‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 218 sur 284 · Mf-mo loUro du 211 octohre · texte numérisé non relu

Mf-mo loUro du 211 octohre

2. GiUilticr ;i MiriiKind, iO nov. lliS!), 17, O. T 17S. (Kn p;irlie dans De (:haml)ri(T, p. 128).

3. De Lamberly, op. cit., III, 237. Voir aux P. J. Il est possible que les réfugiés de Suisse aient composé leurs projets saus coiinaître les termes exacts du Mémoire. Peut-être même Tonl-ils ignoré.

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bons officiers, réunis dans le canton de Berne, après avoir rec;u des munitions préparées à Genève, prendraient rendez- vous de l'autre côté des premières montagnes de la Savoie. Les protestants du Dauphiné, assemblés parles ministres, se trouveraient en armes aux lieux marqués. D'assemblées en assemblées, le plus rapidement possible, recrutant des hommes nouveaux à chaque étape, la petite armée s'irait joindre à ceux du Vivarais, et pénétrerait dans les Gévennes. C'est là, disait le projet, qu'il se faut cantonner. La situation du pays est merveilleuse et le Ibrt de Saint-Hippolyte n'y empêchera rien. Des Gévennes, qui peuvent fournir des vivres, et où se concentreront les retardataires, deux corps rayonnevont. L'un se tiendra en Dauphiné. et comprendra les Vaudois, s'ils ont consenti à se mettre au nombre des deux mille hommes. Celui-ci entrera dans le Val Cluson et s'opposera à la venue des troupes du Piémont que le gouverneur de Milan, d'ailleurs, retiendra en assiégeant Casai. L'autre corps descendra dans la plaine méridionale, et avec les révoltés du Bas et du Haut-Languedoc se saisira dun port fortifié, Cette, par exemple, où l'on recevra par mer des munitions et du canon. Aucune insulte ne doit-être faite aux prêtres ni aux églises catholiques. Il faudra payer tout ce qui sera réquisitionné. Un manifeste spécieux, appuyé de quelque prophétie de Noslradamus, énumèrera les griefs propres aux protestants, et ceux qui sont communs à tous. Il promettra l'abolition du papier timbré, des impôts intolérables et du logement des gens de guerre. Les bureaux de douanes et impôts devront être abattus immédiatement, de façon à engager à une résistance désespérée des hommes devenus passibles par là d'un atroce châtiment. Le projet, « humainement parlant, est immanquable ». Il faut seulement que le prince d'Orange n'envoie point de résident à Genève, car ce serait éveiller les inquiétudes de la France et tourner ses regards vers une région dont elle n'attend rien de fâcheux .

Le dessein, comme on le remarque, a été conçu en un temps où les Vaudois s'agitaient en Suisse, mais avant leur glorieuse expédition. Deux mémoires conservés dans les Papiers Court (ils proviennent des papiers de Mirmand), datés tous deux de 1689, exposent comment la rentrée des Barbets ouvre le champ à toutes les espérances.

Le premier, du 23 novembre, était destiné, semble-t-il, à être soumis à un comité de la Suisse. L'auteur s'y adresse à des protestants qui attendent la victoire dernière d'une descente de la

l'KOJET rOUR lM•;^'I';TREK EX FRANCE 301

flotte anglo-hollandaise sur les côtes de France. Il attire leur attention sur l'importance extrême du mouvement vaudois.

C'est là qu'est le salut pour la cause réformée. Que peut-elle bien retirer en eiVet de la guerre qui se poursuit sur le Rhin? Mayence et Bonn ont coûté la vie à beaucoup dofliciers et de soldats réfugiés. La campagne de 1G90 qui retiendra les autres dans de nouveaux sièges, achèvera de les décimer ; et combien faudra-t-il de temps avant que la France soit pénétrée de ce côté? L'empei'eur et les princes Allemands, las de la guerre, vont d'ailleurs s'empresser de signer un traité de paix, et le protestantisme français aura perdu sans profit sa noblesse, ses braves olTiciers et ses soldats qui sont sa meilleure ressource.

Il semble donc que pour secourir les Vaudois qui sont en danger de succomber, oa doive remuer et rallier tout ce qu'il y a en Eui'ope de réfugiés capables de prendre les armes. Les princes qui les emploient déjà parleront-ils d'ingratitude et de désertion? Mais les malheureux exilés ne se doivent-ils pas à leur patrie, à leur religion, à leurs parents ? Il ne sera d'ailleurs pas malaisé <( de faire comprendre à ces puissances que le dessein qu'on a d'aller fondre sur la France au prétexte de secourir les Vaudois, concourt au bien et à l'avantage de la cause commune, et que moyennant la bénédiction de Dieu on tirera plus de fruit de cette expédition que de tout le secours que les réfugiés, chacun en particulier, pourraient rendre aux princes qui les protègent •».

Sans doute, pour faire aboutir le projet, il faut avoir de l'argent, le passage libre et l'approbation des princes protestants, qui sont ceux qui doivent animer et soutenir cette afVaire. Mais toutes ces difïicultés seraient aplanies « s'il se trouvait un chef d'une qualité éminente qui voulût se consacrer entièrement à cette expédition ». L'essentiel est qu'un gentilhomme des plus ({ualiiiés, des plus zélés et des plus accrédités parmi les réfugiés, veuille bien aller porter la proposition à Sa Majesté Britannique et l'appuyer par sa présence et par le raisonnement, toute autre voie étant beaucoup plus longue et incomparablement moins efficace. Il pourrait, au cours de son voyage, communiquer le dessein au Brandebourg et à la Hollande.

L'occasion est favorable ; les populations de la Provence, du Dauphiné et du Languedoc ne cachent pas leur mécontentement. Les deux dernières de ces provinces, de plus, sont pleines de Nouveaux Convertis qui n'attendent que le moindre signal pour se

I. Pap. Court, 17. M, !'■ 1. Projet pour pi-nctrcr en France, :.'.> novembre i<iSi).

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mettre en campagne. Ainsi dix mille hommes qui se jetteraient sur le Dauphiné par le Piémont, occuperaient plus de cinquante mille hommes des troupes de France.

Une dernière considération est curieuse. L'auteur fait observer /en demandant que l'article demeure secret), que lors de la conclusion de la paix, si lès réformés français et les Vaudois sont trouvés les armes à la main (mais à cette seule condition), ils pourront « être compris au traité » et par là, légalement rétablis dans leurs anciens héritages, ou cantonnés en quelque endroit qu'ils auront « conquis » ; et par ce moyen « ils se trouveront sous la protection et la garantie des alliés, et non pas exposés entièrement à la mauvaise loi de la France ».

Le second Mémoire, de la fin de décembre, qui fut envoyé de Suisse à Londres (c'était la réponse de Mirmand à Gaultier) s'inspire des conclusions du premier'.

Il retrace d'abord les raisons qui s'imposent d'une action immédiate en France. Deux mille réfugiés de Suisse peuvent actuellement fournir leur secours aux alliés. Mais la misère est "^ teile en ce pays que presque tous, après l'hiver, seront contraints d'aller chercher ailleurs les moyens de subsister. De plus, le nombre des officiers réfugiés, dont la participation est indispensable, est déjà fort diminué par la campagne de 1689. Que serace si l'on repousse le projet après celle de 1G90?

En troisième lieu les Vaudois sont déjà dans leurs Vallées, et il ne sert de rien de juger qu'ils ont agi trop tôt. Leur présence permet de pénétrer dans le Dauphiné. D'ailleurs « encore qu'ils aient entrepris sans l'approbation [de S. M.] d'entrer dans leur pays, ou ne laisse pas de croire presque généralement qu'elle leur a été accordée. » Les réformés de France en particulier seront consternés, si les alliés abandonnent les Vaudois, car « ils appréhenderont d'être exposés au même traitement si l'occasion s'en présentait », au lieu que le secours qu'on donnera aux Vaudois sera très propre à encourager leurs frères du royaume. Enfin, la difficulté est grande en Allemagne d'entretenir ce grand corps des princes alliés dans une parfaite union. Il faut agir avant que les intrigues des jésuites ou une retraite de l'empereur aient modifié gravement la situation.

L'auteur démontre ensuite qu'il est possible de passer des Vallées dans le Dauphiné, et il en vient aux mesures pratiques.

1. Pap. Court, 17, M. f" 9. Voir aux P. J. Projet pour pénétrer en France. (Sans date).

rROJEÏ POUR PKMÎrRER EX FRANCK 303

Il s'agit d'abord de conduire les troupes de la Suisse aux Vallées. La route suivie par le colonel Arnaud, qui a coupé droit du Lac au Mont Genis, est impraticable à une armée. Mais on pourra passer par le Milanais espagnol. Le gouverneur, sollicité, a promis sa neutralité, et même le secours de ses propres soldats. Que le roi d'Angleterre, par l'entremise de M. Coxe, achève la négociation ; le Milanais rompra avec la Savoie, et le duc n'aura d'autre parti à prendre que de se déclarer lui aussi contre Louis XI'V.

Pour ce qui est des troupes, il faudrait huit à dix mille hommes. Aux réfugiés de Suisse s'ajouteront des régiments d'Allemagne ou du Milanais, qu'on ne pourra refuser au roi d'Angleterre s'il les demande. Le duc de AVurtemberg a promis pour sa part trois régiments.

Quant au chef, il est de toute nécessité ({ue son nom lui attire immédiatement la considération et la confiance de « la noblesse du royaume » qui marchera derrière lui. » « On pourrait, à cet égard, faire choix d'un des fds de M. le duc [maréchal] de Schomberg, pour la famille duquel tous les Français ont une vénération extraordinaire ». A l'égard des officiers, nécessaires non seulement au corps d'invasion mais aux populations soulevées, il est à souhaiter que l'Electeur de Brandebourg permette de les prendre parmi ceux qui sont à son service, d'autant plus qu'ils sont pour la plupart natifs du Dauphiné, des Gévennes, ou du Languedoc.

Une dernière question se pose, que l'auteur tranche de la sorte : « On espère que Sa Majesté donnera à M. Goxe le moyen et les ordres nécessaires pour fournir à la dépense qu'il faudra faire ».

La fin du Mémoire observe que peut-être le long détour des troupes par le Milanais et la Savoie pourra être évité. Les Gantons suisses, à cette heure, sont à la fois sollicités par le prince d'Orange et par Louis XIV. S'ils se décident contre la France, l'armée s'amassera dans le pays de Vaud, et entrera dans le pays de Gex, ce qui rendra l'entreprise autrement aisée.

Une addition postérieure priait le roi d'Angleterre, avant l'exécution du plan dans son ensemble, de vouloir bien secourir les six cents Vaudois qui gardaient leurs montagnes et n'avaient plus de vivres que pour deux mois, et de donner aussi une modique subsistance aux réfugiés en état de porter les armes, que la faim ou la misère chassaient déjà de la Suisse.

Les démarches de Mirmand et de ses amis furent soutenues par un nouveau projet de retour de quelques pasteurs. Le se-

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cond Mémoire, si spécialement militaire qu'il fût, annonçait « qu'il y avait des ministres qui se disposaient pour aller en France ». Vivent, Dubruc et Brousson étaient partis de Lausanne. Cette fois les propositions venaient de Genève. L'ancien ministre de Saint-Privat, Dautun, qui avait commandé une troupe lors de la première expédition vaudoise, et qui avait assuré Vivent qu'il ne tarderait pas à le suivre, était tenu au courant des démarches du prédicant par des guides ou des courriers'. Il était le chef de l'entreprise. Autour de lui nous retrouvons les pasteurs Durand (de Genolhac). et Modenx, qui nous sont déjà connus, puis les pasteurs La Brune, de Cournonterral, d'Olimpies, de Saint-Paul la Coste", un ministre du Dauphiné, nommé Saurin\ le jeune Paul Bonnemère, et un autre réfugié de Montpellier, nommé Causse*.

Au début de janvier (1690), Dautun et Durand étaient prêts a partir, pour porter aux Cévennes des instructions nouvelles qui se rapportaient aux dernières négociations. Ils décidèrent Bonnemère à les accompagner. Dautun, dans sa chambre, lui imposa les mains, en lui disant : « Allez et prêchez la parole de Jésus-Christ ». Quelques guides furent mis dans la confidence. L'un d'eux, un potier de terre, Liron (dit Favède), originaire de Durfort, fut d'abord choisi pour conduire la troupe''. Un

1. jl/t-moire de rcspioii Rogis : Jean Punlel, de Poliiniès (Vialas) accorapagiialeur de Roman, a été à Genève pour ces affaires (entre sept. 1689 el janvier lO'.tU)-

i. Bonnemère dit qu'il devait rentrer en France. Peut-être nY'tail-il pas encore revenu d'Ang-lelcrre à Genève.

3. Sauticr dit «Saurin, ministre de Crest (?) ». Sur les divers pasteurs de C(^ nom et cette famille, voir Bull. XXXVII, 657. Le ministre dont il s'agit est peut èlre Joseph Saurin, pasteur à Eurre en 168-2, réfugié à Genève, puis pasteur à Berchee ou Berchier, près de Moudon. Il serait rentré en France en 1690, mais pour abjurer entre les mains de Bossuet (Fr. Prol.).

'». « Le sieur Causse, de Montpellier, proposant el re(ju minisire dans les |)aj's étrangers, âgé d'environ 28 à 30 ans. (Bull. XLIX, 6'iO, signalement fourni en 1690 après les dépositions de Sautier et de Bonnemère). Causse manque aux lisles Honquelle, III, l'i"2. Le mot proposant appliqué ici à Causse, comme Brousson rai>[ilique à Bonnemère, ne prouve pas que les deux jeunes gens aient été inscrits dans une Académie, soit en France soit en Suisse.

3. Liron était guide de i)rofession, il faisait fabriquer de faux passeports pour les N. C. au nom de l'archer de Lyon (G. 170. Dossier Bonnemère). Lafoux l'avait connu à Lyon. « Lyron, potier de Lyon » avait été condamné par coutumace à la potence le 12 déc. 1686 à Grenoble, pour avoir conduit avec ses faux passeports l'ancien ministre de Saint-Laurent la Vernède, Ant. Capieu, ajjostal de 1685. Capieu alla aux galères. Bull. VIII, 30i.

DURAND KT HAUTUN <^>UlTrENÏ GKXÈVE 36o

ancien soldat, Sautier, qui avait servi connue dragon dans les Cévennes, lui fut adjoint'.

La veille du départ, Durand et Dautun demeurèrent enfermés tout le jour dans la maison où logeait Durand, avec trois ministres de Genève, deux de Lausanne et cinq du Dauphiné ou du Languedoc, qui ne prirent congé d'eux que le soir après souper. Un des ministres genevois avait compté à Durand cinq cents louis dor que Sautier pensait provenir des « principaux de Genève », et Bonnemère »c du Consistoire de Berne », mais qui certainement sortaient des caisses de M. Coxe.

Le samedi 21 janvier 1690, Dautun, Durand et Bonnemère, à cheval, en bel équipage, suivis de Liron, de Sautier et d'un autre valet, quittaient Genève et se dirigeaient vers les Echelles, Dautun et Durand portant leur or dans une ceinture, et Dautun ayant sur lui des heures catholiques pour prévenir les soupçons. Les autres ministres, qui avaient promis de suivre sans retard, attendirent encore dans la ville une autre occasion pour venir rejoindre leurs troupeaux'.

\. Pierre Siiutier, ik' à MarseilU; (M) ans eu lO'Jil), ancien callioliqiie, avait élè, eu 1685. dans les Cévennes, dragon de la com[)ag:uie du S' de Cormeny, lieutcnanl-colonel de Grancé. En garnison à Alais il avait travaillé à la construction <lul'ort. Misen quarlierà Saiut-Prival de Vallongac,ily était tombé anioureuxd'uue jeune nouvelle convertie, si bien qu'il avait déserte pour la suivre hors du royaume. Il s'était alors lait guide, revenant une l'ois de Suisse prendreuuconviiidedix-huit personnes vers le Pont de Monvert pour les mener à Genève. Dans l'été de 1088, « enlevé»du (Canton di- Berne avec 120(J hommes validesil avaitdùsuivreles Vaudois enrôlés pour le Brandebourg dans le régiment Firlé. Au début de 1689, désertant une seconde fois, il revenait à Nyon voir sa maîtresse. De là il s'embarqua avec la première expédition Vaudoise, où il vit tant de pasteurs du Languedoc. Déserteur pour la troisième fois, il avait laissé les Barbets pour retourner à Nyon. C'est là que Durand et Dautun vinrent lui demander de les suivre. G. 170. Dossier Sautier.

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