‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 254 sur 284 · Daudé fui assassiné i-n ITO'i par les ("amisards · texte numérisé non relu

Daudé fui assassiné i-n ITO'i par les ("amisards

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De la claie, la troupe monta plus haut et s'établit dans une vigne. La Bonté, malade, alla se faire saigner à Ganges, en même temps que Daupliiné y achetait une cpée et un justaucorps de soldat.

Après une nouvelle assemblée au valat de Balquines. audessous de la place où Bringuier, en 1687, avait vu son auditoire surpris par les dragons du capitaine Boisvert, Vivent demeura encore quelques jours à Roquedur. et envoya Gavanon, Ducros et Daupliiné à Lasalle pour avoir des nouvelles '. Lui-même revint vers Pailherols et convoqua au valat de Bauquiès, sous Endevielhe, un culte où assistèrent, avec soixante ou quatre-vingts personnes de Roquedur ou de Mandagout. Puechmary et Liron, qui lui apportèrent une livre de poudre et quelques pierres à fusil.

Enfin Vivent se décide à retourner vers Lasalle. Sur une monture que Flavier, hôte du Cheval vert, au Vigan, a mise à sa disposition, et quil lui a fait amener par les deux dragons, le prédicant prend cette fois le chemin royal, passe au milieu de la nuit à Ganges, trouve, au sortir de la ville, des amis qui lui ont apporté du vin, descend de cheval et va. avec les sept compagnons qui l'ont fidèlement suivi, s'abriter au mas de Bouisset (entre Ganges et Saint-Hippolyte), qui est inhabité. Gay et Daupliiné poursuivent jusqu'au mas de la Cisterne qui est tout près, pour avertir de leur présence, et demander des vivres. On leur en donne sans dilliculté, en leur apprenant que Lapierre a trouvé là d'autres fois une cordiale hospitalité. La nuit venue, pour éviter Saint-Hippolyte et les soldats du fort, la troupe remonte le ruisseau de la Cadière, et par le Moulin d'Espaze, arrive au mas de Faventine qui l'abrite quelques heures ; puis elle poursuit jusqu'au Pontel, chez Roques, à deux pas de Valestalières, où elle s'arrête enfin.

Pendant les vingt-cinq jours du voyage de Mvent, l'activité des prédicants dans la région où il revenait ne s'était pas ralentie. Ils semblaient assurés de l'impunité, et cependant Broglie lui-même était venu à Lasalle en octobre pour y inspecter la compagnie de milices.

A l'assemblée des Sognes, Brousson avait donné à Louis de

1. tiavaiioii revint au bout <lo deux jours, ayaul assiste-, avec Ducros et l)auphiuc, à une assemblée de La Jeunesse à Fossemale (21 octobre) (voir plus loin) dont la date avait été sans doute Kxée avant le départ de Vivent. (C. 17:2. Dépos, (iavaiion [Dossier Gavanon] qui complète sur ce point la <l('-p(.)silion de Vableyrou et celle d'Abraham Ducros, (>. 172).

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Bagars quelques-uns des manuscrits de ses sermons ; c'était sa méthode ordinaire à l'égard des àines qui lui semblaient bien disposées. Il lui en fit parvenir le lendemain deux autres par Louison de Bringuier. Le jeune homme remit les cahiers à son père et celui-ci, à son tour, les montra à M. de Broglie, prétendant les avoir trouvés sous une pierre à la porte de son jardin. Le fils du baillif s'excusa ensuite de son imprudence auprès d'Anne Baudoin, en alléguant que « c'était pour faire voir la beauté des sermons ». Le prêtre de Lasalle, Sarrazin, les vit aussi, et dit à la jeune fille « qu'il y avait reconnu le caractère [l'écriture] de Brousson, avec lequel il avait étudié ».

Comment le mystère pouvait-il être gardé ? Les prédicants venaient maintenant loger dans le bourg. Gay et La Verdure (Grevou) passèrent à Lasalle en plein jour. Jallaguiéresse ouvrit à Vivent, à La Jeunesse et à leurs amis, les chambres dune maison dont elle avait la garde ' ; les femmes de la Gravière (le quartier bourgeois de Lasalle) « gardèrent les prédicants » deux ou trois jours. Les deux fils de Ducros hébergèrent La Jeunesse ; le tailleur Grail l'habilla ; Jean ïeyssonnière logea Massai ; le cardeur Dalgues et Gervais reçurent Grevou ; des femmes quêtaient régulièrement pour les prédicateurs.

Le 21 octobre, à la tombée de la nuit, Anne Baudoin, revenant de la promenade, vit La Jeunesse sortir de Lasalle accompagné de quelques hommes, qui se rendait à une assemblée convoquée par lui à la Cam de .Monoblet, au delà de Fossemale. Louis de Bagars, avec plusieurs jeunes gens de ses amis, alla écouter le prédicant et traita de poltrons ceux qui, pour ne pas s'attirer d'alfaires, avaient refusé de le suivre '. La Jeunesse prêcha, donna la Cène, reçut sept abjurations. Labric (Massai) prononça une prière. Dauphiné, Gavanon, Ducros (venus du Vigan) étaient là avec les Plan. Bagars s'approcha de La Jeunesse, causa avec lui, et comme celui-ci devait retourner à Lasalle, il l'engagea, sans éclat, à entrer dans la maison de son père, où il lui donna collation. Il fit plus. La Jeunesse lui ayant écrit peu de temps après pour lui demander des armes, Bagars lui envoya quelques pistolets, deux épées et de la poudre, qui provenaient de la dernière distribution faite à ses soldats lors du passage de Broglie. Aussi le prédicant disait-il que

i. La iuaisi>n de Laure de Baudoin, voiivc du miuistrc François Guizard.

2. Une dunioisi'lle déclaiail plus tard avoir assiste à l'assemblée « sur le bruit comniiin qui- tous les hahilanls de I.asalle y allaient ».

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Bagars a était leur bon ami, et qu'il so mettrait peut-être avec Vivent »'.

Brousson n'avait pas lieu d'être moins satisfait. Le S"" de Cornélis, François de Bringuier, lieutenant de cavalerie dans le régiment de Mérenville, étant mort à l'armée, sa veuve, qui savait le séjour que le prédicant venait de faire dans sa maison, consentit à le recevoir elle-même pour écouter ses consolations chrétiennes. Il était auprès d'elle, et se contenta de passer dans une chambre voisine, quand le prêtre Sarrazin, vint aussi apporter ses condoléances. Brousson monta ensuite à Caderles, et le 21 octobre, le jour où La Jeunesse parlait à Fossemale, il prêcha du côté de Brion (métairie de Soulier) de vaut les Demoiselles de Rouville (de Rouville, près de Saint-Jean)-.

A leur tour, à la lin du mois, Lapierre et Laporte, absents de Lasalle depuis l'assemblée des Sogiies (l^"" oct.) vinrent s'y réfugier à nouveau pour échapper à des recherches qui suivirent une nouvelle tentative de meurtre.

Les deux prédicants, avec Saint-Paul (Masbernard). La Victoire et Compan (dit Villeméjeanne) avaient célébré quelques cultes à Vallaurie (entre Mialet et Courbés). Ils apprirent, à Générargues (près d' Anduze) que le S' Antoine Brès de Larboux, capitaine de bourgeoisie dans le régiment d'Alais, était dans sa maison de Valmalle (Soustelle). Saint-Paul, originaire de ces quartiers, nourrissait contre l'olîicier des rancunes personnelles. Il jugea l'occasion belle de se défaire d'un ennemi particulier, en même temps que d'exécuter un persécuteur.

Il part pour Saint-Paul la Coste avec La Victoire (Etienne Bon), un fugitif nommé Gibert, et un jeune homme de Générargues, Teissier. La mère de Saint-Paul, au Villaret, les garde tout le jour chez elle. Le soir, Saint-Paul et Gibert vont éveiller, de l'autre coté de la vallée du Galeison, à Peyraube, un de leurs amis fidèles. Comte, et le prient de leur amener le Aalet du capitaine, Guillaume Soulages. Dès les premières ouvertures, celui-ci déclare sans hésiter a qu'il souhaiterait que son maître fût mort depuis longtemps ». Saint-Paul et La Victoire avec leurs propres armes, Teissier avec le fusil que Laporte lui a

1. La Jeuiii'sse ayant convoqui- vers la fin (roclobre une aiilro assemblée au boni de la ccrclière de Falgiiej-rollcs, y vit un curieux de Lasalle que Jallaguiércsse avait réussi à entraîner avec elle, en lui disant : .< Xous pouvons y aller sans crainte, le fils aîné de M. de Bagars, qui va aux assemblées depuis longtemps, y sera. »

2. Il descendit ensuite prendre un repas chez Viala, aux Horts. avec Labric, et alla coucher au Moyna (Soudorgues).

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prêté pour l'entreprise, s embusquent donc, le 21 octobre au soir, à la porte du inas de Valmalle. Le valet trouve un prétexte pour obliger son maître à sortir, il donne un signal, et le capitaine reçoit deux balles dans la jambe. Saint-Paul, furieux de l'avoir seulement blessé, crie qu'il faut l'achever, et que «quand il aurait trois Compagnies on le viendraitbriiler dans sa maison ! »

Quelques jours après ce nouvel exploit, la troupe, avons-nous dit, était de retour à Lasalle. Après Vivent, Brousson et La Jeunesse, Lapierre eut à cœur, lui aussi, de parler devant les auditoires exceptionnels que seul fournissait aux prédicants le vallon où il était né. Il convoqua pour le 29 octobre, à la Cani de Mouoblet encore, un culte auquel Vivent (alorsà Valestalières, de retour du Vigan) fit dire qu'il assisterait. Annoncé par les hommes de Vivent, par ceux de Laporte et de Lapierre, la réunion se trouva «la plus nombreuse qui se fût encore faite». Le S"" Gahours, le maître de la métairie de la Gam, y fut traîné de torce, « parce qu'on était assemblé sous un chêne près de sa maison». Vivent pai'la le premier, Lapierre après lui, et la Cène fut distribuée. Les auditeurs étaient accourus non seulement de Lasalle, de Monoblet et de Colognac, mais même de Durfort et de Saint-Hippolyte.

Un si grand nombre d'assemblées, réunissant tant de lidèles, une telle assurance et aussi une telle impunité, étaient de nature à gagner les âmes les plus rebelles. La Jeunesse pouvait dire avec orgueil que Vivent (il oubliait Brousson) « avait converti tout Lasalle ».

Le bruit de ces succès se répandit dans les Cévennes, éveillant un écho joyeux. Roman, demeuré tout l'été aux environs de Saint- André de Vallorgue, attendait une occasion de descendre vers Nîmes. Au début de novembre il écrivit à Anne Baudoin (qu'il n'avait pas vue depuis 1G89) qu'il allait quitter la montagne, et qu'il la viendrait visiter en passant. La femme du marchand Soulier, de Lasalle, curieuse de voir un nouveau prédicant, attendait son arrivée pour monter à Caderles faire abjuration entre ses mains. Mais les chants de triomphe étaient vains. Quelques jours plus tard les temps mauvais étaient revenus'.

1. Taudis que personne ne semble se préoccuper des assemblées de Lasalle, Bàville le 18 octobre liquide plusieurs allaires anciennes en envoyant aux galères Jacques Duport arrêté depuis le 10 lévrier, et par contumace deux femmes et huit hommes des Cévennes dont les deux Chaberl de Monlselgues, fugitifs depuis rassemblée de TEspinaz. C. 171. (v. Ribard, p. H'i'i, lire Frantjois Bertrand de Sibilières).

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