‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 261 sur 284 · SURPRISE DU MAS DE MONTREDON · texte numérisé non relu

SURPRISE DU MAS DE MONTREDON

vingt bouches à feu. Le soir, La Jeunesse prêche dans une jasse, près du Folaquier. La troupe descend ensuite chez Pierre Ramond au Pontniarès, où elle soupe, puis repart coucher vers l'Ayrole. Le lendemain soir (15 décembre), nouvelle assemblée au « fenial » (grenier à foin) de M. de la Palhole. Parlier, désolé d'une absence du médecin Pascal, traître comme lui, et voulant au moins garder jusqu'au retour de celui-ci le contact avec les fugitifs, leur fait apporter dans la journée du vin et de la viande, et mange avec eux. Après l'assemblée il les revoit chez Ramond. Espaze, malade', qui était resté étendu dans le foin pendant le prêche, est porté dans la maison par ses compagnons, et, n'en pouvant plus, se couche, en arrivant, «le ventre sur la table » ; Ramond veut d'abord le renvoyer chez une de ses voisines, qui refuse de le recevoir, et il consent enfin à à lui donner un lit au plus haut de son logis.

Il était convenu que les prédicants devaient ie lendemain soir (dimanche 16 décembre) partir pour Yébron. C'est là que Parlier se proposait de les faire prendre ; mais il fut distancé. Le jour même, aux Vêpres, François Mazauric, de Montredon, qui venait d'apprendre la présence des suspects dans son quartier, avertit le consul Roquette. Il indiqua la maison de sa propre sœur « qu'il savait ne pas aller à la messe et ne faire pas son devoir », pour être probablement celle oii le malade était soigné, et dénonça également comme fort suspect, à Montredon, Jean Rauquier, parent des Plan. Le soir, le consul, avec trente hommes du régiment de Lanta ■ et le lieutenant Bertrand (de la Compagnie de Cordes) sortent de Saint- André. La moitié des soldats est dirigée sur Pontmarès et dans la maison de Ramond arrête Espaze dans son lit. Les autres montent à Montredon et investissent la maison de Rauquier.

Le Consul ouvre la porte. Il n'a pas plus tôt regardé dans la chand^re qu'il épaule son fusil contre deux des « coquins » qu'il cherchait. Les deux hommes le mettent en joue à leur tour. Mais ils abaissent leurs armes sur la sommation du lieutenant qui survient avec les soldats, et qui les empoigne aux cheveux. Les femmes éteignent les lampes. L'oflicier qui lutte dans l'ombre avec ses deux prisonniers en passe un à ses dragons. L'autre l'accule contre un coffre et le saisit si rudement

1. Il avait plu deux jours avant, et les prédicaiils étaient ;u'rivés u tout mouillés » chez Périer, à .Montredon.

2. Ou Linta, le S' de Saint-Amans, lieuleuant-eolonel.conmiandait à Saint-André.

4G0 LES PRKDICANTS PROTESTANTS

au bas-ventre que le lieutenant le fait abattre d'un coup de pistolet. Après quoi il empêche les soldats d'achever le premier qu'ils ont frappé déjà de leurs baïonnettes. Le blessé était Teyssonnière, le mort Grevou.

Dans le paillier qui touchait la maison, Jean Gazan couché tout vêtu est pris à son tour. On trouve à côté de lui quatre havresacs « où il y avait deux Bibles, quantité de balles et de poudre et plusieurs sermons tant imprimés que manuscrits ». C'était le bagage de Grevou et de La Jeunesse (David Gazan), et celui aussi des Plan, qui devaient dans la nuit venir retrouver leurs frères chez Rauquier. Lagarde et La Jeunesse avaient sauté par la fenêtre pendant la bagarre.

Teyssonnière, Jean Gazan, Espaze, Ramond, un voisin, Henri Perler, en même temps que cinq femmes ou filles saisies avec lesprédicants, furent conduits à Saint-Hippolyte, où Daudé interrompit (18-22 décembre) les procédures de Lasalle pour s'occuper de cette nouvelle affaire. Le cadavre de Grevou transporté également à Saint-Hippolyte fut exposé dans l'hôpital. Les prisonniers avaient d'abord refusé de révéler son nom. et Daudé voulait savoir quel était le prédicant que les soldats avaient enfin forcé à se taire'.

l. D'après Gaubert (Pap. Court, 17. B, 'iTV bis) on ivmplil de loin le corps de Grevou. C'était un sciuhlanl d'enibauraemeiit. Les N. C. de Saint-André, furieux contre leur consul, tentèrent de ruiner son autorité : Bàville dut intervenir (3 lévrier 1692). A Saint-Hippolyte, le valet de consuls'Gervais, de Lasalle, mis en présence «les prisonniers et du cadavre de Grevou, crut reconnaître dans Grevou et dans Teyssonnière deux des meurtriers de Bapirs. Nous sommes convaincu qu"il commit une erreur (voir Jinll. LIX, 307). Le dossier de lafl'aire de Montredon, avec quelques-uns des sermons trouvés dans les havresacs, est conservé C. 171, Nous parli;rons ailleurs des sermons. La maison de Rauquier tut rasée.

Page 1