants, et bientôt libéré, rentra à Durfort'.
Quant à Serein, il mourut de fatigue ou de maladie vers la fin de 1089. Selon Brousson, il avait prcclié l'Evangile pendant deux ans et demi. Le chiffre est difficile à vérifier, eu égard aux deux séjours de Serein en Suisse. Le prédicant est un de ceux dont nous ne nous consolons pas de ne pas savoir davantage. Son zèle mériterait que nous l'admirions en connaissance de cause'.
Reste Brousson, que nous avons perdu de vue depuis l'assemblée de la Gam de IHospitalet ; nous avons vu son attitude pendant le mouvement insurrectionnel de Vivent. Sa lettre du 26 août, le témoignage de Manuel, sont formels. «Beaudo» ne s'est pas séparé de « Bousquet ». Il n'a pas par conséquent désavoué sa tentative.
Dans la Requête au roi qu'il écrivit en 1698, deux jours avant son supplice, il présenta cependant les faits de telle sorte que Douen, qui s'y réfère uniquement, a pu allirmer que « loin d'avoir pris aucune part à la révolte il a cherché à la prévenir et à l'empêcher )>^ Ce document, que Brousson rédigea en prison, est sous des allures très franches un fort habile plaidoyer. Plus d'un passage, il faut le dire, n'y est pas inspiré par le souci de la seule vérité. Fin ce qui concerne les événements du