‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 252 sur 284 · I. La ilemièrc phrase semble avoir été ajoutée après couj · texte numérisé non relu

I. La ilemièrc phrase semble avoir été ajoutée après couj

■2. Sermon de Sainle-Céiie suri Corinlh., X, 13,17: «9 sept. [1091] bois de Justan près d'Aubessar^^ues [Aubussarg-ues])'. C. 191.

410 LES l'RKOICAMS PROTESTANTS

à Lasalle. Pendant que Vivent demeurait à la cerclière d'Olivet, il s'abrita, lui, au mas de Soulaj^es, de l'autre côté du vallon, à quelques centaines de mètres.

Cinq mille livres étaient déjà promises par l'intendant à qui livrerait lun d'eux, vif ou mort'. Il y avait à Lasalle la compagnie de dragons du S"^ de Miroul (régiment de Morsan), et de plus une compagnie de bourgeoisie dont le lieutenant était le propre neveu du consul assassiné au Mercou. Mais la délivrance passait pour imminente. La femme du S' de Montredon affirmait à ses amies de Lasalle que « dans moins de quinze jours le prince d'Orange viendrait souper à Montpellier ». Vivent annonçait que le ministre Cabrit était revenu dans les Gévennes pour prêcher et qu'on en enverrait bien d'autres'. Presque tous les prédicants, avec Vivent et Brousson, s'étaient massés dans le même quartier : Lapierre et La Victoire étaient à Valestalières ; les Plan à Saint-Hippolyte; La Jeunesse et son frère, en même temps que Dauphiné, Grevou, Massai dit Labricetun nouveau fugitif David ïeyssonnière (du mas des Vernèdes, Gros, âgé de 19 ans), avaient quitté Roquedur pour revenir en deux bandes à Monoblet.

Vivent avait convoqué (vers le 25 septembre) une grande assemblée à Fossemale, quand un homme de La Terrisse (près de Palherols). Séverac, vint le chercher pour le conduire vers Le Vigan. Le prédicant était pressé de savoir s'il aurait la poudre promise, mais il renvoya cependant son départ après la célébration du culte annoncé.

L'assemblée, « la plus nombreuse qu'on eût vue encore à Lasalle », réunit, dit Anne Baudoin qui y assistait avec Louison de Bringuier (de Gornélis ), «treize cents personnes qui furent comptées » ^ Les gens de liasalle qui vinrent par bandes, saisirent sur la route un homme suspect, le lièrent et l'amenèrent avec

1. Le placard du 26 iiov. 1691 (Bull. XLIV, .Vl') proinol « derechef » la raêiiic somme.

2. Il y eut à la Révocation deux frères de ce nom, pasteurs tous deux près d'Anduze, l'un Théodore à Lédip:nan, l'auln; Jacques a Lézan. \ oit Bull. XXXV, rautobiographic d'un fils du dernier.

3. Anne Baudoin et son amie trouvèrent au mas de Simonet, chez Soubeyran, en venant à l'assemblée, deux hommes de la troupe de Vivent armés de pistolets et de baïonnettes, mais sans leurs fusils. qu'ils avaient laissés sur le li(;u fixé pour le culte, pour servir aux sentinelles. L'un deux, Soubeiraii, de Milherines, raconta aux jeunes filles qu'il avait été pris cinq ou six fois, qu'il avait été enfermé dans la Tour de Constance, mais « qu'ayant Tiié ce dont ou l'accusait, il s était tiré de partout ».

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eux. Vivent prêcha, pria pour Lapierre malade à Valestalière, et après lui La Jeunesse qui était là avec sa troupe, prononça un second sermon. Un enfant fut baptisé, plusieurs assistants abjurèrent publiquement le catholicisme et furent admis à la Cène qui suivit. Au retour, un j>roupe de femmes et de jeunes filles qui rentraient à Saint-Hippolyte, furent arrêtées, puis relâchées, (c On était las de faire des prisonniers, c'était une bonne marque » déclarèrent les (Cévenols. Ils crurent que les temps revenaient de la liberté du culte.

Après l'assemblée de Fossemale. le S' de Montredon conduisit Vivent chez lui. La 0""= de RouveiroUis, belle-so'ur de sa fennne, qui y était malade depuis quelques jours, appela près de son lit le prédicant, et « changea de religion entre ses mains ». C'est du moins ce que dit Valdeyron. Anne Baudoin tenait au contraire de la demoiselle elle-uième, que c'était Brousson qui avait reçu son abjuration. r>a vérité est que les deux prédicants entrèi-ent dans la maison et prièrent auprès de la malade, qui n'avait voulu les voir que pour abandonner devant eux tout ce qu'elle avait jamais eu de catholicisme '.

Pendant ce temps, La Jeunesse et Dauphiné (Colognac), pa.ssés avec leurs hommes du côté de Gros, étaient surpris en plein jour par deux soldats de la garnison de Saint-IIippolyte qui maraudaient dans les vignes du hameau de Boulségure (d'où était originaire Dauphiné). Les dragons se trouvèrent tout d'un coup, dans un valat au-dessous du mas de l'Kuze, en face de quatre hommes qui se reposaient. A côté d'eux plusieurs havresacs et des gibecières pleines de livres, de poudre et de balles : sur une motte de terre six fusils et des pistolets. Les quatre houimes sautent sur leurs armes et marchent vers les deux soldats. Ceux-ci. interrogés, déclarent qu'ils sont de la Compagnie de Leyrac, régiment du Piémont'. Heureusement pour eux, car ils sont informés que s'ils étaient soldats de Villevieille ils n'en réchapperaient pas. Les prédicants forcent

1. La D"« de RouveiroUis née (rKscot. i-lail de Saiiil-Jcaii. Kilo lialtitail Saliins. C'est à elle que Vivent avait refusé de donner la Cène en janvier 168(i au pré de Mont vaillant. La maison de Montredon était voisine de Soulages.

•2. L'un des soldats, coniroulé trois mois après avec Jean Gazan el la Violette (Teyssonniéres) les reconnut tous tleux. La Violette portait le ceint lU'on blanc pris à Gervais lors du meurt i-e de Bagars.

LES PRKDICAXTS PROTESTANTS

alors les dragons à s'asseoir, les font manger et boire avec eux, et les gardent jusqu'à la nuit'.

Quelques jours plus tard, les troupes de La Jeunesse et de Dauphiné partaient des Fourniels (Gros) pour se rendre à une assemblée convoquée par Brousson aux Sognes, le soir du 1" octobre, qui dépassa encore en éclat celle de Fossemale. L'asile de Brousson à Lasalle avait été cette fois le château de Cornélis, où Louison de Bringuier, en labsence de sa mère, avait consenti à le recevoir, sur la demande de Martin de Rieumal. Les prédicants. heureux de voir à leurs cultes les enfants des familles qui « faisaient figure » à Lasalle, eurent l'ambition d'y attirer le lieutenant de bourgeoisie Louis de Bagars. Par l'intermédiaire de la mère nourrice d'Anne Baudoin, ils chargèrent celle-ci et la jeune de Bringuier de sonder le neveu de leur victime, Anne Baudoin sétonna dune telle proposition, mais Louison de Bringuier. à qui Bagars avait raconté sans colère la rencontre que ses amis avaient faite dans le bois de Pomaret, se porta garante, au contraire, de ses bons sentiments. Elle savait par lui le changement qiii s'était produit dans la famille depuis la mort du pasteur apostat.

Anne Baudoin osa donc avertir le jeune homme de l'assemblée des Sognes, et celui-ci consentit à la suivre. Louison do Bringuier partit de Cornélis avec Brousson, et l'informa en chemin, ingénument, de la venue de ce nouvel auditeur. Brousson blâma l'imprudente de ne l'avoir pas consulté, et lui dit en souriant : « On voit bien que vous êtes jeune ! » A la métairie de Vielles, ils cherchèrent Bagars, mais il avait marché plus loin. Ce fut à une claie de M. de Calviac qu'Anne Baudoin entendit qu'on s'informait de lui. << parce que Monsieur voulait lui parler ». Brousson prit à part le jeune homme, et dans une longue conversation, trouva de tels accents pour lui peindre la triste fin de son oncle et les jugements de Dieu, qu'il lui arracha des sanglots. Puis tous deux marchèrent ensemble vers les Sognes.

La foule était si nombreuse (1,300 personnes, dit Anne Baudoin) qu'il avait été impossible de se réunir dans la métairie. Brousson prêcha donc en plein air « dans un fond » assez éloigné de la maison. Rarement autant de prédicants s'étaient

1. Deux compajinoiis qui dormaient i)lus haut sous les arbres ne jugèrent pas prudent de s'approcher des soldats. La Jeunesse, Grevou et un de leurs hommes étaient pendant ce temps dans une maison de Boulscgure.

ASSBMBLKB DE imOLSSON AUX SOGNES H'.i

trouvés au même culte : La Jeunesse, Dauphiné, Lapierre, Lapoi'te, Massai et les Plan. Le sermon de Brousson avait été déjà prêché par lui près d'Uzès avant qu'il ne remontât à Lasalle. Le texte en était emprunté à Saint-Paul (I Corinthiens. X, KJ, 17) : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n est-elle pas la communion du sang- de Christ, et le pain que nous rompons n'est-il pas la communion du corps de Christ, puisque nous, qui sommes plusieurs, sommes un seul pain et un seul corps, car nous sommes tous partiel pans d'un même pain ». Cette prédication s'achève sur un réquisitoire violent contre les superstitions el Tidolàtrie catholiques qui éclatent dans la doctrine de la présence réelle. Dans toute sa première partie, elle ne contient qu'une longue et ininutieuse discussion, qui noflre plus pour le lecteur d'aujourd'hui qu'un intérêt médiocre. Mais (juel homme que celui dont la tête est mise à prix et qui écrit avec un pareil détachement de lui-même !

L'exhortation terminée (elle n'avait pas duré moins d'une heure et demie), BroUssou adressa un discours spécial au jeune Bagars, qu'il avait l'ait placer à côté de lui, « sur son heureux retour r>. Massai prononça une longue prière. Brousson donna la Cène et l'eçut plusieurs abjurations, après (juoi, comme l'usage s'en était établi, la quête fut faite dans l'auditoire par quatre hommes, dont Grail. Bocher et [Martin, déjà désignés l'hiver précédent comme des « anciens » de l'Eglise. La présence de Bagars avait si bien marqué dans l'esprit des assistants les souvenirs de cette nuit. qu'Anne Baudoin se rappelait, six semaines après, y avoir chanté les Psaumes o, 2o, i27 et .'il (c'était l'habitude de Brousson d'indiquer à la lin de ses cultes solennels le Psaume 51, dont il demandait aux iidèles de faire entendre à genoux les paroles d'humiliation).

Le sermon prêché aux Sognes nous a été conservé dans sa minute originale, avec les corrections que l'auteur y avait ajoutées, quelques-unes peut-être dans la maison de Cornélis où presque toutes ses journées se passèrent à lire et à écrire '.

Vivent était demeuré à Montredon pendant l'assemblée. Le soir même, ou le lendemain, il partit enfin pour le Vigan, et pour ce voyage prit des précautions particulières, ajoutant à sa troupe, formée de La Bouvière, de Yaldeyron et de La Bonté,

1. Sermon 19 (le la Manne Mystique. Le iiiaiiuscril (Dossior Brousson. C. 191) porte au bas : «i" octobre [l<)91] l.a Salle, etc.».

LES l'UEUICANTS rUOTE-STANT»

deux jeunes gens de Lasalle. Abraham Dùcros, dit Chrétien', et Antoine Gavanon, qui se fit appeler La Vérune'.

Les six hommes, avec Séverac, de la Terrisse, partirent à la nuit pour le vallon de Gros, s'y reposant le lendemain au paillier du mas de Rouveyrac où Gay et Dauphiné, qui arrivaient desSognes, se joignirent à eux. Gavanon eut le bonheur d'échanger là le mauvais fusil qu'il avait emporté de Lasalle contre un meilleur que lui donna son hôte Alibert, et tous goûtèrent la joie de voir disparaître sans s'arrêter un détachement de dragons de Saint-Hippolyte qui passa devant la maison. Gay et Dauphiné, qui étaient l'un de Sumène et l'autre de Gros, conduisirent leurs sept compagnons, la nuit suivante, jusqu'au mas de Malplach (au nord de Sumène). Le rentier ne voulut pas tout d'abord les recevoir, mais, dit Valdeyron, « y étant forcé », il ouvrit enfin sa porte.

Le soir venu, nouveau départ. La Bonté à qui la région était familière, avait déjà pris les devants avec Séverac. On ne trouve personne de sa part à Pont d'Hérault, mais on le rencontre luimême près du Rey '. Il fait passer la troupe au-dessous du château, et la mène à la Terrisse, où Séverac a promis retraite. Séverac s'excuse : il y a chez lui un laboureur étranger, on y fait la lessive avec l'aide des voisines, il faudra chercher un refuge un peu plus haut, au mas des Plantiers. Mais c'est encore dans la grange à paille que les frères Garnier reçoivent ces hôtes compromettants, à cause, disent-ils, « delà fiancéedu cadet ». Les prédicants demeurèrent là trois jours ' et n'eurent pas besoin d'aller plus loin, Etienne Arnal, de Blanquièg (près de Palherols, entre la Terrisse et Le Vigan) étant venu voir Vivent, et lui apporter un échantillon de la poudre, qu'un sien parent, qui était du côté du Houergue, avait faite pour lui. Il

i. Ahi'aliiiin avait un fréro plus Agv, Guillaume. Tous deux comme leur [k-it, Ducros dit Chouré. étaient depuis lougleuips grands coureurs d'assemblées.

2. Antoine, lils du «Cadet Gavanon». Il connaissait Vivent depuis avant 1685. Il est inscrit au placard de La Trousse. Lu famille était originaire de Colognac (La Vérune est une terme de Colognac). En Ifilti le père était aux Bousquets (Soudor^ues) rentier de la métairie du Sr Cabanis, de Lasalle. Gavanon avait été déjà arrêté deux l'ois, d'abord au Pont Saint-Esprit, d'où il lut conduit à Nîmes, puisa Valleraugue. Nous ne savons rien de cette double aventure. Pap. Court, 17, B, 7'.).

3. Capiou a probablement habité La Terrisse. Jean Capieu, dit Séguibas, son oncle, en était. Séverac avait envoyé ce dernier au-devant des prédicants, mais il s'était arrêté au Rey « chez sa maîtresse ».

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