‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 232 sur 284 · C. 18-2. Placard de Bàville. Fait à Montpellier · texte numérisé non relu

C. 18-2. Placard de Bàville. Fait à Montpellier

3. C. 191. Annexe du dossier Brousson. C. 173. Dossier Golognac. Il était liancé à la lille de la seconde femme de son père, laquelle était originaire de Sumène.

4. Liste de fugitifs, C. 280. {Bail. XLVIII, 640). Il y est dit marchand. En 1687 le curé et le vicaire de Sumène le donnent pour un « coquin qui n'a jamais rien valu pour la i"cligion ». Voir C. 191. C. 172.

LES PRÉDICAXTS A LASALLE 393

le jeune Jean Roussel dont nous avons parlé, séjournèrent également au milieu de l'année sur les pentes du Liron, de Coulègne ou du Brion, dont les sommets dominent Soudorgues, Golognac et Sainte-Croix de Gaderles, et plus bas la vallée riante, de prairies et de châtaigniers, au fond de laquelle Lasalle étire sa longue rue'.

Grâce à de très nombreuses enquêtes de la fin de IGDl, nous savons que les prédicants trouvaient dans le vallon et sur les plateaux qui le couronnent, des retraites et des amis. Ils avaient par contre à Lasalle un ennemi juré, ancien pasteur, consul de Lasalle en 1690. Issu d'une famille qui avait fourni pendant cent cinquante ans une suite ininterrompue de notaires, Louis de Bagars avait été d'abord ministre à Aigremont (prés Lédignan) puis à Saint-Félix de Pallières-. La voix populaire racontait qu'après avoir dans son dernier prêche fulminé contre les lâches qui oseraient abjurer, et les avoir voués à l'anathème en prononçant contre eux le Maran atlia fatidique de Saint-Paul, il était allé aussitôt s'inscrire sur les registres de l'Eglise romaine. Il était venu jouir des 3o0 livres de pension que le roi lui avait accordés, à Lasalle même, où son frère Pierre, le baillif, subdélégué de Bâville, était souvent appelé à informer contre ses anciens coreligionnaires. «Le peuple, qui l'avait en exécration, dit Brousson, l'appelait Maranatha, les catholiques romains faisaient de même»^ Méprisé parles uns, plaisanté par les autres, il ne lui restait que la ressource de prouver son zèle à l'intendant.

La présence de Bagars à Lasalle n'empêcha pas La Jeunesse de prêcher. Un culte fut célébré pendant l'été près de Falguerolles (Golognac). Après une pointe vers Alais, le prédicant, suivi cette fois de Dauphiné [P. Golognac] revint au début de septembre, dans le quartier. Tous deux « prêchèrent » à Sumièges (près de Vabres), puis dans une «rouvière» (bois de chênes blancs) de Monoblet, et quelques jours plus tard l'un d'eux, eut la satisfaction déjouer un bon tour à un missionnaire de Lasalle.

Le R. P. Gélibert (12 sept.) surprit notre homme au mas de Maliestre, et parvint à l'enfermer lui-même dans une des cham-

1. Touchant les références des pag'cs qui suivent, voir nos P. J. (Documents sur les prédicants, de 1690 à. fév. 1692).

:2. Sur Bagars et sa famille, voir Bull. LVIII, 289.

3. Rel. des Merv., p. 53. L'expression Maranatha (I Cor., .VVI, 22) se lisait dan5 la formule d'excommunication de la Discipline den Egl. réf. de France (Chap. V, art. 16).

bres de la maison. Il donna un tour de clé à la serrure et dépêcha un avis aux soldats du bourg, non sans avoir eu soin d'avertir Daudé, le maître du logis, qu'il répondrait du prisonnier. Sur quoi Daudé, à voix très haute, protesta qu'il ne se chargeait pas de garder le suspect «parce qu'il pouvait s'évader en abattant une méchante porte et en sautant ensuite par la fenêtre». Quand les miliciens arrivèrent, celui qu'ils devaient appréhender avait profité du conseil, la chambre était vide. Ils ne purent mettre la main que sur deux «abresats» (havre-sacs), un Psautier de Genève, et une Prière générale pour V Eglise militante et pour tous les martyrs qui souffrent dans le monde. Daudé et sa femme furent conduits à Saint-Hippolyte et enfermés au fort pour cinq mois '.

Les meilleurs auxiliaires des prédicants, à Lasalle comme ailleurs, étaient des femmes. Une certaine Jallaguiéresse leur achetait de la viande à la boucherie, leur tricotait des bas. Ils l'appelaient «: leur mère » '. D'autres les assistaient de leur bourse, et quelquefois sans l'assentiment du mari. Mais surtout des jeunes filles leur étaient secourables. Vivent et Bringuier sortant de France, étaient notés comme emmenant « des maitresses », et nous avons dit en quel sens il fallait prendre le mot. La Jeunesse aussi avait à Lasalle en 1G90 une « maîtresse », « dont la mère le souffrait pour galant de sa fille et approuvait leur fréquentation )>^ La Jeunesse, Dauphiné, Grevou, les trois Plan, Roussel, étaient tous des jeunes gens ; le plus âgé des prédicants, Gay, avait 28 ans, Roussel en avait dix-sept. Tous aventureux, risquant à toute heure leur vie, champions d'une cause sacrée, il n'est pas nécessaire de recourir à des motifs vulgaires pour comprendre que les sympathies féminines allaient droit à eux. Quand Brousson vint à Lasalle, ses 44 ans recueillirent la même curieuse et juvénile admiration. La Jeunesse euA'oie avertir de toutes ses assemblées une jeune fille de dix-huit ans, Anne Bourelle* et lui fait dire par les Plan « qu'il lui baise les mains et lui recommande de n'aller plus à la messe,

1. C. 170. Dossier Daudé. C. 172 Dossier Gay et Compan. François Daudé, (d'Olimpies) était le frère du pasteur dOliinpies, de Saint-Paul la Coste, dont nous avons souvent transcrit le nom.

2. « Jallaguiéresse la Pressaïre », Suzanne liousanquel, veuve de Jean Jallaguière dit Pressaïre (rhomme du pressoir).

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