‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 267 sur 284 · MORT DE VIVENT · texte numérisé non relu

MORT DE VIVENT

vif, ne formule sans doute qu'un vœu imaginaire, mais l'auteur des mouvements de l()8î) et le meurtrier des prêtres ne pouvait compter échapper ni à la question extraordinaire ni à la roue. Il ne convenait pas d'ailleurs, à celui qui personnifiait la résistance violente contre l'iniquité de Babylone, de déposer les armes au moment suprême. 11 était donc prêt à défendre sa vie; il la fit payer chèrement.

Bâville nous dira sa fin ' : « Monsieur le Gouverneur d' Alais et Monsieur de Mandajors, juge d' Alais. qui avait reçu la déclaration de Liron, se sont fait conduire avec un détachement de troupes jusqu'à [la] caverne par le nommé Languedoc, l'un des coupables qui la leur a enseignée. Aussitôt qu'ils y ont été arrivés, Yivens a paru à l'entrée. Un sergent de la compagnie de milice de Villevieille, aj^ant été détaché pour l'arrêter, Vivens l'a tué d'un coup de fusil'. Un autre soldat qui s'est avancé a été tué d'un coup tiré de la caverne. Yivens a blessé un troisième et brûlé le visage d'un lieutenant de la garnison d' Alais. Les soldats de ce détachement ayant été un peu ébranlés par la mort du sergent et du soldat et la blessure de l'officier, croyant qu'il y avait beaucoup de monde dans la caverne, ont été soutenus avec beaucoup de vigueur par M. de Ghanterenne [le gouverneur d'Alais] et le S' de Mandajors. Enfin Vivens couchant en joue le S' de Ghanterenne, le S'^ Jourdan, lieutenant de milice, a été obligé de lui tirer [en se glissant par derrière et au-dessus de l'orifice de la caverne] un coup de fusil dont il est tombé roide mort '. Il se faisait donner des fusils chargés par les gens qu'il avait avec lui aussitôt qu'il avait tiré, et il s'est défendu avec une fermeté qui fait assez connaître combien il était dangereux »,

Vivent abattu, Capieu (La Bonté) et Carrière qui restaient seuls dans la caverne poussèrent un cri : « Mon Dieu, Vivent est mort ! ». Ils ne firent rien pour prolonger la résistance,

1. Bull. LUI, 4il. Lettre écrite le 19 lévrier 1G92. Vivent ;i été tué «la nuil précédente ».

2. Le sergent se nommait (îanong'c. Sa veuve reçut cent écus.

3. L'orilice de la caverne était obstrué par un chêne vert arraché, dont les prédicants se servaient autant pour dissimuler leur présence que pour s'abriter du. froid. Une sorte de parapet naturel avait d'abord permis à Vivent de tirer sans trop se laisser voir. Lorsque le détachement se fut replié de chaque côté du ruisseau, le prédicant, dut avancer davantage. Jourdan, par derrière, et au-dessus de lui, put alors, par le haut de la fissure, lui envoyer une balle «au milieu du col, qui lui sortit à reslomac».

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apparurent au-dessus du rebord de pierre qui fermait l'orifice de la baume, jetèrent leurs armes, et se rendirent. Les papiers du prédicant furent pris, ainsi qu' « une tasse dargent où son nom était écrit avec la qualité du ministre «, et les dragons revinrent à Alais avec trois cadavres, dont celui de Vivent, liés sur des chevaux, et menant deux prisonniers.

Bàville accourut de Montpellier pour « achever de faire un exemple » qu'il jugeait «fort utile » dans la conjoncture présente. Il se proposait aussi d'examiner les papiers du prédicant, mais Vivent avait sans doute anéanti les plus graves, comme sa correspondance avec Hue, si bien que l'intendant n'ayant pu lire que des prières ou des sermons qui lui importaient peu, le bruit se répandit que tout avait été brûlé.

Le cadavre de Vivent fut porté d'abord à l'hôpital, qui était on face de l'hôtel de ville. Un procès régulier fut fait au mort, et le 23 février un jugement ordonna que le corps serait « attaché par l'exécuteur de la haute justice au derrière d'une charrette, et ensuite traîné sur une claie la tète en bas et la face contre terre, avec un écrit contenant ces mots : Traître et assassin, pour ensuite le cadavre être brûlé et les cendres jetées au vent » ' .

Les deux hommes pris dans la baume ( Capieu et Carrière) furent jugés par l'intendant et condamnés à la potence. Aucune pièce de la procédure dirigée contre eux ne nous est parvenue. Deux autres Cévenols que Bàville tenait, à tort sans doute, pour ce des émissaires de Roman «. entendirent la même sentence. Masbernard (dit Saint-Paul) était l'un d'eux. Deux interrogatoires de ce dernier, des 2o et 26 février, sont relatifs aux sermons trouvés dans sa grotte d'Anduze, et surtout à la tentative de meurtre dirigée contre le S"^ Brès ". Le quatrième condamné, au dire d'A. Court, était un Delors, de Navacelles (entre Alais et Lussan). La quadruple pendaison eut lieu « à la porte de Saint-Gelli, au devant du Luxembourg )i. Saint-Paul

I. isoles L. Teissier du Gros. Nous n"avons pas vu le jugement. Les biens de Vivent étaient confisqués. Ils furent cependant attribués à son l'rére Pierre, époux de Madeleine de Thérond. Les deux sœurs de Vivent, alors au château de Sommières, ne furent libérées que six mois plus tard.

■2. Dali. LUI, 4i3. Les deux interrogatoires de Masbernard qui seuls subsistent de son dossier sont C. 172, dans le Dossier Louis Teissier de Générargues(22ans) inculpé d'avoir participé à l'attentat contre le S' Brés. Teissier, arrêté déjà le :28 janvier, fut condamné aux galères le 23 février avec Comte et Gibert, ses complices.

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