I. III'^ décade, p. "207. Kd. de
•1. III" décade, p. :21V.
:î. (;ilè par A. Vinet, Histoire de la prédication protestante au A 17/' siècle (ISGC)» p. TV el p. 79.
46 LES PRÉDtCAXTS PROTESTANTS
catholiques souvent illettrés qui de la haute montagne, du Malezieu ou de Saint-Flour venaient se fixer dans une région moins rigoureuse. A ces catholiques, peu à peu, il avait fallu faire au Conseil de la communauté et dans les consulats, une place hors de toute proportion avec leur nombre ou leur influence. 11 avait fallu voir ensuite tomber sous une procédure odieuse les garanties les mieux spécifiées par Tédit de 1398. Qu'il s'agît de la représentation aux Etats du Languedoc, des professions, des métiers, des jours ouvrables, du droit de s'imposer pour l'entretien du ministère, du temple, des écoles, de la tenue des Synodes et «les Colloques, pai-tout on avait trouvé en face de soi l'Eglise romaine menaçante, envahissante, dominatrice. En quoi avait-elle gagné la moindre sympathie chez ceux que les prêtres appelaient « leurs pauvres dévoyés » ? N'était-elle pas la communion réprouvée par excellence ? Ses mystères et ses cérémonies étaient-ils autre chose que des falsifications odieuses des sacreuients de la véritable église? Sa violence, qui se faisait jour en toute occasion, n'était-elle pas la preuve évidente de la puissance de mal qu'elle tenait de son origine diabolique ?
Les réformés n'avaient d'ailleurs qu'à se reporter aux seuls livres que le roi. en août 1085, leur eût encore pei-mis d'imprimer et de vendre : « ceux qui contenaient leur profession de foi, les prières, et les règles or-linaires de leur discipline ». Voici ce qu'ils y trouvaient. Le !:24- article de la Confession de foi déclarait <£ que tout ce que les hommes ont imaginé de l'intercession des saints trépassés n'est <|u'al)iis et fallace d*^ Satan ». Il ajoutait : « Nous tenons le purgaloii'c pour une illusion procédée de la même bouti(|ue '. de laquelle sont aussi procédés les vœux monastiques, pèlerinages... l'usage des viandes... la confession auriculaire, les indulgences... ». Le2o article condamnait « les assemblées de la papauté, vu que la j)ure vérité de Dieu en est bannie, esquelles les sacremens sont corrompus, abâtardis, falsifiés ou anéantis du tout, et esquelles toutes superstitions et idolâtries ont la vogue». Le tiernier paragraphe de la prière liturgique qui terminait le culte du dimafiche recommandait à Dieu « les pauvres fidèles épars sous la tyrannie de l'Antéchrist». Trouiperies de Satan, Llolàti'ie. Anticliristiaiii^uie, ace sont des mots, disait Daillé, modérateur du Synode de Loutlun (1659) au
l. Le mot sigTiifiait au xvi« siècle : o-iiicine, laboratoire, et ne comportait pas le sens purement méprisant qu"il oflW- aujourd'hui.
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Commissaire qui de la part du roi Jéfemlait expressément de les employer, ce sont des mots qui déclarent les raisons et le londement de notre séparation d'avec l'Eglise romaine, et la doctrine que nos pères ont maintenue dans les plus cruels temps ». Mots violents, et doctrine tout il'une prière, que les récents exploits des dragons auxiliaires du clergé ne devaient pas contribuer à détruire ou seulement àadaiblir. Mots et doctrine que les Nouveaux Convertis furent résolus au l'ond d'eux-mêmes, comme l'avait été le pasteur de Paris, « de ne jamais abandonner avec la grâce de Dieu, mais de les conserver fidèlement et inviolablement jusqu'au dernier moment de leui* vie ».
La violente impulsion des protestants contre l'Eglise de Rome ne suffît cependant pas à rendre compte de leur tenace et intime résistance à la persécution. Les éléments positifs de la foi réformée expliquent seuls le réveil du zèle qui se manifesta bientôt dans tout le Languedoc.
Nous n'avons pas à détailler ici les affîrmations de la piété calviniste, qui apparaîtront daillcurs au cours de notre récit avec leur intime puissance. L'union directe de l'àme avec son Dieu à travers les paroles de l'I^criture Sainte et la personne du Christ. la paix de la conscience obtenue, sans dispenses possibles, par l'observation de la loi divine révélée dans la Bible, telles étaient les assises fondamentales de la vie religieuse et morale des huguenots. Cependant, lorsqu'ils résumaient leurs convictions ils transcrivaient plus volontiers, avec tous les théologiens de leur temps, des phrases d'une allure plus dogmatique. L'exposé que Brousson présente au roi, en l(')82, de la foi de ses coreligionnaires est un véritable catéchisme, et lorsque en 1700, Pierre Lézan, ancien secrétaire du Consistoire de Saint-Hippolyte, transcrit pour ses enfants « un abrégé de la croyance » réformée, il énonce une doctrine rigide, qui tient en quelques mots '.
« Premièrement dans notre religion, nous avons toujours cru qu'il n'y avait (ju'un seul Dieu distinct en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-h]sprit, et que nous ne devions adresser nos vœux et nos prières à autre qu'à Dieu seul par l'intercession de notre Seigneur Jésus-Christ, et nous avons toujours dit que nous n'avions d'autre médiateur que Jésus- Christ notre Sauveur, ni autre intercesseur que lui, et que nous ne devions embrasser autre mérite que le sien et que sa mort nous a nettoyés de tous nos péchés. Voilà ce que nous croyons.»