MISSION DE SAUTIER A ALAIS
Saint-Piivat'. Deux autres devaient suivre : l'une célébrée par Dautun aux Ayres, le 23 ou 20 février, la dernière que présiderait Durand, au-dessus de Genolhac,en tirant vers la Lozère, le 29. Celle-ci devait être décisive, les ministres ayant averti Sautier qu'ils ne demeureraient pas plus d'un mois et demi dans la province, et ayant fixé par là au début ou au milieu de mars la date extrême de leur séjour.
Sautier fut cbargé non seulement de convier à ces réunions tous les Nouveaux Convertis de Saint-Michel et du Collet de Dèze, mais de donner le mot d'ordre jusqu'à Saint-Etienne Vallée Française et Saint-Jean ; de pousser même jusqu'à Nîmes pour y avertir le S"" de Yalotte Giberne qui d'ordinaire résidait à Saint-Germain de Calberte-, et de revenir ensuite à Alais où sa mission était plus délicate encore. Il devait là se mettre en rapport avec un certain nombre de réformés de la ville, s'enrôler comme soldat dans le fort, s'assurer du chiffre de la garnison, de l'importance des munitions, observer à quelle heure et comment les portes se fermaient, et découvrir un moyen de pénétrer dans la citadelle du coté de la porte de la Roque '. Puis, au prix d'une désertion, qui coûterait peu à l'ancien soldat puisqu'elle serait la quatrième, Sautier, le 22 février, rejoindrait sur la Lozère, à la grange de la Rouvière, Durand et Dautun pour leur apporter ses renseignements.
Les deux pasteurs, après le départ du guide, descendirent des Ayres à Saint-Germain, puis revinrent vers Genolhac, et soit à Montselgues, soit dans diverses métairies des environs, attendirent que l'heure de l'action générale eût sonné. Leur sécurité était à peu près garantie, car le bruit courait (né sans doute d'habiles nouvelles envoyées de Genève) que Durand était mort depuis deux ans et demi en Suisse ou en Brandebourg*. 11 n'y
1. Ailleurs: Gujols, Hiiyols. Peul-èlro riiidicalion : « oiilre Saiiil-.M;iurice-ot Saint-Prival » csl-clU' erronée, et s'agril-il du plateau du Viala, qui s'étend enlrc Saint-Maurice et Frugéres. Il est possible aussi qu'il s'affisse d'un replat situé entre Saint-Maurice cl Saint-Privat qucTon appelle aujourd'hui simplement «la plaine ».
2. Louis de Giberne, S' de Valolte [il signe Vallosle]. Voir Bull. WIX, 362. Il habitait le Gibertenc.
3. Utirand projetait aussi de se saisir du château de Portes qui était rempli d'armes provenant des désarmements successifs des Cévenncs. Sautier le lui a entendu dire aux Vans.
4. Il est qucslion du frère du pasteur Durand, le Sf Durand Desporles (sic), cl du frère de Dautun, le S'' de Mazandrieu ancien catholique, qui pouvaient montrer des lettres attestant que Durand était mort et que Dautun n'avait pas qui lié Genève.
avait dans le canton qu'une compagnie de milices, et la contrée était de plus très incommode à surveiller. Vivent et Roman se trouvaient souvent alors dans la partie basse de la paroisse de Castagnols (Vialas), vers les maisons du Moulin et de l'Argentière, autour desquelles « les grands bois de chênes verts, les déserts et rochers qu'il y a le long de la rivière » les dérobaient aux recherches'. iMais la région haute de Gourdouze, Tourrières et Pierrefroide, semée de précipices très dangereux et « de beaucoup de trous, fentes et cavernes difficiles à trouver » était plus sûre encore.
Vivent, cela est certain, joua un rôle considérable dans le mouvement organisé par Dautun, et bien que nulle part, en lévrier ou en mars, son nom n'apparaisse dans les dossiers judiciaires, c'est lui qui, malgré l'autorité des pasteurs revenus de Suisse, passait en fait, comme le dira plus tard un Cévenol ramant sur les galères, pour « le chef de toute la cabale ».
Roman également, qui n'a rien dit de l'affaire dans le récit qu'il rédigea de sa vie, s'employa activement à sa réussite.
Dès la fm de 1689, Vivent avait concentré autour de lui quelques compagnons décidés, fournis d'armes, et constitué ce qu'il appelait « le camp volant », dont il était le capitaine. Roman était de la troupe, en même temps qu'un certain Platon, de Pierrefroide (près Vialas) de la servante de qui, disait-on, il était amoureux. Le camp volant escortait les deux prédicants» qui sous sa garde célébrèrent des assemblées depuis Vialas jus- ([u'à Vébron, en passant par le Pont de Montvert et Saint- Julien «l'Arpaon. Dès l'arrivée de Dautun et de Durand, il apparut comme le noyau résistant autour duquel s'amasseraient les premiers insurgés. Vivent, payant d'audace, conduisit même sa bande jusqu'à Mende ou il se procura des armes, de la poudre, des balles et d'autres munitions. Vers le milieu de février, dans la jasse des Aygadis, au-dessus de Polimiès, en pleine montagne de la Lozère, Roman tient un culte auquel assistent une centaine de personnes de Vialas, en particulier Bonijoli et Laurans. La date de la réunion des Vyols approchait. Mais aucune nouvelle n'arrivait du Bas-Languedoc, d'où Sautier ne remontait pas. Les ministres résolurent de retarder l'assemblée d'une dizaine de jours, et, sans doute à cause de la saison très froide.