LA FIN DE VIVENT
(Décembre 1691 — Février 1692)
Après avoir erré autour de Durfort et de Saint-Félix pour convenir avec Brousson et leurs autres confrères de la réponse à faire aux oiTres du gouverneur de Saint-Hippolyte, Vivent et ses amis fidèles, La Rouvière, La Bonté, Valdeyron, Gavanon et Ducros, auxquels s'étaient réunis au départ de Rouville quatre fugitifs de Lasalle, Martin, Grail, Massot et Rocher, avaient trouvé un refuge près d'Anduze. dans la baume de Paullian, dont la roche, en face du château de Tornac, domine la rive gauche du Gardon, à sa sortie définitive de la montagne. La route de Nîmes à Anduze passait au pied, de l'autre côté de la rivière .
La grotte était vaste, ouverte au midi, mais f entrée en était absolument découverte. Saint-Paul, qui vint s y ajouter à la troupe, connaissait une meilleure retraite. Pendant une course rapide qu'il fit avec Valdeyron, jusque chez lui, à Saint-Paul la Coste pour « prendre quelques chemises » ; il passa vers Saint- Sébastien, et montra à son compagnon, sous le hameau de La Vigne, non loin de Carnoulès, une autre grotte, plus sûre. Mais les D"*^^ de Rouville avaient trouvé mieux encore. Elles avaient fait creuser dans leur chambre, sous leur lit, une cachette mystérieuse. Marion de Rouville, quand le travail fut achevé, alla jusqu'à la grotte de Paulhan pour en informer Vivent, et le prier de revenir dans la maison qui lui avait été hospitalière un mois auparavant.
Elle trouva le prédicant prêt à partir pour une assemblée convoquée à Saint-Roman d'Aspères, dans un quartier oîi Brousson avait prêché quelques jours plus tôt et où il était encore. La jeune fille suivit Vivent et ses hommes. Le rentier du mas de Saint-Roman, Jacques Brousse, leur fit traverser le Gardon sur
402 LES PRKDICAXTS PROTESTANTS
sa cavale, l'un après Tautre, leur donna collation après la réunion, et les ramena au pied de la p^rotte de Paullian'.
Abraham Ducros, lassé de la rude existence qu'il menait depuis deux mois et demi, prit congé de Vivent à Aspères, revint secrètement à Lasalle et alla s" enrôler comme cavalier auprès du vicomte de la Fare. Martin et Grail abandonnèrent également la troupe dès leur retour à la baume. Saint-Paul enfin alla rejoindre Laporte qui s'abritait dans une grotte de Garnoulès.
Avec les six suivants qui lui restaient. Vivent monta à Rouville. Mais depuis les dernières enquêtes de Daudé, il ne pouvait plus être en sécurité nulle part. Anne Baudoin, le 13 novembre, avait déjà dit savoir d'une jeune lille de Soudorgues que les Demoiselles de Rouville sélaient trouvées à la dernière assemblée de Brousson au Brion. Un serrurier de Saint-Jean déclara le 14 décembre les avoir vues au prêche de Vivent dans la baume voisine de leur demeure.
Deux jours après, au mas de Rouville, Vivent était auprès du feu, avec La Bouvière et leurs trois hôtesses, quand la fantaisie leur prit dexaminer si la «cachot nouvellement creusée était secrète. Gavanon. La Bonté, Rocher et Massot y étaient justement descendus lorsqu'un détachement de dragons survint. Vivent, La Rouvière et Marion de Rouville s y blottirent en hâte avec les autres, les deux sœurs aînées ayant voulu répondre seules aux questions des soldats". Mais ce n'était pas pour les prédicants que ceux-ci étaient venus de Saint- Jean, c'était pour elles. Toutes deux furent emmenées à Saint-Hippolyte '. Le lendemain, laissant Marion dans la maison déserte, Vivent retournait à la baume de Paulhan.
1. Valdeyron dil <\\ic rnssi-iublec se lieiil dans une maison ruinée louchant !(• nias de Saiut-lloiuan. C. 172. Le même habitant do Durfùrt qui rencontra Vivent près de Sauve, ra])i)orte avoir et»- conduit de force à une asseml)lee tenue dans une maison ruinée dAsperes où il l'entendit i)rècher. 11 ajoute avoir vu là «une demoiselle de moyenne taille, le visage rond, de (juinze à seize ans. bien laite, ])ortant une écharpe et un peig'noir a dentelles par dessous, qu'on lui dit être de Saint-Jean ». Il place celte assemblée, qui est bien la même que celle dont parle Valdeyron « trois semaines avant [le 19 novembre] ». Il faut, croyons-nous, lire : après et on arrive ainsi à la date approximative du 10-1:2 décembre qui seule concorde pleinement avec la suite des faits. (I3ép. Desmonts, C. 191).
'2. Valdeyron, resté hors de la maison, à la claie, se donna comme un valet.
3. Madeleine et Lucrèce de Rouville furent interrogées au fort le i't décembre. Elles avaient été arrêtées huit jours auparavant. C. l'i. Le rentier de Kouville, Jacques Thcrond, originaire de Saint-Félix, fui arrêté i)lus tard, et alla aux galères.