‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 219 sur 284 · NOUVEL ESSAI D'INSURRECTION DANS LES CÉ\ ENNES · texte numérisé non relu

NOUVEL ESSAI D'INSURRECTION DANS LES CÉ\ ENNES

(Janvier-Mars 1690)

Quatre jours après le départ de Durand et de Dautun, un nouveau compagnon de Vivent était pris dans les Cévennes.

Le mercredi 25 janvier 1690, le prédicant Mazel se trouvait avec son camarade Louis Manuel vers le mas de Montredon (Pompidou)'. Les deux hommes rencontrent un habitant de Saint- Jean, Beauniemarin, qui leur dit « qu'il ne fallait pas se quitter sans boire ensemble ». Il s'absente pour aller chercher du vin ; deux heures plus tard revient sans provisions, saute au cou de Manuel disant «; qu'il est la cause qu'ils sont prisonniers » et en effet, un instant après, un détachement paraît qui arrête les trois hommes. Beauniemarin s'enfuit, poursuivi de trois ou quatre coups de feu qui le manquent. Manuel qui raconta les circonstances de l'arrestation à Ant. Court prétendit « qu'il était un traître, qui avait voulu se faire pardonner le meurtre de son propre frère »'".

Mazel et Manuel furent conduits dans les prisons du Pompidou par le major du Fayet qui déjà avait arrêté Bauzon et Dombres. L'abbé du Chayla les interrogea et « dit à Olivier [Mazel], que puisqu'il s'était mêlé de prêcher, qu'il le fît devant lui. Olivier ne se le fit pas dire deux fois et prêcha ». Le prédicant de dix-neuf ans fit retentir de telles malédictions contre le trop célèbre inspecteur des Cévennes, que seule la menace d'une exécution immédiate lui ferma la bouche.

1. Il venait du « logis » des Ayres, d'où la veille il élail parti de nuit. Lacconipagnateur de Mazel avait été en dernier lieu un nommé Benoist, du Pompidou.

2. Pap. Court. 17, B, fo 510.(Douen, II. 106). Le dossier de Mazel est C. 170. Sigai, du mas de Montredon, fut aussi accusé de lavoir trahi.

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Interrogé le 3 février à Saint-Etienne Vallée Française, Mazel nia, conti'e la vérité, avoir participé au mouvement de Vivent en septembre, et au meurtre du Curé de Peyroles. Mais il revendiqua sans peur le titre de piédicateur de l'Evangile. Il avait expliqué plusieurs textes de l'Ecriture Sainte', administré le baptême à cinq enfants et distribué la Gène une seule fois, le 13 janvier précédent, à sept ou huit personnes, près du Glauzelet (Saint-Germain de Galberte). Il avait sur lui un certificat attestant qu'une jeune fille ce avait fait réparation aux pieds de l'Eglise » (c'est-à-dire abjuré), dans cette dernière réunion, qui avait groupé oO ou GO protestants, dont 25 armés de fusils, de pistolets ou d'épées. Gomme le juge s'étonnait qu'il eût spontanément baptisé et distribué la Gène, il répondit que personne ne lui avait donné ce pouvoir, et qu'il s'était cru le droit d'administrer les sacrements, puisqu'il prêchait la Parole de Dieu.

Mazel portait, lors de son arrestation, des Psaumes, deux livres qui lui venaient de ses parents {Y Abrég'é des controverses de Drelincourt, et Le Combat chrétien de P. Du Moulin), une « Prière pour la paix de l'Eglise » copiée dans La Malette de David, quelques pages où il avait fixé de mémoire certains traits de ï Histoire des Martyrs appris par cœur dans son enfance, une lettre destinée à sa sœur, une autre qu'il voulait adresser à Quet « pour le remercier d'une charité par lui reçue », et enfin deux manuscrits de sa composition, dont la perte est pour nous plus regrettable que tout le reste : une Lettre d'un serviteur de Dieu qui travaille à réparer les bresches de Sion à ceux qui trahissent leurs frères, et un fragment de sermon sur le début du Ghapitre XXXIII d'Esaïe : « Malédiction sur to y qui fourrages. »

Le prédicant fut transféré à Saint-Jean du Gard, à Saint- Hippolyte, enfin à Montpellier où il subit, le 14 février, le dernier interrogatoire. Il nia encore avoir été à l'Hospitalet avec Vivent, mais confessa avoir reçu de lui un des livres de sermons « où il avait appris à prêcher ». Il déclara qu'il avait tenu cinquante ou soixante assemblées, « parce qu'il espérait avoir par là la vie éternelle », et pour se justifier devant la Discipline réformée à laquelle en appelait son juge, il allégua hautement « qu'il est dit dans l'Ecriture que lorsqu'un peuple n'a plus de pasteurs, il est permis à tout le monde de prêcher».

I. « Entre autres le v. 'M du chap. VI de lEvangile selon S'-Jean [et] au même Chapitre, verset Hl. »

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Condamné à subir la question avant d'aller à la potence, il la supporta sans rien révéler de ce qu'il avait voulu cacher. Il mourut sans doute le 14 février. D'après Brousson il aurait « parlé si forteuient à l'intendant de son injustice, qu'il l'aurait fait trembler. Quelques jours après l'exécution, Bàville parlant à M. de Villevieille, colonel du régiment dont les détachements étaient cantonnés dans les Cévennes, lui aurait dit : Il faut convenir, Monsieur, que si le Dieu que ces gens-là adorent est le même qu2 nous adorons, nous risquons fort d'être un jour bien malheureux ». Paroles peut-être inexactement rapportées mais qui révèlent l'impression profonde que produisit dans le peuple réformé le supplice du prédicant qui avait porté si fièrement le surnom de La Jeunesse'. Une liste de suspects mentionnait quelque temps plus tard à Saint-Jean du Gard « la D"* Souveiranne, veuve de Jean Mazel et mère d'Olivier qui fut pendu à Montpellier » comme « ne pouvant être plus pernicieuse de toutes manières pour la religion » '. Qui oserait s'en étonner?

Pendant le procès de Mazel, s'organisait vers Genolhac le complot des ministres revenus de Genève '.

Dautun, Durand et Bonnemère^ avec les guides et le valet, arrivés par les Echelles et Grenoble aux environs de Valence, jugèrent bon de prendre quelques précautions. Au cabaret de Mordecet ' ils se séparèrent en deux troupes. Bonnemère, qui était boiteux, fut laissé avec Liron, dont les soixante-quatorze ans pouvaient aisément se mettre à son pas. Tous doux traversèrent le Rhône dans le dessein de le redescendre le long des montagnes du Vivarais.

Durand et Dautun, laissant les chevaux au valet, qui huit jours plus tard devait les leur amener dans le Bas-Languedoc, demeurèrent avec Sautier en Dauphiné. Evitant Valence ils passèrent

1. Il manque le jugcraciil. Le procès vcrhal de qiicsUon csl du li. C. 170. (Corriger Douen, II, 107).

Louis Manuel, arrèlé avec Mazel el interrogé Ir même jour que lui à Saiiil- Etienue, ie3 février, fut envoyé aux galères le 11 février 169U. Il fut libéré en 1713, et mourut à Vevey en 1735.

2. Rel. des Merv., p. 18. Brousson l'apiielle Souveiran. ou Olivier. On le surnomma égal(^m(!nt Maz(!let (Mém. Kégis).

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