‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 233 sur 284 · La mère se nommait Anne Jallaguière, femme de Jean Viala · texte numérisé non relu

La mère se nommait Anne Jallaguière, femme de Jean Viala

i. Anne Bourel, de Suint-André de Valborgne. Habitant à Lasalle chez son oncle Pigneau, cordonnier.

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que s'il le savait il ne la manderait plus quérir ». Les deux demoiselles de Gornelis, Louise et Belotte de Bringuier assistent aux cultes secrets'. Les dépositions enfin de la jeune Anne Baudoin tiennent une place capitale dans des enquêtes de la lin de 1691.

Cette Anne Baudoin (18 ans en 1090). fille dun marchand de Lasalle et demeurée orpheline, habitait tantôt les environs de Florac avec sa tante, la D"'' de Saltet, tantôt sa métairie de Caderles. oii Dautun. qui avait été ministre à Saint-Julien d'Arpaon (près Florac) lui envoya de la Lozère « ses baise-mains ». y ers le Bougés elle avait entendu prêcher Roman. A Caderles, api'ès une assemblée, elle avait vu Dubruc paraître avec ses fusiliers. Vivent était entré dans sa métairie avant la prise du S"" de Yalescure. Une autre fois, conduite au jour levant à une réunion qui s'achevait, et où La Jeunesse (Gazan) et lun des Plan avaient déjà parlé, Grevou, qui la connaissait, «prêcha pour elle ^). Les prédicants l'abordèrent et une voisine ne manqua pas de lui dire « qu'il fallait leur faire du bien, qu'avant le changement de religion les Plan ne savaient ni lire ni écrire, et qu'à présent ils prêchaient». De fait, elle quêtait pour les prédicateurs, elle allait les voir quand ils passaient à Caderles, dans des maisons qui se disputaient l'honneur de les recevoir, et s'informait si bien de tout ce qui les concernait, que ses av eux sullirent à faire arrêter une cinquantaine de leurs complices.

Vers le milieu d'octobre, La Jeunesse fit avertir son amie Anne Bourelle, qui ramassait les châtaignes à Caderles chez Anne Baudoin, d'un culte qu'il célébra enti-e Colognac et Sumène avec Dauphiné. Il venait d'être sérieusement malade de la dysenterie, et racontait qu'il avait été. pendant ce temps, dans un mas de Bouzonc « aussi bien ou mieux servi que M. Dugua ». Sur sa demande Anne Baudoin voulut bien à son tour lui donner asile. Il arriva chez elle de nuit, suivi de Gay, de Grevou et de Massai qui portaient chacun un fusil. Deux jours après, La Jeunesse quittait Caderles, pour aller prêcher

1. N. François de Brinsfuier, seigneur de Cornélis [ou Cornelj% cliàleau de Lasalle] épousa en 1669 Anne de Guirard, du Rouergue. Il eut d'elle a Lasalle : Jean (né en 1671), Louise (1673), François (1671) : Elisabeth [Belotte] (167.i), Charles (16771, Marj^aerile (1679), Calheiiue (1681), Mai-the (I6<S2|. Jean-Jacques (168.')). enfin Madeleine (?). Catherine, Marthe et Madeleine obtinrent de Bàvilie en 170'» un passe-port pour se retirer à (îenève. Catherine et Marthe étaient les «maîtresses» des chefs camisards Rolland Laporte et Maillet (La Baume, p. 347). Les Bringuier de Cornélis étaient de la même famille ([ne le prédicant Bringuier, de la Gardette. Tne autre branche se nommait de la Roque.

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au-dessus du mas de Briontet (Soudorgues) et redescendait à Anduze. Quinze jours ou trois semaines plus tard il revenait dans le même quartier, aux Bousquets, et parlait au dessous de la métairie du S" Girard de Lasalle. Les deux assemblées s'étaient tenues en face même de la cure de Soudorgues, d'où l'on aurait pu entendre, au milieu de la nuit, le chant des Psaumes.

Il y aurait lieu de s'étonner d'une pareille témérité. Mais le vicaire Grégoire Cabanes, à cette heure, n'avait garde de bouger. Un mois auparavant, en eiret (3 octobre), en entrant au mas de Briontet, pour y visiter un Nouveau Converti alité, il s'était heurté à deux inconnus, dont l'un, lui appuyant sur la poitrine un pistolet, après avoir regardé « s'il était bien amorcé, et si les balles n'avaient pas coulé », lui avait rudement dit que « d'autres que lui se chargeraient du malade ». Le prêtre avait rebroussé chemin, et au bas de la pente, en vue des Horts, il avait reçu, sans savoir d'où, une balle à travers le corps qui le tint deux mois au lit'.

L'assurance des prédicants, soutenue par la décision du duc de Savoie et la victoire de Guillaume en Irlande, s'allirma plus particulièrement encore en autonme. Les ravins de Sainte-Croix de Caderles leur parurent assez seci'ets et les habitants assez fidèles, pour qu'ils aient osé y tenir un important conciliabule dont nous regrettons de ne pas connaître mieux l'objet précis.

Le fileur de soie, Claude Roussel, eut au milieu de novembre deux fils arrêtés. L'un, Jean, prédicant, était accusé du meurtre de Séverac et mourut sur la roue deux mois après. L'autre, Claude, coureur d'assemblées, fut enrôlé de force comme cavalier parmi les soldats du fils de Broglie"'. Le zèle du père était connu, et en eflet, vers la fin du mois d'octobre, celui-ci avait abrité dans son mas de Saint-Geniès une véritable conférence des prédicateurs ^ Au témoignage d'Anne Baudoin, vers cette date s'étaient trouvés chez Roussel, « avec les autres de leur suite », non seulement La Jeunesse, les trois Pian, Grevou, Massai, dont nous avons constaté la présence dans le

1. Le A'icaire avait vu, dans la maison de Brionlel, Antoine Compan, des Bousquets, qui fut décrété immédiatement de prise de corps et par contumace condamné aux galères. Le mas de Briontet fut rasé, comme aussi la maison de Compan, dont celui-ci vit de loin les soldats démolir le toit. Après avoir erré deux mois seul, Compan se joignit aux Plan. C. l'i. Dossier Gay et Compan.

2. En 1694 il était hors du royaume, comme son autre frère Claude, inscrit en 1687 au placard de La Trousse.

3. Nous n'avons pus pu fixer exactement la date de la réunion. Peut-être faut-il la repousser au milieu de novembre.

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canton, mais encore Vivent, Laporte, Lapierre et enfin Brousson, revenu d'Uzès, où le 3 septembre encore il avait réuni une assemblée très considérable '. Les voisines jalouses qui se plaignaient à Anne Baudoin que « la femme de Roussel, par vanité, voulait toujours retirer et avoir les prédicants chez elle, alors qu elle ne pouvait pas les y faire subsister, et qu'il fallait lui aider pour cela », eurent un juste motif cette fois de l'envier : ce sont presque tous les prédicants à nous connus qui s'assemblèrent sous son toit (Coudcrc et Golognac seuls ne sont pas nommés).

11 ne peut être question dune rencontre fortuite : Vivent, qui venait de Roquedur, se rendit, nous le verrons, à Saint- André deValborgneàlafindu mois, et Brousson qui était monté d'Uzès se trouva à Nimes à Noël. Aucun renseignement ne nous étant fourni, nous sommes réduits aux conjectures. Il s'agit peut-être d'une communication importante de Vivent ou de Brousson. Mais celle-ci aurait pu être faite à ce qu'il semble, aux prédicants isolés. Nous avons plus certainement ailaire à une réunion religieuse. Nous ne croyons pas pouvoir parler d'un « Synode», mais quelques paroles de Brousson nous permettent de supposer que des problèmes d'organisation ou plutôt de réorganisation ecclésiastique, furent examinés dans cette rencontre.

A l'époque de la conférence de Gaderles, Brousson, qui se faisait appeler Beaiiclos ', avait prêché au-dessus de Galviac (Lasalle) au pied du bois qu'on appelle quelquefois le bois de Montvaillant (parce qu'il touche, sur le versant nord, au château de ce nom), dans la maison isolée des Sognes, alors inhabitée, que le gendre de Roussel lui avait ouverte pour le culte. Six semaines plus tard, quelques jours avant Noël, une nouvelle assemblée beaucoup plus nombreuse, qui groupa près de quatre cents personnes dont quelques-unes armées, fut convoquée au même endroit, dans la chambre basse de la métairie. Brousson y monta du hameau de Galviac, où il avait reçu asile, en même temps qu'une fille qui portait son bonnet et ses livres dans sa jupe^ Un serrurier de Lasalle, Pierre Auban, disposa, en guise

1. Sermon de Brousson sur le Pain de Vie (17' de la Manne Mystique) « i sept. 1090. l'zes, Senilhac.BliiuzacPaillargrues [nom vulpiire dArpaillargiies], Aubussargues, Garrigues, Colorgues, Montarenc, Serviez. » C. l'Jl.

-2. Le subdélégué Daudé, un an plus tard, le désignait aux accusés de Lasalle comme portant un surnom que le greificr écrit tantôt Beaudo, tantôt Bagleaiix ou Beaudo.

3. Brousson, pour prêcher, ôla sa perruque, et mit « le bonnet de nuit " qui lui avait été apporté.

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de chaire, une selle (sans doute un bât) sur laquelle il étendit une nappe, et ce fut lui qui. en vue de la Communion, rompit le pain dans le plat. Brousson prêcha, baptisa un enfant, reçut deux abjurations solennelles, puis donna la Cène, assisté de Jean Martin du mas de Rieumal (au-dessous de Cornélis, près de Lasalle), qui « prenait la coupe des mains du peuple ».

Jusqu'ici tous les détails de la cérémonie nous sont familiers. Le reste de la déposition d'Anne Baudoin, qui nous les a fournis, est au contraire absolument nouveau, ic ... Et ledit Brousson ayant prêché qu'il fallait rétablir l'Eglise partout et faire des anciens, dit après la prédication, publiquement, que [Jean] Martin, de Rieumal, [Jean] Soubeyran, de Simonet, (irail, tailleur de Lasalle, [Pierre] Auban, serrurier de Lasalle, [Pierre] Rocher, banastier [boisselier] de Lasalle, un homme de Colognac et un autre de Soudorgues, dont elle ne sait pas le nom, étaient anciens et que ces gens-là auraient soin d'empêcher que les fidèles n'allassent à l'église, et de les faire venir aux assemblées, attendant la délivrance qui était prochaine » '.

Nous avons vu, en 1G8(), Vivent établir Jean Roques comme ancien et le prier de distribuer la coupe de la Cène. Mais c'est la première fois, depuis la Révocation, que nous entendons parler de la reconstitution d'un corps d'anciens dans chaque paroisse, reprenant leur rôle passé de surveillants, avec la tâche nouvelle d'avertisseurs réguliers.

Antoine Court avait jusqu'ici la gloire d'avoir restauré le premier l'ordre dans l'Eglise afin de la sauver de la décomposition. Il faudra qu'il partage désormais cet honneur avec Brousson. Celui qui, sous la voûte du Ciel ou dans une ferme abandonnée, prêchait des sermons de doctrine ou d'exégèse qui semblent composés à loisir, était en effet désigné pour parler d'une reconstruction réglée des « murs de Jérusalem ».

11 est très probable que c'était en vue de la réalisation de ce dessein que Brousson était remonté du pays bas dans les Cévennes, et que s'étaient réunis chez Roussel tous les prédicants. Etablir partout des anciens, bâtir solidement des Eglises, abandonner absolument la communion romaine, venir en foule aux assemblées, tel était désormais le mot d'ordre. Brousson répétait avec une inébranlable conviction que la miséricorde et la justice de Dieu ne se manifesteraient qu'à l'égard d'un peuple repentant, fidèle et saint.

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