‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 268 sur 284 · VIVENT ET BAA'ILLE · texte numérisé non relu

VIVENT ET BAA'ILLE

avait tout nié devant ses juges, lesquels savaient d'ailleurs qu'il avait un jour déclaré à Laporte que « fait prisonnier, il désavouerait avoir prêché >^ '. Il se releva cependant, car au dire de Brousson ' et de Gavanon, ce fut lui qui exhorta ses frcres à mourir courageusement.

Gavanon crut que quatre hommes avaient été pris dans la grotte d'où il était si heureusement sorti. Brousson sachant que Masbernard, exécuté avec les autres, n'avait pas été saisi auprès du corps de Vivent, parla seulement de trois hommes faits prisonniers à la baume. Il est constant qu'ils n'étaient que deux *.

Dans la lettre où Bàville annonce en Cour la mort du chef redouté, et retrace en même temps sa vie pour rappeler « le caractère de cet homme, le mal qu'il a fait et qu'il pouvait faire », Vivent est naturellement dépeint comme un séditieux, gâtant avec ses complices tout le pays par son opiniâtreté, organisant une insurrection des Cévennes avec l'appui et largent du prince d'Orange, soccupant de soulever les esprits et de faire assassiner les curés, « quatre l'ayant été par lui ou par ses ordres ' ». Tout cela est vrai, mais Bâville est incapable de voir plus loin, et le portrait qu'il trace de Vivent n'explique pas quelques-unes de ses constatations, a II s'était fait, dit-il, une manière de prêcher assez particulière, et fort séditieuse, qui lui avait donné beaucoup de crédit et de réputation dans les Cévennes : ... le motif de la religion faisait qu'on lui donnait retraite ». L'ascendant de Vivent, l'admiration qu'il suscitait, n'eurent leur source en effet que dans les émotions religieuses. Comme l'Elie biblique qui massacraient les prêtres de Baal. comme les Macchabées qui vouaient à l'exécration, par la bouche de Daniel, la « Bête » dévoratrice, comme les soldats de Rohan qui s'étaient levés pour défendre les garanties maté-

1. A quoi Laporte aurait répondu que pour lui, au contraire, il prêcherait devant ceux mêmes qui l'arrêteraient. C. 174. Dossier Laporte.

2. Bel. des Merv., p. 34. Il l'appelle Bernard. Le dossier Laporte fait menlion de rexécution de Masbernard à Alais.

3. Voir Bail. LUI, 443, les contradictions de Court qui a hésité entre Gavanon, Brousson et Brueys. Brueys ne parle que de l'exécution de Capicu et de Carrière; le Fragment sur les Camisards, de celle seulement de Saint-Paul et de Carrière. C'est sur la foi de Gavanon et de Brousson que nous parlons d'une quadruple exécution. S'ils se sont trompés, Delors et Carrière seraient sans doute le nom et le surnom d'un même personnage.

4. Ceux de Peyrolles, de Saint-Marcel de Fonfoulhouse, de Soudorgues (celui-ci blessé seulement), et de Conqueyrac (?)

rielles de l'édit de Nantes, Vivent fit la guerre aux ennemis et aux persécuteurs de sa foi.

Les Cévennes protestantes, lorsque du milieu d'elles se levèrent les premiers prédicants, lui surent gré d'être le plus tenace et le plus hardi. Devenu chef de par l'assentiment de tous, vénéré par ses coreligionnaires, même dans les quartiers où il n'avait jamais paru, il eut avec lui les âmes violentes qui seules s'emparent du Royaume des Gieux '. Henri Arnaud, pasteur et colonel des Vaudois. rentré les armes à la main dans ses Vallées, est devenu un héros. Ses hommes mirent de la poudre dans les oreilles, la bouche et le nez d'un prisonnier pour lui faire sauter la tête, et en renvoyèrent un autre tout nu, les pieds ferrés comme un cheval -. Mais oubliera-t-on, quand il s'agira déjuger ces abominations, que dans les prisons du Piémont, quatre ans auparavant, sur douze mille prisonniers réformés sept mille étaient morts de misère en quatre mois ? Oublierons-nous davantage les dragonnades, les déportations, les galères, les assemblées fusillées, les consciences violentées, quand dans notre mémoire retentiront les coups de feu de l'Aigoual, du col du Mercou ou de la grotte de Carnoulès ? Les plus opiniâtres des Cévenols, ceux à qui le protestantisme doit d'être encore chez lui dans ces gorges et sur ces crêtes que Vivent a parcourues, ne lui marchandèrent pas leur enthousiasme. Ils l'avaient vu « à la tête de sa troupe tantôt nombreuse, tantôt de sept à huit personnes, marchant la nuit et dormant le jour », petit, maigre, les sourcils grands et épais, les joues enfoncées, les pommettes saillantes, la démarche boiteuse. Mais sous cette enveloppe à la fois rude et chétive « il avait un cœur de lion, il était intrépide dans tous les périls qui le menaçaient »'\

Il possédait de plus la qualité maîtresse de quiconque fait métier de parler en public : la conviction totale et la vie. Brousson est évidemment l'écho des Cévennes entières quand il rap-

1. Le 17 janvier 1C92, à Souvignargiies, près de Sommières, le consul setant permis de dire au Aicaire (à propos des 500 pistolos promises pour la prise de \'ivcnt ou de Brousson) «qu'il souhaiterait de les rencontrer, que cela ferait sa fortune », un jeune homme se jette sur lui et sur le prêtre un pistolet à la main. A la suite de cette affaire, on informe au sujet de la découverte faite dans le colombier du S"' de Souvig-narg'ues, des portraits du prince et de la iirincessc d'Orange, et des lettres écrites de la Suisse parle ministre Davin et le neveu de la dame de Souvignargucs. C. 171.

2 Voir Douen, II, 125 ; Roussel, IV, 335, d'après des lettres de Feuquièrcs et de Catinat, à Louvois.

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