AUTORITÉ DES PASTEURS
a été promis. Le Synode alors censurait l'Eglise « ingrate » et le pasteur demeurait à son poste, entouré dans l'exercice de son ministère d'un respect qui n'avait pas lléchi pendant la querelle. Bâville avait su la vénération dont les ministres jouissaient au milieu de leurs paroissiens, et ce n'est pas sans une secrète amertume qu'il comparait l'incapacité ou l'immoralité de la plupart des prêtres catholiques de la province avec la rigidité morale des pasteurs, leur talent pour prêcher, leur souci constant de la vie spirituelle de leurs ouailles. Le mépris que soulevaient chez leurs nouveaux paroissiens des curés ou des vicaires incapables ou grossiers de mœurs, lui rappelait par contraste «l'ascendant et l'autorité que les ministres avaient sur les esprits ou les cœurs des religionnaires, dont ils faisaient ce qu'ils voulaient d ' . Le regret de ne pas s'être montré assez reconnaissants envers de fidèles conducteurs poursuivit, après l'exil de ceux-ci, plus d'un de leurs anciens amis. Le même P. Lézan, que nous avons nommé, coucliant sur son Livre de raison un abrégé de toute sa vie (en 1700). rappelle qu'il a été député en 1G71 à la Chambre de Castelnaudary par la communauté de Saint-IIippolyte pour y poursuivre un arrêt contre les deux ministres du lieu, par lequel leurs gages furent réduits de 400 livres.
Duquel voyage, j'ai eu toujours un gros déplaisir, et en ai souvent demandé pardon à mou Dieu, comme je fais encore, voyant les maux qui depuis sont arrivés à celte Eglise et à toutes les autres du royaume. Et comme nous fûmes les premiers à olfenser Dieu, nous aussi avons été les premiers châtiés. Seigneur, apaise ton ire et ton courroux envers nous, et pardonne-nous ce péché, et à moi en particulier qui suis le plus coupable puisque je suis celui qui alla poursuivre le fatal arrêt contre tes serviteurs-!
Les remords de Lézan lui étaient inspirés par la persécution qui avait suivi, comme la désolation des Eglises de France dicta à Brousson une description navrée de l'état spirituel des troupeaux avant leur dispersion. Récemment encore un écrivain protestant^, sur l'autorité de Brousson lui-même et de quelques sermons prononcés en des jours de jeiine et d'humiliation a cru pouvoir insister sur la déchéance de la piété protestante à la veille de la Révocation, et expliquer parla les faciles triomphes des soldats du grand roi.
I. Mcrnoires sur la province du Languedoc (1(598), dans Ch. Wciss II, 4(tl, i(l2.
-1. Uibard, p. 55.
3. .Maltliit'u Lelièvre, De la Rèvocalion à La Révolution, p. 1 et suivantes.
58 LES PRÉDICAXTS PROTESTANTS
Il convient Je se souvenir qu'alors toute épreuve était envisagée comme un châtiment céleste, et quil importait par conséquent aux âmes réformées de trouver dans les péchés de l'homme la justification de la colère de Dieu. Peut-être, en somme, la foi n'avait-elle pas tellement décliné depuis le début du siècle'. II est certain, en tous cas, que la piété tenait non seulement dans la vie sociale, mais dans les cœurs, une place autrement considérable que de nos jours. La note la plus juste nous paraît être donnée par un ancien pasteur de Montpellier. Gaultier de Saint- Blancard. Il n'avait pas été témoin de la dragonnade. et jugeait le protestantisme d'après ce qu'il en avait connu en 11582. Il parle, lui aussi, de l'attiédissement de l'Eglise, et d'un « profond mépris » qui s'y manifestait parfois pour la pai'ole de Dieu et les sacrements, mais il a soin d'ajouter « qu'il y eut aussi beaucoup de bonnes âmes qui cédèi'ent également au torrent de la persécution ». « Si on eût suivi la grande voie des persécuteurs, qu'on eût massacré les réformés et dressé des gibets, il est indubitable, dit-il, qu'il y eût eu moins de révoltés... Mais de la manière dont on se prit aux Conversions, il n'y avait presque pas moyen de tenir".
l. Dans ses Tragiques, dWiibij^né appelle déjà « rautomne de l'Eglise» les dernières années du xvi' siècle (avant ijS9).
-2. Hist. Apolog... II, 108, 109.