‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 215 sur 284 · Bull. XXXVIII · texte numérisé non relu

Bull. XXXVIII

MKMOIUE DE VAUBAN 357

plus g^rand péril, le plus prochain, le plus à craindre, où la guerre présente puisse exposer lEtat, celui en comparaison duquel tous les autres lui paraissent jeux d'enfants, c'est la complicité ouverte ou tacite que le prince d'Orange trouvera dans le royaume si par quelque grande descente il peut y pénétrer. « La plus grande partie de ce qu'il y a de huguenots cachés iraient à lui, grossiraient son armée en peu de temps et l'assisteraient de tout ce qui pourrait dépendre d'eux ». Vauban est convaincu que la persécution a fait au prince « un très grand nombre d'amis fidèles dans le royaume, au moyen desquels il est non seulement informé de tout ce qui s'y fait, mais de plus très désiré, et assuré (s'il peut y mettre le pied), d'y trouver des secours très considérables d'hommes et d'argent. . . Que sait-on même, ce malheur arrivant, si une infinité de catholiques. . . ne seraient pas bien aises de le voir réussir? Car il ne se faut point flatter : le dedans du royaume est ruiné, tout souffre, tout pàtit et tout gémit. Il ny a qu'à voir et examiner le fond des provinces, on trouvera encore pis que je ne dis ». Ces dernières considérations sont celles mêmes, on s'en souvient, qui avaient inspiré les projets du marquis de Miremont.

Les religionnaires ne sont pas cependant des factieux vulgaires, et Vauban, en termes volontairement voilés, rend hommage à leur loyalisme. Que ledit de Nantes soit promulgué à nouveau par Louis XIV, dès maintenant, tandis qu'il est encore le maître de la situation, avant toute sollicitation ouverte venue du dehors, et la plus grande partie des réfugiés reviendront chez eux. « Et comme ils n'auront obligation qu'au roi de leur rétablissement, ils ne s'amuseront pas à rechercher des protections étrangères... Le prince d'Orange lui-même, auquel ils sont particulièrement liés, n'aura plus rien à attendre d'eux dans ses entreprises entre la France. Ils se donneront bien garde d'avoir aucun commerce direct ou indirect avec lui » '. Vauban envoya son Mémoire à Louvois. Le ministre était si bien convaincu, lui aussi, du danger auquel il fallait parer, qu'il répondit qu'il essayerait de le lire au roi -.

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