VIVENT AUTOUR DE L'AIGOUAL
gnes (?), le S'" de Combelongue. gentilhomme de Meyrueis, le S"^ de la Gardiole(de la Garde), gentilhomme du Vigan, vinrent « faire la Cène » dans le mas de la Pauparelle, à la vue de Meyrueis, au pied du Causse Méjan'. A Gampis, à Las Fonds (près de Cabrillac au centre de la forêt de TAigoual), à Malet (sur l'autre versant du massif), Vivent trouvait des retraites. Pendant les mois les plus rudes, son asile ordinaire, plus rapproché de Valleraugue, fut la maison du cabaretier ïeissier, au Col de Bonpérier. L'habitation, habilement aménagée, contenait plusieurs « caches », une entre autres, souterraine, a dans laquelle on entrait en soulevant les ais du plancher, et qui avait une issue au dehors ». Vivent y brava une fois une longue perquisition des dragons, dont il entendait les pas. Valleraugue, son bourg natal, lui fournissait quelques fusiliers pour son escorte et des amis éprouvés, mais peu nombreux. Sa jeune sœur Catherine, ses beaux-frères Méjanel et Antoine de la Cour lui faisaient passer ou lui apportaient des vivres-. Son frère Pierre venait l'entendre, mais le prédicant n'était pas sans se méfier un peu de lui, car le frère de sa femme, nommé ïhérond, jouait à Valleraugue à peu près le même rôle que Bagars à Lasalle. Par des lettres vengeresses, l'ai'dent Cévenol représentait à ses ennemis « leur crime » (leur abjuration) tandis qu'à ses fidèles il promettait plus assurément que jamais la délivrance. Bientôt un envoyé étranger lui arriva par le Vivarais, dont la personne et le message sont de nature à fixer l'attention. V^ivent et ses projets insurrectionnels n'étaient plus soutenus du côté de la Hollande par des sympathies aussi vives. En l'année 1090 précisément, les modérés, les loyalistes à tout prix, et Bayle à leur tête, s'étaient dressés violemment contre Jurieu et ses amis. Le célèbre et anonyme A(hs... aux Réjugiés sur leur prochain retour en France les Si\ev\\ssdi\\. que « souhaitant tous avec passion leur rentrée dans le royaume, ils agissaient à contre fin de toutes leurs espérances » par leurs démarches traîtresses. « Il faut, disait \ Avis, les regarder comme des sujets rebelles, séditieux, et contraires à la monarchie ». Jurieu
1. Tous ces personnages, sauf le S' do Salvador, se relrouvonl sur une liste de jientilshommcs des Cévennes dressée en vue de surveiller leur loyalisme. DuU. XXIX, 356, 339. Le S"^ de Porcarés y est nommé le S' de Maillan. Tous sont notés comme dangereux.
2. Jacques Méjanel, avocat, époux de Violande Vivent (Bull. XXXIX, 15.») est appelé Pierre dans les interrogatoires (G. 171). Ant. de la Cour de Moncan, époux de Jeanne Vivent (Bull, ibid., et XXIX, 338.
40i LES PBÉDICANTS PROTESTANTS
imputa inimédiatement à Bayle le livre dangereux'. Entre les deux hommes commença la polémique forcenée qui devait se terminer en 1693 par la déposition de Bayle de ses fonctions de professeur. Bien des exilés furent indignés de voir YAins condamner au nom de principes religieux et politiques l'expédition triomphante d'Angleterre ou la rentrée glorieuse des Vaudois". Ce n'était pas la première fois que les sceptiques, champions d'une courte sagesse, se faisaient les défenseurs de l'ordre contre les violents et les visionnaires, sans deviner en ceux-ci les ouvriers d'un meilleur avenir. Le livre eut pour résultat d'affermir dans leur résistance ou leur apathie les réfugiés qui ne voulaient pas se l'allier à des espérances trop prochaines. Les zélateurs, publiquement désavoués par «le parti de France» perdirent aux Provinces Unies une part de leur autorité et de leur pouvoir.
A Berne, depuis l'exécution de Bourgeois et la condamnation de La Grange et de Cabrol, ils étaient réduits au silence. A Zurich, M. de Mirmand agissait encore librement. Il correspondait avec Gaultier (retourné de Londres à Berlin) et il obtint par lui ^25 mars) de l'Electeur, des olFiciers français et des troupes de secours en faveur des Vaudois '. Bientôt il reçut Gaultier lui-même, venu en Suisse pour travailler à la réalisation de la grande entreprise. Ce fut de Zurich que l'ancien pasteur de Montpellier continua ses correspondances avec les ministres du roi d'Angleterre. Depuis que le duc de Savoie s'était déclaré contre Louis XIV. Gaultier voyait « la France toute ouverte du seul côté où elle n'était pas fortifiée, et d'où il était facile d'entrer dans le Dauphiné et le Languedoc ». Il pressait Guillaume de déclarer au plus tôt s'il y avait lieu de commencer à agir secrètement ; et craignant de la part de Vivent une nouvelle tentative qui avorterait comme celles de 1689 et de 1690, il disait : « Tous mes soins ne sont présentement que d'empêcher qu'on ne précipite rien en France, où il est certain que tout est disposé aux soulèvements ». Le 23 juillet, il envoyait à Londres, par l'intermédiaire de M. Coxe, un nouveau « Pi'ojet » dont nous
1. Sur la question si Bayle est Tauleur de IMiv'.s aux réfugiés, vnir on dernier lieu Bull. LVI, 3U.
2. Voir Bull. XII, 409, une lettre conçue dans le même sens que les protestations de Jurieu.
3. Pour ce qui suit voir de Chambrier (p. 130 et Appendice, p. 02).
<iUESXOT A GENKVE 405
ne connaissons pas la teneur ' . Le 20 août, de Berne, il annonçait l'heureuse levée de quatre mille hommes pour le roi Guillaume-. Le 7 octobre enfin, il était à Genève, et y poursuivait ses négociations mystérieuses. Genève en effet demeurait vers les Alpes une des rares villes où les fervents d'un dessein trop ambitieux pussent encore le discuter en sûreté. Nous avons vu Durand et Dautun y conférer en 1689 avec d'autres pasteurs. A leur retour des Cévennes les conciliabules continuèrent, mais ce sont maintenant des noms nouveaux qui apparaissent. Le pasteur apostat Quesuot. que sa femme, très mauvaise catholique, avait forcé à s'expatrier avec elle, était arrivé dans la ville depuis peu, résolu en apparence à vivre désormais en protestant fidèle. Il se donna plus tard aux agents de Louis XIV pour avoir joué double jeu. Sa feinte ferveur l'ayant mis très bien dans l'esprit de tout le monde, il aurait aussitôt, dit-il, livré les secrets dont il devenait dépositaii'e. S'il ne ment pas en rapportant ses exploits, en un temps (1698) où il veut rentrer en France et s'y faire rendre sa pension de ministre converti, il faut croire qu'il fut à Genève, l'année 1690 «de l'assemblée qui se tenait tous les jours, pour travailler à faire une descente par le Rhône pour entrer dans le Vivarais ». M. Mazel, de Fontaine Française (?) en était le chef», et autour de lui s'agitait « tout ce qu'il y avait de considérable [à Genève] du Vivarais, Dauphiné, Cévennes et Languedoc ». Le pasteur et professeur de théologie Léger y assistait régulièrement ^ « Il fut convenu que M. Mazel, accompagné de M. Melon, capitaine grenadier, irait à Turin pour faire savoir les résolutions... au duc de Savoie et à M. de Schomberg y). Quesnot se vanta d'avoir fait arrêter les envoyés par l'ambassadeur de France, et d'avoir révélé à celui-ci tout ce qu'il avait pu saisir des détails de l'entreprise. Les ministres se disaient assurés de quelques gentilshommes du Vivarais qui fourniraient 1,600 armes à feu qu'ils avaient cachées. La route était tracée de Genève au comté de Foix, où les Espagnols se rendraient \
1. M"' de Chambrier (p. 193 noie) mentionne tlciix Mémoires rolalifs à l'envahisscment du Daupiiiné, qui se trouve au Record Office, et les résume brièvement. Le second parait dater de 1690.