‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 214 sur 284 · NOUVELLES COMPUTATIONS DE JURIEU · texte numérisé non relu

NOUVELLES COMPUTATIONS DE JURIEU

Babylone, avait été couronné le 23 mai 1685. Trois ans et demi plus tard Guillaume III avait débarqué sur le sol de l'Angleterre. Ledit de révocation était du 22 octobre 1685. Trois ans et demi après, le 21 avril 168Î), le prince et la princesse d'Orange avaient été couronnés à Londres. Restait « un troisième point qui ne devait arriver que dans quelques mois, distant de trois ans et demi également de la fin de la mission dragonne » (que Jurieu datait de février ou mars 1686). Il faut, disait donc l'interprète, que vers le mois de septembre ou d'octobre, il arrive quelque autre grand événement. « Mais, ajoutait-il prudemment, puisque ce temps est encore à venir, nous l'abandonnons à Dieu, aussi bien que ce qui doit suivre ». Ce qui doit suivre, ce sont trois manifestations glorieuses : V ascension des Témoins au ciel, c'est-à-dire l'élévation de la religion pi-otestante en France sur le trône ; le tremblement de terre ou lémotion des peuples ; la chute de la dixième partie de la cité, c'est-à-dire de la France. « Ces trois événements se feront ensemble «. Mais on ne peut dire quelle distance il y aura entre la l'ésurrection des témoins et leur ascension. « Cependant j'ai dit, et je crois, que ce temps ne sera pas long. Je crois que l'année i6go commencera à nous faire voir bien des choses », Dieu ne pouvant manquer de punir par quelque coup surprenant les auteurs de la dévastation horrible du Palatinat.

« Guillaume de Nassau. Prince d'Orange et aujourd'hui Roi d'Angleterre », était désigné par la Providence « pour être, dit Jurieu, l'exécuteur de ses grands desseins, pour abaisser et pour humilier nos persécuteurs de France »'. Tel était le testament prophétique du théologien de Rotterdam. Ni lui ni ses amis n'en faisaient mystère depuis trois ans : tous leurs raisonnements allaient non point sans doute à la ruine totale de la France, mais « à son abaissement »■.

Comment Dieu allait-il répondre aux appels de son prophète?

Aux derniers mois de 1689, la situation des armées de Louis XIV en face de la coalition européenne était assez précaire. Vers le Nord, le maréchal d'Humières avait, devant la petite ville de Valcourt, subi un échec dont le retentissement avait été considérable. Ce n'était que peu de chose cependant au prix de la capitulation successive de Kaiserswerth (26 juin),

1. Let. Past., du !«' juillet 1689 (III, i93, 507, :ilO-3IS).

2. C'est le grief principal des partisans de Bayle contre Jurieu (Première .suite des Remarques générales sur la Cabale Chimérique de M. Baile, 1691, p. 78.

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de Mayence (8 sept.) et de Bonn, qui rendait aux Allemands la ligne du Rhin. Jacques II. en Irlande, n'avait pas d'armée véritable à opposer au mai'échal de Schomberg, qui était venu le 1" octobre disposer le long de la Boyne ses régiments de réfugiés. Les flottes anglaise et hollandaise attendaient Tourville, entré à Brest le 30 juillet. Enfin, du côté do Turin, l'horizon était sombre aussi. Le duc de Savoie, toujours louvoyant, n'avait pas montré contre les Barbets' la résolution qu'exigeait le roi. Louis XIV, s'en prenant à son ministre D'Arcy. rappelait celuici le 4 novembre. Son successeur ne devait arriver à Turin qu'à la fin de janvier 1600.

Les exilés de Suisse saluaient dans les victoires des alliés l'approche de la délivrance. Le pasteur Davin, ancien ministre de INIontpezat, (entre Nîmes et Sauve), écrivait (tin juin) à de fidèles paroissiens qui lui demandaient les nouvelles, que le ministre de France dans la ville de Suisse où il vivait (Berne?) parlait publiquement dun pi'ochain rappel des réformés a par le bon plaisir du roi ». Quelques jours plus tard, en leur envoyant le portrait du prince d'Orange, il prévoyait comme prochaine la marche des armées du Rhin sur Sedan et une terrible descente des armées de Hollande sur les côtes, après la destruction de l'escadre française", a Tout branle, disait-il ailleurs, tout se meut, tout marche et tout va bientôt se mêler et se confondre. Je ne puis écrire ces nouvelles sans trembler moi-même, quoique par la grâce de Dieu je sois dans les seules terres qui seront à l'abri de ces terribles secousses ».

Le fameux Mémoire de Vauban Pour le rappel des Huguenots^ est un témoignage autrement grave des inquiétudes qui rongeaient alors les hommes réfléchis. Celui que Saint-Simon appelle « le plus honnête homme du royaume» fut si frappé des dangers que la guerre étrangère faisait à cette heure courir au pays, qu'il osa proposer le rétablissement de l'édit de Nantes. Il prévoit que si les campagnes se poursuivent « offensives du côté des alliés, défensives du nôtre, il est impossible qu'à la fin la frontière ne soit pénétrée par un endroit ou l'autre )^. Mais le

1. L:i désignal ion dos Vaudois sous le nom de Barbets (da mol ancion de Barbes qu'ils avaient appliqué a leurs pasteurs), est constante sous la plume des officiera ■ ou des ministres do Louis XIV.

2. C. 171. voir plus loin. Davin écrivait sous le pseudonyme de d'A^ulhon. C est une Icllre pareille (jui provoqua le mouvomenl prématuré de l'Hospitalel.

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