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d'une façon plus particulière qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. C'est pourquoi il le priait de tout son cœur qu'il lui plût de lui accorvler les grâces qui lui étaient nécessaires pour ce grand emploi. Il se prépara doncpour leur donner la consolation qu'ils souhaitaient ».
A la date fixée pour ce culte décisif, qui paraît avoir été le jour de Noël 1689, Vivent, dans un cercle étroit de fidèles, implora d'abord sur son collaborateur le secours de Dieu et de son Esprit. Quelques instants après, devant l'assemblée réunie, Brousson demanda aux assistants s'il était bien selon leur désir qu'il annonçât la Parole de Dieu et distribuât les sacrements. Sur une réponse aflirmative, il a fit lui-même sa prière de consécration », prêcha, et donna la Gène '.
Le sermon que le nouveau prédicant prononça pour son entrée dans la charge pastorale nous a été conservé par lui. Chacun des discours de la Manne inysti({iie, recueil qu'il publia en Hollande en 1095, porte à sa suite les dates auxquelles il a été prêché au désert. L'indication la plus ancienne, celle du 23 décembre 1689, figure au bas d'un savmoxxsxxvlepainetlevinde la Cène, dont le texte est le passage de Saint-Paul (I Corinthiens. XI, 26, 29) que la Forme des prières ecclésiastiques iviinscrixAit au début de la liturgie de la Communion'. On chercherait vainement dans les développements de Brousson une autre préoccupation que celle d'édifier ses auditeurs. Comme dans toutes les prédications du nouveau pasteur, on voit en celle-ci de la controverse quelquefois subtile ou abstruse, une « typologie » étrange, des appels à la persévérance, à la consécration totale au service de Dieu, surtout un intense et pénétrant mysticisme, le tout coulé dans le moule régulier des sermons du XYII'^ siècle. Brousson était maintenant du nombre de ces hommes dont l'exemple l'avait si fort troublé '. 11 allait marcher sur leurs traces, mais pour laisser derrière lui une empreinte autrement
1. Nous rcvit'iulrons sur ce récit l'ii Irailaul de la Discipline l'ialjlio par les [)ré(liciints.
i. Sermon n° 1"), le i>remier tle la Iroisiénie parlie, i)rèch(' huit fois du 25 déc. 1689 au 3 mai IG'.Kî. Deux manuscrits du même sermon, de la main de Brousson, furent saisis sur lui lors de son arrestation, et subsistent dans son dossier (C. 1!H). L'un est une copie assez nette ; laulrc, fort raturé, est probablement rorigiual. composé par le pasteur dans la bergerie des Cévennes.
3. L'épiîi:raplic de la Manne mystique est la parok- de Jésus que Brousson avait alléguée contre les pasteurs réguliers : « Si ceux-ci se taisent, les pieiTes mêmes crieront ». (I)ouen, II, 4'»'t).
BKOrsSON rRKDICANT '.IIVS
profonde que la leur. Bien supérieur comme instruction générale à tous ses compagnons, il devait leur faire entendre, lire, et même prêcher, des discours construits selon la forme classique, nourris d'idées parfois bizarres mais toujoui-s intelligemment exprimées, et par ce seul fait retarder de près de dix ans l'invasion maladive du « prophétisme » dans les Gévennes.
Brueys a connu la cérémonie dont nous venons de parler. Il n'y a vu 'i qu'un assassin public imposant ses mains sanglantes sur la tète d'un visionnaire séditieux, et le i-ecevant ministre du Saint-Evangile de Jésus-Christ ». Il est certain que Vivent avait tué le curé de Peyroles, et que Brousson avait pris part au mouvement insurrectionnel de l'Hospitalet. Il est permis cependant de se demander si la destruction d'abord perfide, puis brutale d'un édit perpétuel et irrévocable n'était pas en un sens la première et la pire des « séditions », si les dragonnades n'étaient pas des crimes aussi qualifiés que ceux de Vivent, et si le Saint- Evangile de Jésus-Christ était dignement servi par les « ministres »dela religion dont Brueys se fait l'austère porte parole.
Aux premiers jours de 1090, Brousson avec Henri Pourtal qu'il choisit pour l'escorter [il l'appelle Pontaut]', et Vivent accompagné de Papus, « descendirent tous quatre, dit Brousson lui-même, de la haute montagne où ils avaient passé une partie de l'hiver et souflert de grandes peines. . . Après que Vivent et lui eurent été quelques mois ensemble, il dit au frère Vivent qu'ils devaient se séparer, afin que chacun travaillât de son côté au salut du peuple ». Nous devons constater une fois de plus que Brousson n'a pas voulu dire la vérité entière. Il est certain qu'en janvier 1090 Vivent et lui se quittèrent, l'un descendant dans le Bas-Languedoc, l'autre demeurant aux Gévennes ; mais à cette date, qu'il mentionne à peine, se préparai en Suisse, et Brousson ne l'ignorait pas, une nouvelle tentative d'insurrection mieux organisée que celle de septembre. Les artisans en étaient encore des pasteurs réfugiés. Les Archives du Languedoc et les Papiers (Joiirt nous permettront d'en retracer les incidents, demeurés jusqu'ici inconnus.
1. Le mol est un<' dcrorination (étrange d"aill<'urs) de la prononciation patoise Pourlaii. Poui'tal est appclc- jiar A. Court dans son Histoire des jniirh-rs (Pap. Court, 39) : ■< Henri Giiérin dit Ponlau ». Nous no savons d"où vient ce surnoiu de (îuerin, »|ue nous n'avons trouve nulle part appliqué à Pourtal dans les pièces
orif;iiiales.