‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 26 sur 284 · Hist. du Languedoc, XIII, p. îiGO · texte numérisé non relu

Hist. du Languedoc, XIII, p. îiGO

4. Cité par [Gaultier de J. BlancardJ. Recueil de plusieurs Edils ei Déclarations. . . p. ccxLvn.

CARACTICRE DE LA DUAGOXXAUE 39

allégua à des prisonniers pour la foi qu'il poussait k suivre son propre exemple : il y a des moments où la mauvaise religion persécute la bonne. Ainsi le plus fort l'emporte, et comme dit le proverbe patois : Au plus fort la peille /' »

Il sullit d'examiner un registre curial de cette époque pour y suivre les progrès delà dragonnade. A Tiasalle, par exemple, on ne note, en IG80, que o abjurations jus([u'au 27 septembre. Dès le commencement du voyage qu'entreprend Bàville, le spectacle change. Du 27 septembre au 1) octobre, on constate quelques abjurations individuelles, provoquées par la considération de ce qui se passe à Montpellier, à Sommicres, à Nîmes. A mesure que l'intendant s'avance, leur nombre augmente : 4 le 11 octobre, 0 le 12, 7 le 13, 39 le 14. Le curé Carrier ne prend plus la peine d'inscrire le nom des témoins catholiques qui assistent les réformés. Le 15 enfin, 205 d'entre eux se présentent dans l'église. Les noms se pressent ; le prêtre les transcrit par groupes de o, de 10, de 20 même, sur les feuillets de son registre. Il ne daigne consacrer un acte isolé qu'à Noble Ch. des Hours, seigneur de Calviac, un des habitants les plus considérables de la paroisse. 109 personnes se convertissent le lendemain, et les abjurations continuent les jours suivants-. Bref, un recensement fait par les catholiques après le 16 aoiit IG80 relevait encore à Lasalle l,37o réformés. Le 31 décembre Carrier avait enregistré 800 abjurations.

En ces lamentables jours il a couru sur toute la contrée une épouvante qui a tout emporté et tout souillé. Si la dragonnade n'a pas revêtu dans les Cévennes et le Bas-Languedoc le caractère atroce et sanguinaire qu'elle eut dans le Poitou ou dans la la Guyenne, le fait tient à ce que les soldats eurent aO'aire k des malheureux terrorisés déjà par les souffrances de leurs frères et qui s'effondrèrent k la simple menace. La conversion de Nîmes s'est faite « sans qu'on logeât les troupes chez les gens de la religion », écrit Bàville. « Il n'y a pas eu de logements chez les religionnairesque par l'étape)), dit Noailles.

1. lliill. \, !\">i. Le proverbe se dit encore dans les Cévennes : Au pus fort la peyo ! Au plus fort la pièce d'étoH'e. 11 y a là sans doute une allusion aux luîtes foraines où le prix ollert au vainqueur consistait généralement en une ceinture ou une écharpe.

2. Le nombre des abjurations tléchit l'ortemenl entre le 2j octobre et le 2(t novembre. Du 21 novembre au 5 décembre elles reprennent. Il y eut évidemment à cette époque une nouvelle dragonnade pour presser les hésitants. Cette fois, (22 nov.) N. François de Bringuier S'^ de Cornély eut les honneurs d"uii acte d'abjuration isolé.

Et ailleurs : f(. Je ne sais plus que faire des troupes parce que les lieux auxquels je les destinais se convertissent tous généralement, et cela va si vite que tout ce qu'elles peuvent faire est de coucher une nuit dans les lieux oii je les envoie. » Et ailleurs encore : « Les choses se passent avec toute la sagesse et la discipline possibles, et les troupes vivent, comme elles marchent sur une route du royaume. »

Mais ici Xoailles mentait, pour faire sa cour. Quand les soldats sentirent la moindre résistance, et que Tordre leur fut donné de rédaire les derniers obstinés, ils remplirent exactement leur oliice. Les réformés de Sommières, dit une délibération ollicielle. ont été tout « au pillage « le jour du 29 septembre. Les quatre compagnies de LaFère entrées à Bernis n'en délogent qu'après avoir, au témoignage du curé, « fait quelques dégâts chez quelques particuliers opiniâtres ». Le logement des gens de guerre pendant deux jours « a ruiué presque tous les habitants de Gallargues ». A Ximes, deux logements de cent hommes chacun sont imposés par Xoailles à deux obstinés. En juillet déjà, un dragon logé à Aulas brise d'un revers de main entre les dents de son hôte, le verre où celui-ci est en train de boire. Un autre, adresse une injure obscène à une jeune fille assise sur le pas de sa porte. Elle répond qu'elle est fille d'honneur, et se plaindra à l'ofiicier. Le soldat, « d'un grand coup de pied sur le visage », la jette à terre évanouie et ensanglantée '. Ceci se passait avant les dragonnades véritables. Que pouvait-on attendre de ces brutes joviales une fois abandonnées à leurs caprices. A Colognac (13 octobre) les dragons de Fimarcon tuent d'un coup de fusil un homme qui ne veut pas se catholiciser. A Gros ils coupent (cassent) le bras à un récalcitrant. Deux jours après ils en tuent un autre". A Alais (G novembre) le sieur Dautheville, furieux de ce que la ville ne lui paie plus la solde de ses dragons, donne l'ordre à ceux-ci « de frapper à coups de sabre tous les habitants quand ils se trouveront assemblés, fùl-ce au nombre de trois personnes », et un marchand est mortellement blessé ^ A Gastagnols (20 octobrej les soldats délo-

1. Dclib. d'Aulas H juillet 1685. Le 18 janvier 1683, le roi commettait Dajruesseau pour l'aire le procès à Etienne et Jean Sollier frères, Jean et Etienne Salles frères et autres du lieu de Easalle, qui ayant rencontré les nommés Chàtcauneuf, La Fontaine et Jassemin, soldats du régiment de La Fere en quartier audit Lassalle les avaient excédés de plusieurs coups de sabres et de bâtons. (C. 159). Quels excès expiaient ces drag-ons ?

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