MEURTRES DE GAUTIER, DU CURÉ YERNÈDE ET DU CONSUL DE BAGARS
(Fcvrier-Aoùl i()<ji)
L'appel de Brousson à Sclioiuberj;^ laisse pei-cer quelque angoisse. Les recherches coutiuuelles des milices abattaient le courage du peuple réformé. De continuelles prises enlevaient aux prédicants leurs plus fervents auxiliaires.
A la fin de février, le demi-prédicant Poujol, dont nous avons dit les discussions avec Sei'ein et Lafoux, fut découvert près d'Anduze'. Après l'arrestation de son compagnon Melet et des trois filles Giberne, qui partageaient leur retraite, Poujol était descendu (mai 1G90) du bois de Montagnac à Nîmes, et dans les fermes, s'était « loué » comme ouvrier pour « ramasser la feuille [de mûrier] ». Il revint ensuite à Boucoiran. A la fin de septembre il repart pour Nîmes, où il va cette fois vendanger. « La D"'^ de Brousson » lui oflVe l'hospitalité dans la métairie qu'elle possède à trois quarts de lieue de la ville'. Il se fait là une hutte dans les vignes, et y enferme ses livres. Un ami réussit à reprendre un de ses enfants enfermé à l'hôpital de Nîmes. A la fin de novembre, le père et le fils poursuivent leurs courses. Poujol passe au Château de Candiac. à Boissières, à Cinsens. Il demeure un mois à Canaules « y mangeant sou argent et travaillant quelquefois de son métier de facturier de laines ». Il remonte vers Blatiers (Bagard) où un nommé Savin le prie de venir quelquefois « faire la prière » pour les familles
I. C. 171 : Hu{,-ucs, Hist... d'AiiJiize, p. C.'.l-J (Doucti, H, l'.)."i).
"2. Il s'agit peut-être de la mère de Brousson. Les biens de Brousson furent saisis en 1686. Voir Rouquelte, II, 104, (une supplique de sa mère), et L. Nègre, p. 1315» où se trouve noté comme ayant appartenu à l'avocat, un mas de la plaine, situé à Yaldeban.
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du hameau. Un habitant ilAncluze, Gascuel. le conduit au bois de Blannas et lui indique une métairie ruinée, dont il utilise les tuiles pour couvrir un nouvel abri. Gascuel lui porte à manger, des jeunes lîUes de Blatiers, qui gardent les porcs dans le bois, donnent leur goiiter à son enfant. Quand il pleut trop fort, il se réfugie dans le grenier à foin du mas de Bavas (?). de là il rapporte de la paille pour sa hutte. Gascuel lui a fait cadeau d'une lampe, dautres amis lui ont apporté deux draps et quelques ustensiles, toutes choses que Poujol a payées en prononçant des prières ou eu lisant des exhortations.
Le fugitif fut dénoncé à Anduze. Le to février, au petit jour, le consul Lambert et cinq hommes, tous aruiés, le surprennent dans sa tanière, au fond d'un fourré très épais, dont les buissons coupés feruient l'accès. Poujol, menacé d'un coup de fusil, apparaît avec son lils. Il est lié, essaye de fuir, et est abattu d'une balle tirée par Lambert, qui le ramène à Anduze, la tète ensanglantée, louant et bénissant Dieu « qui lui permet de mourir pour sa religion ». Dans ses poches on trouva <( treize livres nommés Testaments, Psaumes ou Prières huguenotes ». Un petit volume, la Journée faite, portait les noms de (juelques Cévenols ; c'étaient tout autant de fidèles que A'ivent, qui avait rencontré Poujol au bois de Boucoiran, lui avait dit pouvoir l'aider à retrouver ses enfants. Poujol fut envoyé aux galèies, il devait y mourir l'année d'après.
Le 28 mars, un jeune homme de Florac, ancien soldat, Isaac Castan, «convaincu d'avoir porté les armes contre le roi, d'avoir été l'un des chefs des séditieux, et d'avoir fait en cotte qualité plusieurs actes d'hostilité», le tout se rapportant au mouvement de septembre 1(580, fut condamné à être roué vif.
Le 10 mars. Roman échappa a une nouvelle alerte. Les soldats avaient investi et fouillé sans résultat la maison de Castagnols (Vialas) où il était caché. Le soir, croyant qu'ils s'étaient éloignés, le prédicant sortit du logis. « A peine eus-je fait dix pas, dit-il, que je les vis a mes trousses. Mais m'en étant fui, ils me tirèrent six coups de fusil sans uie toucher. Comuie je me sentais vivement poursuivi, je me jetai dans la rivière où ils me perdirent de vue. (^)uand je fus de l'autre cùté, je quittai mes habits que l'eau avait rendus trop pesants, et bien qu'il gelât
1. Caslan avait <t(' iiitonoK»^^ il«'jà I»' ^8 juillet 1689 sur ses relalious avec Quel.
Il fut alors rc'làchi- (ou sVchappa). La dernière information diri};ce contre lui
commence à Monti)ellier le -20 mars 1691, C. 169. (îanhert dit qu'il lui roue à Florac devant sa [xtrle. Pop. ('oiirl. 17. B. V7V bis.
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à pieiTe fendre, je fus contraint de faire deux lieues en chemise, avant de trouver aucun secours » '.
De nouvelles compagnies de bourgeoisie sont établies dans les Basses-Cévennes, Mais la visite de « Monsieur Rencontre » et les assurances qu'il a données permettent de patienter. Au début du printemps, Brousson dit à Anne Baudoin que le roi d'Angleterre Guillaume est passé en Flandre et qu'il viendra bientôt les délivrer ■.
Il est intéi'essant de constater que le vallon de Lasalle, le Col du Mercou, les environs de Saumane et des Plantiers (Saint- Marcel de Fonfoulhouse), par où la lettre de Brousson marque, avec une sagacité rare, le chemin le plus court et le plus siir aux troupes de Schomberg. sont précisémeut les séjours pi'éférés des prédicants. Il fallait que les soldats envahisseurs trouvassent devant eux tout un peuple frémissant pour les acclamer et les suivre. Vivent, sur la crête qui unit l'Aigoual au Mont Lii'on, passe de la Vallée Borgne aux environs de Roquedur, et du Vigan à Saumane. suivi toujours de ses gardes du corps en armes, lui-même portant une manière de tromblon, « un mousqueton dont l'embouchure était fort grande ».
Au milieu de mai il est à Saint-Marcel de Fonfoulhouse dans la maison du S' Delmas ', où il prêche devant une vingtaine de personnes. Les treize hommes qui sont là. au nombre desquels se trouvent le S' de Nogaret et le S"^ Escotier, écuyer, du Mazel, ont chacun leur fusil. Ce que fut l'exhortation du prédicant à tous ces réformés anxieux de l'avenir, nous pouvons nous le représenter par les quelques mots d'un auditeur qui la résume : « Qu'il ne fallait pas s'étonner, que le temps présent passerait, qu'il fallait tenir bon, que l'on viendrait au bout de la course, que le prince d'Orange les viendrait délivrer avant qu'il fût six mois y. Faut-il être surpris si dans lénervement, la fatigue, la rage d'une impuissance perpétuelle, quelques-uns des compagnons des prédicants ou les prédicants eux-mêmes poursuivirent leurs pires violences ?
Peu de jours avant que « Monsieur Rencontre » n'arrivât sur l'Aigoual, Vivent avait fait exécuter un ancien proposant dont