lîelalion Sommaire.... p. il
2. C. 191. I)»'-pos. Baudoin. A celto époque Brousson log-ea quelques jours à Caderles dans la maison do Fraissinet.
3. Vers le VJ mai. Ant. Mourjyue S^ Delmas «gentilhomme " du Mas (Saint-Marcel). C 171. Emissaires de ^'ivens.
IMERRE GAUTIER Ml
Brousson ne mentionne le nom qu'avec horreur. Pierre Gautier, originaire de Sommières ou des environs avait étudié à Nîmes, avec Brousson lui-même, et s'était destiné au ministère évimgélique. Au début de 167G il était à Aulas, portant le titre de proposant' ». Au lieu de se mettre au service d'une Eglise, il entra comme précepteur à Aulas même chez M. de Caladon de l'Espinasse. Il était, semble-t-il, à Sommières aux Conversions générales, et il ne paraît pas qu'il ait immédiatement abjuré, car un état des fugitifs de la ville dressé sans doute en 1687 porte son nom et son titre de proposant, ajoutant qu'il n'a point laissé de bien. Le camisai'd Gaubert. qui était d'Arphy (près d'Aulas) prétend qu'il avait fait des assemblées en 1680, et qu'il avait continué quelques années «avec ceux de son temps»-. En JG89, il était encore dans la province, devenu catholique, mais mauvais catholique. Un Mémoire (de janvier) le note à Aulas comme '< un dangereux honmie. Il a été chassé de Sommières ; c'est un débiteur de mauvaises nouvelles » '. En 1690, il prêchait dans les Gévennes. Son nom paraît dans une information relative à une assemblée tenue à Aulas au mois d'août, en même temps que celui de deux autres « prédirants » Roux et Garnier,
Brousson, qui voit toute l'existence de Gautier à travers les dernières trahisons de celui-ci, prétend <c qu'il se faisait de temps en temps mener par les soldats au fort de Saint-Hippolyte conmie un prisonnier pour la religion » alîn d'espionner les autres, et que « bientôt même il se fit donner la permission de faire lui-même des assemblées ». On peut supposer, étant donné ses antécédents, que Gautier, en 1689 ou 1690, reprit la prédication par zèle véritable, qu'il fut emprisonné, puis libéré, et que son élargissement le lit immédiatement sou{)(;onner de duplicité. La nouvelle citadelle, pensait-on, ne pouvait lâcher ses emmurés que lorsqu'ils étaient devenus des délateurs. Louis Manuel déjà n'en était sorti que sous la promesse de livrer un prédicant. Gautier fut sans doute dans le même cas, mais il prit son engagement au sérieux.
Brousson déclara que Ihounne lui était suspect, que Gautier demandait en vain à Vivent et à lui-même conseil et direction ;
1. Sa femme est cnteiTcn le I'" janvier IGTti, son fils Jean l)ai)lis('' le 7 janvier par le pasteur Flory. (l'ap. 2'eissicr).
i. Le placard <le La Trousse (3(1 août 1CS7) porte le nom (i"un Pierre (Jaulier, do Sériguac (entre Quissac et Vie le Fesc). qui est |)robablenient notre proposant.
422 LES PRKDICAXTS PROTESTANTS
qu'ils avaient sujet de se défier de ceux qu'ils ne connaissaient pas à fond. Une conversation de Gautier qu'il surprit dans une maison où celui-ci prétendait le voir, « lui fit reconnaître que c'était un faux frère » et il avertit Vivent.
« Quelque temps après », Gautier était dans la Gardonnenque, à Saint-Geniès. et prêchait devant une petite assemblée à laquelle assistaient « huit à dix hommes avec des manteaux », inconnus aux assistants, « et qui paraissaient être des soldats». 11 se donnait pour un pasteur revenu de la Suisse en vue de s'inloruier de la conduite des prédicants, s'enquérait de la retraite de ceux-ci, chargeait une femme de faire savoir à Brouson qu'un homme de considération entré dans le royaume pour les afi'aires protestantes, souhaitait fort de le voir. Nous regrettons que Brousson ait trouvé trop long de rapporter « toutes les circonstances de cette histoire », qui, dit-il, fit beaucoup de bruit dans le Languedoc. Gautier enfin livra dans les Gévennes « un frère » qui prenait avec lui les eaux du Pomaret. Après cet exploit il fut contraint de lever le masque. « On le vit se mettre à la tète des soldats dans leurs recherches » et il devint le « témoin ordinaire de Bà ville ». qui le payait largement sur les fonds de la régie des biens saisis. Nous allons entendre parler des eaux de Pomaret à l'occasion d'une autre victime des prédicants et, il est possible que Brousson ait commis une confusion '. Gautier, ne figure à notre connaissance, comme témoin ou pseudo-accusé dans aucune pièce judiciaire des dossiers de l'intendance. Il est certain d'autre part, ([u'ayant étéprédicant. il vivait de la vie normale des sujets du roi. Il y avait là une indication suffisante pour justifier la haine de ses anciens compagnons. Ceux-ci l'éprouvèrent. >< Par deux fois on lui dit : Nous serons là, et il fit venir des détachements ».
La fin arriva. Un jour, raconte Brousson, l'ancien proposant, « ayant peur, se jeta dans une rivière entre Le Yigan et Ganges. et se noya ». D'autres témoignages sont plus explicites. Fin février 16î)l, comme il revenait de Montpellier où il avait conféré avec Bàville. Vivent le fil attendre par ses hommes armés « au pied de la côte de Sumène, sur le grand chemin de Ganges au Vigan ». Quand Gautier les vit sortir de la petite maison où ils étaient embusqués, il se jeta dans l'Hérault, pensant pou-
I. Si le l'ait que Brousson rajjporle esl exacl. il tomberait à la fin d'août ou de septembre 1G90. Le j)rédicant livré serait, soit Roux, dont nous avons supposé que Sévcrac expia Tarrestation. soit Garnier (?)qui jjrêche à Aulas avec Roux et Gautier au milieu d'aoùl.
MEUUTUE nu CURÉ VERXKDE 423
voir en traverser le rapide courant. « On lui tira dans l'eau, il culbuta » et fut emporté, a 11 y avait là des femmes de berger qui ayant ouï le coup de fusil demandèrent à ces Messieurs : A qui avez-vous tiré? — A un loup qui passait là, répondirent-ils en riant ». Gay. qui était de Sumène, passait pour avoir été de l'affaire. Il aurait ensuite conduit la bande vers Saint-Roman de Codières et Golognac, marchant toute la nuit'.
Trois mois plus tard, l'aprôs-midi du 19 mai, le vicaire de Saint-Marcel de Foufoulhouse, Vernède, qui revenait de Nant, (Aveyron) avec cinq personnes et son clerc, tombe frappé d'une balle en arrivant au bas de la descente qui mène du sommet de l'Aigoual à Aire de Caute. Trois hommes cachés derrière un rocher paraissent, ayant chacun un fusil, une baïonnette et quatre pistolets à la ceinture. Pendant que deux d'entre eux couchent en joue les compagnons du mort, le troisième, a. un grand garçon à la barbe rousse, les cheveux dans le chapeau » se précipite vers le cheval que l'un de ceux-ci conduit par la bride, et saisit les deux pistolets de la selle. Il les arme et essaie, inutileuient. de les décharger l'un après l'autre sur le corps sans mouvement. Comme il prend alors un des pistolets qu'il porte lui-même : *c Tire-lui à la tète », lui dit un de ses camarades, et c'est ce qu'il fait. « Je t'ai attendu [tenu] ce que je t'avais promis ! », dit un autre au cadavre. Le grand roux coupe avec sa baïonnette les culottes du prêtre à la ceinture et aux jarretières, et l'en dépouille : il enlève également les poches du justaucorps et le sac de selle. Puis tous trois se tournent vers leurs cinq prisonniers. « ces hypocrites qui ont fait sauver le clerc ! » Deux sont d'avis qu'il faut les tuer tous, mais le troisième s'y oppose : «if II y a assez d'un mort! » Sans essayer de poursuivre le jeune garçon qui seul a pu fuir, ils obligent les hommes à remonter sur l'Aigoual, avec des menaces et des imprécations : «. Quand le vicaire aurait passé du coté de Valleraugue il n'aurait pas échappé ! ils voulaient tuer tous les prêtres, ils les hacheraient en morceaux ! Ils s'en prendraient aux plus gros et à tous les Nouveaux Convertis qui leur auraient fait contre. Que le prieur de Saint-Martin de Corconac pi'cnne garde à lui ! » Enhu, lorsque harassés de fatigue et démotion, les gens qu'ils emmènent déclarent ne pas pouvoir aller plus loin, ils ne les relâchent
I. " l)f la côte do Suuièue contn- le mas de Feltroii, puis à Galon, le Villarct, Saint-Romaii et la nKinla^uc au-dessus de Bouzonc. » (G. 172. Dossier (îay et Goiujian). Sur Gautier voir l'ap. CoiirL 17, H, 27'i bis ; Rel. des Men:. |>p. ;5ti-;i'.».
121 LES PRKDUJANTS l'HOTESTAXTS
qu'après leur avoir fait jurer devant Dieu qu'il n y a parmi eux aucun ancien catholique, et disparaissent vers Les Fonds.
Il n'est pas douteux que Pourtul, le suivant de Brousson. n'ait été le grand roux qui tira sur Vernède étendu à terre '. Il fut formellement reconnu, lors de son procès, par trois des témoins de la scène, dont l'un l'avait vu à Saumane avant la Révo(tation. S'ils ne le dénoncèrent pas dans l'information que Daudé vint poursuivre à Saint-Marcel le 18 juin, ce fut évidemment par peur des représailles ". Papus, plus tard, portait les deux pistolets du vicaire, et la menace formulée contre le pi'ieur de Saint-Martin peut être sortie tle la bouche de l'un des Plan, qui le connaissaient'.
Bàville voulut que Vivent ait été l'un des assassins \ Rien ne le prouve formellement. Mais nous savons qu'il approuva le meurtre, s'il ne l'avait commandé. Sappropriant dans leur farouche violence les malédictions de l'Ancien Testament, « il faisait voir par l'Ecriture Sainte », comme dira plus tard Papus, «i qu'on pouvait assassiner, disant des passages qui sont : « // faut ôter les méchants du milieu de vous, et II faut que les méchants soient retranchés d'entre vous, ce que Vivens interprétait qu'il fallait les exterminer. Il disait aussi que si un loup venait pour dévorer le troupeau, il fallait tuer le loup » '.
Les paroles que l'un des meurtriers jeta sur le cadavre laisseraient penser qu'ils avaient poursuivi une vengeance particulière. Il est difficile cependant de ne pas voir dans cette exécution une mesure destinée à favoriser le plan dévoilé dans la Lettre à Schomberg. Les vallées de Saint-Marcel dont le prêtre venait d'être tué, et de Saint-Martin dont le curé était condamné, étaient désignées en effet comme le point de concentration des révoltés cévenols, le jour où par une marche hardie les étrangers seraient venus s'y cantonner.
Mais Brousson, s'il consentait à la guerre, blâmait l'assassinat. « Il est notoire dans la province du Languedoc, disail-il dans sa
1. Voir Bull. LI, 412, un signalement de Pourlal. de 1092, « d'assez grande taille, les cheveux roux frisés et lonjys... la barbe rousse et assez épaisse... »
2. Ce qui subsiste des informations est au dossier Pourtal C. 173. Une lettre des Cévennes dénonça Henri à Bàville.
3. Paul Plan ne répond rien quand on l'accuse du meurtre. C. 172. Dossier Plan.
i. Un quatrième meurtrier « habillé de rou^e avec une veste bleue » ne se montra pas. C'est lui qui avait tué Vernède. car le clerc, en s'enfuyant, le vit rechargrer son fusil.
.•>. Deutér. XXIII, 5 : «Tu racleras le médian t du milieu de toi ».(Lévit. XVIII, 29). C. 17i. Dossier Papus.
COM'LIT EMUE Vn EXT ET HROUSSON 425
dernière Requête au roi, que pendant la vie de Yivens, non seulement [Brousson] n'a eu aucune part à ses violences, mais que, lorsqu'il l'a rencontré dans ses asiles il a condamné sa conduite et lui a fait sur ce point les remontrances les plus vives et les plus fortes qu'on puisse faire en pareille rencontre. » Depuis que renonçant « aux occupations du siècle » Brousson s'était donné à sa tâche de ministre de l'Evangile, l'idéal qu'il se formait de sa vocation l'éloignait de plus en plus des colères dont il était témoin. Les meurtres de Mielguc et du curé de PeyroUes ne l'avaient pas empêché de rejoindre Vivent sur la Lozère et de passer l'hiver avec lui ; le mort de Vernède le révolta. Il était alors sur l'Aigoual, et avec Vivent. Au cours sans doute d'une vive discussion qui suivit l'assassinat, il lui dit « qu'il était un homme de sang. — et qu'il ne devait porter d'autres armes que la Parole de Dieu »'. Tandis que pour se soustraire aux recherches, Vivent prenait la route de Barre des Gévennes d'où il passa en Vivarais ", Brousson redescendit vers Uzès, dans une région où les autres prédicants ne venaient guère, et où il pouvait travailler à son œuvre dans un esprit qui lui convînt. Il est à remarquer cependant qu'il garda Pourtal avec lui'.
Les assassins du vicaire avaient dit à ses compagnons : « Allez dire tout ce que vous avez vu !» — « Regardez-nous, comme nous sommes faits, afin de l'aller dire à Monsieur l'Intendant». La sinistre assurance des justiciers marquait qu'ils étaient prêts à continuer leurs exécutions. Il en est quelques-unes dont nous ne savons presque rien. Nous ignorons tout de l'attentat dirigé contre le curé de Conqueyrac (près de Saint-Hippolyte). De la mort d'un officier de milices nommé Clarapède nous pouvons dire seulement qu'un compagnon de Grevou et de Massai
1. C. 173. Dossier Pourlal. Pourtal qui nie avoir pris part à l'assassinat, donne ces paroles comme antérieures au meurtre. Brousson et Vivent étaient alors vers Les Fonds, Pourtal allait leur chercher des vivres à Campis.
2. C. 171. Emissaires de Vivens. Il coucha lo 25 mai à Barre chez le praticien Rabe, où il s'arrêtait souvent » surtout quand il allait dans le Vivarais, où il allait alors pour fort peu de temps ».
3. La Jeunesse est le seul que nous connaissions pour avoir avec lui visité ces quartiers. Le 10 février, il esta Rousson fcntrc Alais et Saint-.Vmbroix). Kn avril il est revenu à Colog-nac avec son frère et Grevou. Par Saint-Romans de Tousques il alla à Vébron (mai). Kn mai. Roman était au Pont de Montvert. Parlicr. de Saint-André, le lit chercher par i:n homnn- de Saljras. Roman qui se méliail, refusa de descendre. Paul Plan demeura quel{[ue temps sur l'Aigoual. Kn juin (il y a lin an le 3 juin 1692) il y donna la Cène (C 172, Dossier Plan).
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(Labric), Pierre Michel dit La Victoire, du mas de Drigas (?), s'en attribuait Ihonneur, en novembre 1691*.
En revanche, les circonstances qui ont accompagné l'assassinat de Bagars, de Lasalle, nous ont été révélées dans les moindres détails.
Vivent, en juin, n'avait plus de retraites enti'e Valleraugue et Saumane. Par un cardeur du hameau d'Ardaillès (près de Valleraugue) nommé Etienne de Castelviel, arrêté un jour avant le meurtre de Vernède, Bâville connaissait les noms de seize personnes accusées d'avoir donné l'iiospitalité ou fourni des vivres auprédicant'. Lel2aoi\t, vingt-trois hommes étaient prisonniers à la citadelle de Montpellier et parmi eux deux des beaux-fréres de Vivent, Ant. de la Cour, et P. Méjanel. Le troisième, Jacques Méjanel était au fort de Saint-Hippolyte, sa femme et sa sœur au château de Sommières. La sœur de Vivent, Catherine, et son frère Pierre étaient relégués à Narbonne'. Les vallées de Saint- Marcel, de la Rouvière ou de Valleraugue étaient privées des hommes sur lesquels Vivent couiptait le plus.
Mais le vallon de Lasalle n'avait pas encore subi lorage. Après être demeuré un mois dans le Vivarais et les Hautes-Gévennes. Vivent redescendit vers Caderles. Il était suivi de ses fidèles fusiliers auxquels allaient s'ajouter de nouveaux fugitifs que les recherches incessantes jetaient encore dans les bois.
Vers le 10 juillet un jeune homme de 15) ans, Pierre Valdeyron (du mas de la Salle, Valleraugue; ' arrive à Lasalle (f pour travailler, et aller à des assemblées, sachant qu'il y en avait beaucoup de ce côté ». Il entre en service chez Martin, de Rieumal. Le lendemain, Jallaguiéresse vient demander à celui-ci « s'il veut aller où il sait». Martin refuse, alléguant qu'il a un valet qu'il ne connaît pas ; à quoi Valdeyron, qui a compris, répond «de ne se gai'der pour lui ». Martin va donc voir Vivent, le ramène, le fait coucher dans le lit dun dragon qu'il logeait
i. Ce P. Michel était des environs de Lasalle. C. 172. Dép. Avesque. Brucys, (II 240), rappelle la mort du curé de Conqueyrac et celle de Claparède. Ribard. (p. 153), ajoute aux noms précédents celui de Fourcoual de Gourdou (Roquedur).
2. Les interrogatoires des personnes dénoncées forment une liasse intitulée Etat des prisonniers de la Citadelle de Montpellier émissaires de Vivent. C 171. L'un au moins des accusés, Pierre Jean, de Saint-Martial, alla aux galères.
3. Le frère aîné de Vivent, David, arrêté en 1688 comme fugitif, était mort en 1690 à la Tour de Constance.
4. Impliqué sans doute dans les poursuites suscitées par les dénonciations de Castelvieil. Le récit qui suit est emprunté essentiellement à une déposition de Valdeyron de février 1692. C. 172.