Ibid
2. Hist. du Fanât., I, i'ji, -2o7. Après la moil de Brousson lori^rinal fut envoyé par Bàville à Fk-chier.
3. C. 191. Extraits du Dossier Picq. l'iibliée Douen, II, 18J, l'.»(l, avec quelques erreurs de lecture ou dinterprélalion.
410 LES PRÉDIGANTS PROTESTANTS
gens trouvèrent expédient de changer de culottes dans un cal)aret'.
Le 24 mars, Picq, au moment où il allait passer le Pont d'Arve qui le séparait de Genève, fut arrêté en même temps que la Demoiselle qu'il avait prise à Nîmes, et cinq hommes qui s'étaient joints à lui sur la route. Les prisonniers furent fouillés. Le résident français de Genève, M. d'Herville. lut les deux lettres et les envoya à Bàville en môme temps que le guide'.
Picq, interrogé le 21 avril, ne révéla que les quelques détails de sa rencontre avec « Henric ». Il parut difficile à Bàville d'admettre qu'il ne fût pas chargé de quelque communication verbale pour le ministre Pictet, et le 2 mai il le lit torturer avant de le faire rouer vif. La question n'arracha au guide aucun nouvel aveu. Le procès-verbal nous apprend seulement que l'intendant soupçonnait que le billet non signé (celui de Brousson) devait être remis ce au S'' Léger, ministre ». Quesnot nous a déjà révélé ce nom.
Voici la lettre de Brousson ^ :
On ne peut s'empêcher de représenter de nouveau qu'il iniporle extrêmement de se rendre maître des Cévennes. Si nos ennemis ' y avaient une fois jette dix ou douze mille tiommes et qu'ils y fussent fortifiés, il ne seroit plus possible de les en chasser, et ils rendroient presque inutile tout ce que l'on pourroit faire dans la plaine. Car de là ils désoleroicnt tout le pays. Aussi est-il aisé de comprendre qu'ils ont fort à cœur la conservation de ces Monlag-nes là. Les deux Régimens de Milice qui y sont dispersez et (jui peuvent faire en tout douze ou quinze cents hommes, outre quatre à cinq compagnies de Cavalerie et quelques autres compagnies d'Infanterie qui sont dans les Forts d'Alaix et de Saint-Hyppolite, y font des courses et des recherches continuelles pour tâcher de surprendre les fugitifs, de trouver les armes qui peuvent être cachées, et d'abattre le courage du peuple. On dit bien que ces deux Régimens et ces Compagnies
1. Il ne subsiski du Dossier Picq que la copie de (jnelquc^s |)ièccs faite à riiileudauce en vue du procès de Brousson. C. Vil. l'ne analj'se en a été donnée Buli. XII, 536, pas toujours très exacte.
2. Picq (25 ans) était né à Saint-Germaiii-de-C^albci'Ie. Il conduisait à ses ])arenls Louise des Vig-nolles. de Nîmes. Il avait rencontré un des liommes au delà d'Uzes, trois autres au delà de Montélimar. h; cincpiième dans la Savoie. Celui sur qui fut trouvé le hillet de Vivent se nommait l^tienne Meinadier. dit lîénézet. il était de Vezenobre.
;{. Orth. de Brueys.
'(. Les soldats du roi tle France, chassés du bas pays i)ar la descente prochaine des troupes de Savoie.
LETTRE DE lîROUSSON A SCIIOMBERG 4M
de Cavalerie <iuiltcront bientôt ce pays là ; mais il y a bien apparence qu'on ne manquera point d'y mettre de nouvelles Milices qui auront ordre de l'aire incessamment des détacheniens pour intimider les gens du pays ; ce qui lait juger que ce peuple ne srauroit rien entreprendre quand même on y envoyeroit des Ofliciers, si on ne jette dans ces Montagnes là quelques Troupes qui occupent un peu les Milices et qui donnent aux Habitans du pays le moyen d'agir. Si on y pouvoit jetter deux mille hommes, ce seroit une grande affaire; autrement il faut tâcher d'y en jetter mille, ou, au pis, cinq cents hommes choisis, armez de fusils et de bayonnctles, parmi lesquels il y eût un bon nombre d'Officiers surnuméraires, des plus vigoureux, pour commander les gens du pays.
Il faudroit que ce secours entrât dans les Cévennes un peu avant que l'Armée Protestante en approchât : et pendant que les Troupes de France seroient occupées dans la plaine, à l'aire tète à cette Armée là ; on pourroit en l'aire un détachement et en leur faisant faire un peu de détour les faire marcher en diligence du coté des Montagnes, pendant que l'Armée seroit du côté du Rosne. On pourroit aussi les faire débarcjuer à l'entrée de la nuit entre Montpellier et Ayguemortes , s'il se pouvoit , ou plus bas , du côté d'Ayguemortes ; et pour cet effet, s'informer avec M. Gautier' ou avec d'autres personnes de ce quartier là des endroits propres pour ce débarquement. De là on les feroit marcher toute la nuit du côté de Galvisson, de là vers Canes, proche de Vie ; car proche de Canes qui est à cinq ou six lieues de la mer il y a une petite montagne couverte d'un bois assez épais, où ils pourroient s'arrêter un peu dans le besoin. De Canes, en traversant une plaine d'environ une lieue, qui n'est presque pas habitée, ils passeroient proche de deux petits villages appelés Durfort et Saint-Phélix, éloignez d'environ trois quarts de lieue l'un de l'autre, et dans le besoin ils pourroient aussi se jetter dans les bois et sur de petites montagnes qu'on trouve tout le long de ce chemin-là. De là, continuant à prendre les montagnes, ils passeroient proche de la Salle, qui est aussi à trois quarts de lieue de Saint-Phélix, et pourroient aller du côté de Sauraane, à deux petites lieues de la Salle, où ils pourroient s'arrêter ; car là le pays est assez fort et c'est à peu près le cœur des Cévenes, où le peuple se ramasseroit de tous côtés.
Ce coup, avec l'assistance de Dieu, paroit un coup sûr ; car, pour peu de diligence qu'on fît, les Milices du pays n'auroient pas le temps de se ramasser pour s'opposer au passage de ceux qui entreroient. D'ailleurs les gens qui attaqueroient vigoureusement ces Milices, et qui publieroient que le gros de l'Armée seroit là, les dissiperoient
1. Gaultier de Saiiil-BlaiKuid, rancien ministre de Montpellier, qui s'était trouve; à Genève le 7 octobre précédent, «-l que Biousson y croyait encore. Nous ne savons d'ailleurs à quelle date Gaultier retourna à Berlin. Brousson, à son procès, refusa de dire qui était le Gaultier dont il avait écrit le nom.
facilement, quand le nombre de ces Milices seroît quatre fois plus grand que le leur. Il seroit pourtant bon de jetter d'abord dans les Cévennes autant de monde qu'il se pourroit afin de s'assurer de ces montagnes, et d'y mettre le peuple en état de se défendre et de se fortifier, après quoi ces Troupes pourroient descendre dans la plaine-
Voici maintenant la lettre de Vivent dans laquelle on reniaî*quera les incorrections auxquelles nous avons fait allusion'.
Au Dézert, ce 8'"e mars 1691, Monsieur et très honnoré frère,
Après vous avoir assuré de la continuation de mes très humbles respects je vous fay ses lignes pour vous prier d'avoir la bonté de procurer cinq écus au donneur de ce bilhet que j'ai esté obligé d'envoyer de là pour quelques affaires-. Si j'eusse seu une adresse seure pour vous écrire il y a longtemps que je me serois donné l'honneur de vous apprendre mes adventures. sachant la part que vous prenés en tout ce qui regarde la gloire de Dieu. La postérité aura de la peine à croire de la manière que ce bon Dieu m'a délivré de tant de dangers, et n'estoit le risque qu'il y a qu'une grosse lettre ne fût trouvée au porteur de celle-ci, je vous aurés fait un abrégé de mon histoire, et si je savois une adresse seure pour cela sans vous commettre, je le ferois par le courier.
Cependant le donneur vous en dira une partie si vous avés le temps de luy parler. Ayés aussi la bonté de me donner de vos chères nouvelles par sa voye comme aussi des deux amis de la rue des Chanoines que je prens la liberté de saluer, et le neveu de l'un de ces messieurs aussi, si vous jugés à propos qu'ils le sache : le tout à votre sage prudence. Si vous écrives à Monsieur Gassenar » de Zurich, vous aurés de môme la bonté de [lui rendre mes] respects. Pardonnes encore un coup tant de liberté, et après vous avoir souhaité toute sortes de bénédictions je me recommande à vos bonnes prières et vous conjure de me croire, avec respect, votre très humble et très obéissant serviteur. Olivier, m[inistre].
C'était au pasteur Bénédict Pictet, professeur de théologie depuis 168G et recteur depuis 1690, que s'adressaient ces lignes \ M. Douen enregistre avec curiosité que Genève « la fidèle gardienne du système calviniste de l'obéissance passive, compta donc à la fin du xvii« siècle parmi ses pasteurs et professeurs un