LE CULTE REFORME
vocabulaire dont ils usaient ensuite, au besoin. La lecture, api'cs tout, était i*arc. L'éducation se faisait surtout par la parole, et la mémoire parvenait à une habileté quelle perd aujourd'hui*.
Quatre fois dans Tannée, à Noël, à Pà(jues, à la Pentecôte et le premier dimanche de septembre, la Sainte-Gène, considérée comme l'acte sacré par excellence, réunissait ceux des membres de l'Eglise qui n'en avaient pas été exclus par une décision du Consistoire.
Dans la communauté, en ellet, une discipline morale s'exerçait toujours. Les membres la'iquesdu Consistoire, les « anciens », à qui revenait, en même temps qu'au pasteur, la charge d'administrer l'Eglise, deuieuraient, comme au début de la Réforme, des « surveillants ». L'inquisition qu'ils avaient d'abord exercée sur la vie publique ou privée de leurs coreligionnaires n'était plus sans doute aussi méticuleuse qu'autrefois, mais ils appelaient encore devant eux, pour les exhorter, les censurer, ou les suspendi'e de la Cène, suivant les cas, les pécheurs scandaleux. Leur autorité était crainte et respectée. A mesure que la vie était devenue plus dillicilc pour les Eglises, que les manifestations de la piété collective avaient été entourées de plus de pièges, qu'il avait fallu plus de prudence dans le gouvernement des paroisses, dans la nominations des députés, dans les délibérations des Colloques ou des Synodes provinciaux, à mesure aussi les membres du Consistoire avaient pris conscience de leur importance et de leur valeur. L'assemblée se reculait elle-même, et « le peuple » n'avait que le droit de formuler, s'il y avait lieu, une opposition ouverte et motivée contre les membres nouveaux. Il s'était donc formé comme des familles de « consistoriaux », en qui se concentrait et se perpétuait la tradition huguenote. Les évèques n'eurent pas de mots assez forts pour décrier l'opiniâtreté de « ces vieux piliers de Consistoires », de ces « pestes publiques » qui empêchaient tout le fruit qu'ils pouvaient faire. L'évêque de Viviers prétendait même (en 1GU8) se rappeler qu'à l'époque des abjurations il n'y avait eu au vrai que les consistoriaux d'adligés. «Ces hounnes, gâtés par le plaisir de gouverner, dit il, sentirent leur autorité sapée par le fondement, et mirent tout en œuvre pour la rétablir perfas et nef as. Leur caractère particulier est l'industrie, l'artifice, le déguisement, le mensonge,
1. Il y a une trentaine d'années, certains paysans cévenols, d'une instruction générale fort rudimentaire étaient capables, après une prédication, d'en redire l'ensemble et les détails. Jai recueilli a cet égard, de la bouche d'un ancien pasteur du Pont de Montvert, de curieux témoignages.
56 LES PRÉDICAXTS PROTESTANTS
et une application continue». A eux il attribue tous les méfaits de la résistance aux iustructions de l'Eglise \
Au nombre des membres du Consistoire figurait souvent le «régent des écoles» de la Communauté. Tantôt nommé à titre régulier, quand il était depuis longtemps au service de l'Eglise locale, tantôt « adjoint comme secrétaire », il jouait un rôle important dans la paroisse. Il prêtait au pasteur une aide indispensable. Presque toujours il était le « lecteur », et à ce titre chargé de la partie liturgique qui commençait le culte public. Non seulement, de la sorte, [sa présence était nécessaire au service divin du dimanche matin, mais par une autre obligation il était tenu d'assurer la régularité du culte de l'après-midi, dit « catéchisme ». Les enfants y étaient interrogés par le ministre sur une « section » du catéchisme de Calvin, et le maître avait charge de la leur apprendre pendant la semaine. Il arrivait enfin que le régent, chantre et lecteur, et secrétaire du Consistoire, était, comme «diacre», tenu de secourir les pauvres, ou par délégation spéciale astreint à « la Visitation des malades en l'absence de M. le Pasteur ». Il savait trouver dans la Bible les lectures convenables à des situations déterminées, il était capable de prononcer une prière. Enfin quand le ministre manquait, il montait le dimanche en chaire et présidait au culte. Le régent et chantre Repusseau, de Monoblet, deux dimanches de suite, à défaut du pasteur La Roquette, retenu à Saint- Hippolyte, réunit l'Eglise dans le temple depuis huit heures du matin jusqu'à neuf heures et demie. « Tous les anciens et tous ceux de la R. P. R. du lieu y furent présents et chantant les Psaumes de Marot, comme s'il y avait eu prêche » '.
Dans ces paroisses solidement organisées autour de leur Consistoire et de leur pasteur, les conflits n'étaient pas rares. Les registres notariés des Cévennes, les procès-verbaux des Synodes mentionnent plus d'une fois les discussions qui s'élèvent dans une communauté au sujet d'un régent à nommer, d'un ministre à rappeler à son devoir, de consistoriaux que le pasteur trouve téméraires ou tièdes. Les discussions les plus fréquentes s'élèvent entre les ministres et leurs troupeaux sur la question des gages. Les pasteurs se plaignent que leurs émoluments sont trop faibles, et plus souvent encore qu'ils ne reçoivent pas ce qui leur