NOUVEAUX PROJETS POUR PÉNÉTRER EN FRANCE
(Octobre 1689 — Janvier 1690)
L'année 1689 avait été attendue, au dire de Jurieu, « comme une année de merveilles ». Il portait toute la responsabilité de cette fiévreuse espérance, encore qu'il tint à la partager avec d'autres exégètes, tels que le Hambourgeois « René de Lussan » ou le docteur anglais dont nous ignorons le nom'. Guillaume était maître de l'Angleterre, et la France catholique menacée de toutes parts, mais le protestantisme ne s'était point encore rétabli en France « par voie d'Edit », le 22 avril 1G8Î), trois ans et demi après la révocation de la charte d'Heni'i IV. Jurieu avait à se défendre de l'accusation d'imposture ou simplement d'égarement, qui ne lui était pas marchandée ". Son esprit subtil ne manqua pas de ressources.
Le l*"" juillet 1G89, dans la Lettre Pastorale qu'il déclarait devoir être la dernière, il élabora un système d'interprétation qui corrigeait le premier. 11 était si pénétré de l'excellence de ses découvertes, et si passionné, qu'il poussa la candeur jusqu'à n'accorder qu'un an de marge à la réalisation de son attente. Il protesta qu'il avait toujours donné ses chiffres comme des conjectures probables (ce qui était vrai), et entreprit de démontrer « que ce que l'année 1G89 promettait selon les prophéties était exactement accompli ». La résurrection des Deux Témoins était un événement qui ne devait « s'accomplir que par degrés». Par conséquent, il n'en fallait compter les étapes qu'à partir des degrés divers de leur mort. Or les faits avaient déjà justifié par deux fois la théorie nouvelle. Jacques II, le protecteur de