CorbRTC, pp. ;M
"2. Voir Bull. LV, 13-2. le laiigagrc que Jiiricu liciU à M. de Monlausici- dans une U'I Ire qu'il lui écrit à roccasiou d'iiii moine (jui i)ropose de luer le roi ('» avril 1089).
:î. Nous parlerons plus loin de la lellre a Bàville que Brousson data (postérieurement) du i' octobri! l(jS'.).
350 LES PRKDICANTS PROTESTANTS
révélation claire de sa tâche en France, il nous reste une lettre qu'il adressa des Cévennes à sa femme, demeurée à Lausanne.
Datée du 14, 24 octobre, la lettre fut confiée à un guide, duquel Brousson dit, en terminant : « Quand vous voudrez m'écrire, il faut donner votre lettre à celui qui vous rendra celle-ci. » Mais elle ne parvint pas à sa destination. Le porteur fut arrêté, nous ne savons en quelles circonstances, et liàville garda le billet, dont le guide sans doute lui nomma l'auteur, lui apprenant ainsi, le premier peut-être, la présence dans le Languedoc du protestant si dangereux pour le repos de la province, a Je ne crois pas, dit Brousson, que les Puissances sachent encore que je suis dans ce pays, du moins ne parle-t-on point de moi en aucune manière ». Ces quelques mots étaient pour rassurer sa femme et ses parents, et sans doute aussi pour prévenir les reproches que suscitait à Lausanne sa téuiérité. Ses anciens adversaires ne désarmaient pas. Mais Brousson comptait sur une manifestation providentielle, qui en lui montrant la voie définitive où s'engager, le justifierait par là même aux regards de tous ' .
« Je puis vous dire que je jouis, grâces à Dieu, d'une santé et d'un on bon point extraordinaire. Après avoir fatigué beaucoup, nous sommes maintenant un peu en repos, et j'espère (pie Dieu me fera la grâce de me donner l'accomplissement de mes désirs, quoique j'y voie encore de grands obstacles selon le monde. I^orsque je considère de quelle manière Dieu m'a forcé de venir en ce pays et en quelle disposition j'y suis venu, je suis persuadé que Dieu ne m'y a pas fait venir en vain. J'avoue que je ne vois pas encore la fin que Dieu s'est proposée en me conduisant ici, et en m'y conservant d'une manière miraculeuse ; mais la suite me l'apprendra. Je ne comprenais rien non plus dans la conduite de Dieu lorsqu'il me fit sortir du royaume, mais la suite me lit bien voir que c'était pour sa gloire et pour mon bien. Je ne doute point qu'il n'en soit de même à présent. C'est [)Ourquoi je me repose sur sa sage Providence et j'espère qu'il dissipera toutes ces ténèbres, qu'il me fera voir la lumière de son salut et de sa délivrance et qu'il confondra tous ceux qui entreprennent de me blâmer... »
1. Lellrc iiiilographc, non signée, (juc nous reproduisons aux P. J. dans sou entier. Elle est à la Bibl. du Prot. et provient, par les Papiers Fraissinet-Vièles, <les Archives du Lanjcuedoc. Elle l'ut, en 1C98, l'une des trois pièces de comparaison qui servirent, au procès de Brousson, à authentiquer la lettre écrite par celui-ci à Schomberg et dont il sera question plus loin. (Procès-verbal d'experts du ;jl octobre 1698. C. 191).
BROUSSOX DEVIE.NT PHKDICANT 351
Les hésitations de Brousson allaient bientôt prendre fin. Le double meurtre de Mielgues et du curé de Peyroles ne l'empêcha pas de se trouver en décembre sur la Lozère ou le Bougés, avec Vivent, Mazel, Roman et leurs fusiliers. C'est là que sa destinée se dévoila enfin à lui. « Se trouvant en une petite assemblée de fidèles sur une des plus hautes montagnes des Cévennes couverte de neige, et dans une bergerie où il habitait depuis quelques jours avec plusieurs de ses frères [les prédicants], tous ces fidèles le prièrent et le conjurèrent unanimement, au nom du Seigneur, de leur prêcher l'Evangile et de leur administrer ensuite la Sainte-Cène. Le frère Vivent qui était avec lui dans la même bergerie l'exhorta aussi à cela lui-même »'.
Brousson n'avait pas prévu qu'il deviendrait, lui aussi, un prédicateur extraordinaire, quand sa conscience le poussait à revenir en France avec les prédicants. 11 comptait y accomplir sa tâche spirituelle en répandant les imprimés qu'il recevrait de Suisse, en écrivant aux Puissances, en composant pour l'instruction du peuple de petits écrits dont il ferait de nombreuses copies. L' « exhortation » qu'il a prononcée à la Cam de l'Hospitalet, après Lapierre et Vivent, n'avait sans doute rien d'exclusivement religieux, elle n'était point un Sermon, car il déclare qu'avant cette journée d'hiver il n'avait lu ou paraphrasé l'Ecriture Sainte que « devant quelques-uns de ses frères », dans les cultes familiers que tenaient entre eux les ministres extraordinaires. « Il ne s'était pas encore, dit-il, appliqué à prêcher publiquement de vive voix le Saint-Evangile, et n'avait pas encore renoncé aux occupations du siècle, ayant fait quelquefois à Lausanne la fonction d'avocat, quoiqu'il ne l'eût fait qu'à regret, et autant qu'il lui était nécessaire pour subsister, étant dépouillé de ses biens ».
Ces obstacles furent vite levés par la piété même de Brousson. « Il y avait longtemps en effet, comme il l'écrit dans sa Relation des Merveilles que Dieu fait en Finance, qu'il se sentait poussé à travailler par écrit à l'avancement du règne de Dieu. . . et qu'il s'était consacré à cette œuvre sainte pour toute sa vie ». La demande de Vivent et de ses compagnons, loin de le prendre au dépourvu, lui apparut au contraire comme un appel providentiel. Son cœur y répondit avec joie. Aussi ne put-il que dire à ces frères, dans toute la ferveur de sa foi. a qu'il voyait bien que Dieu l'appelait à se consacrer à son oeuvre et à son service