Mèm. de Régis
■i. Miiu. (lo Régis.
RKUXION HE VIALAS 373
(le la célébrer plus bas. Une occasion heureuse s'offrit de convoquer à Vialas les Nouveaux Convertis notables des environs.
Claude Chapelle, de la Sépède (près Vialas), était mort laissant une situation très obérée. La veuve avait dii mettre en liquidation les biens du mari pour payer ses dettes. Les créanciers, de leur côté, pour éviter les Irais de la justice ordinaire, s'étaient décidés à faire régler la distribution par le moyen d'arbitres. Ce fut sous le prétexte de terminer ces arrangements que Bonijoli, le principal intéressé, donna rendez-vous aux créanciers pour la matinée du 1" mars, dans le logis de Mo'ise Durand, en même temps qu'il annonçait pour cette date aux personnes sûres « une conférence des gens les plus considérables de ces quartiers », où l'on prendrait des mesures « pour sortir de la situation où l'on était, qu'on ne pouvait plus supporter ».
Au jour dit, vingt-cinq personnes à peu près se trouvèrent réunies, partie dans la cour, partie dans la maison de Durand. Les créanciers nommèrent pour arbitres les notaires Ant. Leyris et Ant. Daudé', pour expert le S" Polge, et la plupart d'entre eux n'ayant pas produit leurs titres (ce qui serait étrange si les assistants n'avaient eu en vue qu'un règlement d'intérêts), après une demi-heure ils se séparèrent. Mais Bonijoli avait eu le temps de parler. Un nommé Roche, de Genolhac, ayant déclaré en arrivant : « On fait bien, dans ce malheureux temps, de prendre la voie d'accommodement, puisque nous sommes assez foulés sans nous dévorer entre nous », le régent prit occasion de ces plaintes qui étaient générales pour rappeler le souvenir des pères «. qui n'étaient pas lâches et timides comme eux ». Il n'eut pas de peine à persuader aux assistants qu'il fallait chercher les moyens « de se libérer, et de trouver le repos de la conscience, sans se contenter du repos du monde ». « Le lieu, dit-il, n'est pas propre à une résolution. Il en faut un plus secret ». Et comme on le priait de préciser lui-même, il invita ses compagnons à se trouver la nuit suivante, « à trois heures avant le jour », au mas de l'Espinaz, sans leur dire quels hommes ils y rencontreraient. Il prit seulement la précaution de faire jurer au notaire Vignes qu'il ne parlerait pas de la résolution prise.
1. Ant. Daudt-, S"^ du Plapiol, de Chiimborijraud. Il t-st donné Qfém. Régis) pour anck'ii ciitliolit|ue, sans doute au même titre que V)j;nes de Nojaret.
L'après-midi, arrivait à Yialas le baron de Barre, sur le concours duquel avaient compté les ministres '. Mais, aux propositions de Bonijoli, il opposa un refus catégorique : il était engagé dans un procès avec le S"^ de Moissac et n'espérait en sortir à son avantage que grâce à l'appui de l'abbé du Cliayla. Cependant il ne se refusa pas à ménager un alibi à quatre de ses coreligionnaires, et le soir, avec Dussault, Roche, Laurans et Rouveiran, il s'attablait, jusqu'à minuit, chez le vicaire de A'^ialas, devant une partie de cartes.
Le mas de l'Espinaz était un logis éloigné de toute habitation, sur le chemin royal, récemment élargi et restauré par Bâville, qui unissait le Château de Portes et Chamborigaud au Pont de Montvert. Mais les pentes de la crête le long de laquelle serpente le chemin, devenu aujourd'hui une large route, sont si abruptes, qu'il suffisait, pour le garder, de deux sentinelles à l'est et à l'ouest. Deux autres, au nord et au sud, surveilleraient le sentier qui mène de Yialas au Collet de Dèze ou à Saint- Privat, et qui coupe la crête à l'Espinaz même. Il était difficile de marquer, pour un rendez-vous de cette importance, un lieu de réunion plus central, plus accessible et plus sûr.
La conférence exceptionnelle qui devait se tenir là, fut masquée par la célébration d'un culte ordinaire. Dans la basse-cour de la maison de la veuve Deleuze, le notaire Vignes, qui s'était décidé à venir, trouva en arrivant près de deux cents personnes écoutant une prédication de Dautun. Un tas de genêts flambait, qui ajoutait sa lumière à celle de quelques lanternes allumées autour du ministre. Dautun, sans rien préciser encore, conjurait les fidèles, suivant le thème habituel, de tout hasarder pour avoir la liberté. La délivrance était prochaine, il devait venir un secours du Ciel pour les défendre ; il fallait être décidé à périr plutôt que d'abandonner la religion ancienne. Après avoir fait promettre « à genoux et la main levée » qu'on garderait le secret sur sa présence, il donna la bénédiction et « le petit peuple » se retira. Seuls restèrent dans la cour ceux que leur zèle ou leur importance sociale avait désignés pour recevoir de graves confidences.
Dautun apprit alors à ceux qui l'ignoraient, qu'il était revenu dans les Cévennes avec le pasteur Durand, puis il dévoila le projet conçu. 11 s'agissait de profiter de la situation avantageuse des armées étrangères. Les ennemis du roi étaient plus forts
d. N. Aldcbert de Sainl-Marlin, baron do Barre, 34 ans. Il signe : Barre Le Yiala.
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qu'on ne pensait, et la campagne de 1090 leur donnerait des avantages plus marqués encore. Le Languedoc était dégarni de régiments. Qu'un corps de sept à huit cents hommes, ou seulement de cinq à six cents, lût recruté dans les Ce venues, et on se cantonnerait d'abord au bois de la Fau des Armes, au sommet de la Lozère, au-dessus de Yillefort; de là, en suivant les bois qui fourniraient des retraites, lu troupe atteindrait le Tanargue et la forêt de Bauzon, en Yivarais. Une rapide descente sur Villeneuve de Berg et le Teil (en face de Montélimar ) permettrait de passer «aisément» dans le Dauphiné'. Là les alliés et les Barbets, seraient déjà les maîtres. Une marche d'ensemble vers le nord occuperait la Bresse, et par cette porte ouverte, un corps d'armée entrerait dans le royaume. «Le roi serait obligé de donner la liberté de la Religion». Le prince de Montbéliard (le duc de Wurtenberg) devait appuyer ce vaste dessein.
Il suffit de se rappeler le Mémoire envoyé quelques semaines auparavant au roi d'Angleterre par les soins de M. de Mirmand pour constater que Dautun en connaissait les détails, et qu'il ne travaillait en France qu'à la réalisation du plan élaboré en Suisse avant son départ.
Deux difficultés se présentaient pour passer à l'exécution. Il fallait d'abord des armes. A quoi Dautun répondait « qu'on emmancherait des faux à rebours ; ce sont des armes excellentes ». Il fallait ensuite des hommes. C'était précisément pour les trouver qu'avait été convoquée l'assemblée de l'Espinaz. Dautun s'adressa à Laurans et lui dit qu'on comptait sur lui : il avait été dans les mousquetaires, avait fait plusieurs campagnes, il devait utiliser son expérience, et commencer par gagner au parti « tout ce que le pays avait de considérable ». Laurans, sans hésiter, répondit d'avance pour le S"" du Péras, de Genolhac', et le S"^ de la Ribeyrette, de Chamborigaud ', auxquels plusieurs fois avait été refusé le passeport qu'ils demandaient pour se retirer en Suisse. Il crut pouvoir compter également sur le S'' de Vignargues, de Genolhac % frère du S" de Castelnau, de Nîmes. Il se flattait
1. Le i);islcur Laportc. du Collet do Dczc, y dislribucrait dos armos aux Cévenols.
2. Le S'^ du Coriuiarel, hahitaut le château du Péras (Geuolliac) : Bull. XXIX.
3. Le S' Desponchès, S' de la Ribcyrelle, beau-frère du S' du Péras. Ibid.
4. Habitant à Pont perdu, prés de Villefort. Ibid. Son frère le S' de Castelnau était déjà emprisonné à Lyon.
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même de trouver par lui quelques auxiliaires dans le Bas-Languedoc ', Dautun assura que pendant qu'il s'emploierait personnellement à recruter des volontaires vers Saint-Privat, Durand travaillerait la Lozère, et que Vivent pour sa part prendrait le côté du Rouergue, de Yébron à Meyrueis. Les hommes en armes se rassembleraient ensuite au signal donné et formeraient, autant qu'on le comprend, une première troupe qui tiendrait les Gévennes prêtes à agir en masse au milieu de l'été.
Mais en vue de l'heure décisive, il était indispensable de s'organiser, de créer dans chaque canton des « chefs de Consistoire » qui communiqueraient entre eux et « gouverneraient le projet ». Séance tenante furent désignés pour Castagnols et A ialas, Bonijoli ; Dussault pour Saint-Privat; Rouveiran pour Saint-Hilaire de Lavit et Saint-Michel ; le notaire Pinet pour le Pont de Montvert; le S"" Jaussaud ■ pour Sainte-Cécile, les Points et le Collet de Dèze; et Roche pour Genolhac. Enfin le S'^ Périer notaire de Yialas, « comme principal acteur, fut chargé de se transporter de tous côtés ».
L'assemblée se dispersa aux premières lueurs de l'aube, le matin du jeudi 2 mars. Un habitant de Nojaret courut annoncer au ministre Durand ce qui s'y était fait ' et rapporta le dimanche suivant à Bonijoli et Laurans l'assurance de toute sa joie.
Le quartier général des ministres fut établi à la Tour du Yiahi entre Saint-Maurice et le Pont de Montvert, où un catholique prétendit plus tard avoir vu au début de mars l'ancien pasteur de Chamborigaud, Faurie, un des auxiliaires de la première expédition des Yaudois, qui serait alors venu rejoindre aux Ce venues ses deux collègues '.
A la même date, Yivent célébrait avec Roman, dans la jasse des Aygadis une nouvelle assemblée oii se trouvait le notaire Périer".
1. Lt; S' de Foissac Meynirguos, d"Uzé!<, aucicii o.'licier, (levait êlie de l'aftaire, au dire de Sautier, de même que M. Fran(;ois Levert. g-eulilliomme du lieu de Travers (Castagnols), obstiné et dangereux, qui se donnait pour l)on catholique et que les curés aflirinaient tel.
2. Jean Teissier. Seig- de Jaussaud et de Meiriére, habitant à Chauserre (Saiutc- (]écile d'Andorge).
3. Durand était alors dans la métairie des Bouzédes, sur la Lozère.
4. Jean Farie [ou Forie]. pasteur de Chamborigaud et Peyremale obtient un passeport le 30 oct. 1685 pour sortir du royaume avec sa femme Esther de Leiris. Il est possible que le catholique ait pris pour lui soit Dautun soit Durand.
5. Quinze jours avant Pâques (qui tombait le 26 mars, en 1690). Vivent prêcha deux heures. Roman, après lui, une heure.
AHRESTATIOX DE 150M.J0LI 377
Tandis que îles ministres, dont nous n avons pas les noms, étaient supposés travailler le Dauphiné et le Haut-Languedoc, que Dautun et Durand croyaient Bonnemère occupé avec d'autres compagnons du côté de Montpellier etd'Uzès •, la plaine de Saint-Maurice attendait les Cévenols qui devaient s'y réunir. Le bruit se répandait partout de la délivrance prochaine. Mais à la fin du mois, le Vicomte du Chayla avec ses milices et l'abbé du Chayla paraissaient à Vialas, Bonijoli était arrêté et emmené aux prisons de Saint-Etienne.