‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 41 sur 284 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA REPEXTANGE

Les dragons de Noailles avaient donc été lancés sur un peuple qui par éducation et par conviction répugnait au catholicisme, et tenait solidement à sa foi. L'épouvante avait courbé des multitudes alïolées, mais la conscience reprit rapidement le dessus, La révolte des cœurs éclata, et sous les formes les plus diverses. Avant de parler de la résistance rélléchie des persécutés, il convient de noter les manifestations étranges et comme instinctives de la première exaltation. L'invasion des soldats, terminant ilans la ruine et la honte des agitations et une lutte qui duraient depuis plus de vingt ans, la misère, la famine et l'humiliation, produisirent aux Gévennes une secousse morale qui alla jusqu'à l'hallucination.

Nous ne devons pas nous en étonner. La piété protestante au xvii^ siècle revêtait parfois des allures singulières. Le calvinisme, s'il enfermait la révélation dans l'Ecriture Sainte, laissait cependant à l'esprit de Dieu la libre création, au cours continu des âges, d'impulsions neuves, nées des conditions spéciales du moment. Les récils de la Bible fournissaient seulement à la foi la forme normative dans laquelle elle moulait ses expériences nouvelles.

Pour un réformé du temps de Louis XIV, Dieu supportait l'Eglise de Rome, comme il supportait le mal sur cette terre, enfermant dans son existence néfaste des intentions éducatives que le fidèle devait sonder. Par instants, cependant, quand il plaisait à la Vérité suprême, elle manifestait sa colère contre ceux qui l'outrageaient vilainement. Les plus fervents des croyants épiaient les signes des temps, et notaient scrupuleusement les interventions triomphantes d'un pouvoir souverain jaloux de sa gloire.

GO LES PRÉDICAXTS PROTESTAXTS

L'avocat Cambolive, membre du Consistoire de Montpellier', rapporte la chute d'un charpentier et celle d'un maçon, tombés l'un et l'autre de leurs échafaudages dans le moment qu'ils blasphémaient contre la religion protestante ; lécroulement d'un balcon de pierre à Montpellier, d'une galerie de bois à Toulouse, du haut desquels des spectateurs étaient venus faire éclater leur haine et leur malice contre la doctrine évangélique. Il voit là des actes de la justice divine « pour confirmer la foi de ses fidèles et pour faire connaître aux ennemis de la vérité qu'elle ne retarde pas toujours ses jugements et qu'elle sait défendre ses intérêts ».

Dieu intervenait parfois en des circonstances plus extraordinaires. En un temps oii « il était de notoriété publique « que quelques personnes faisaient des sacrifices au démon en usant du foie d'un chien et de celui d'un enfant nouvellement égorgé", des protestant, parmi les plus cultivés et les plus pieux, croyaient à la réalité de manifestations dial)oliques, auxquelles Dieu savait dailleurs répondre avec plus de puissance encore. Cambolive raconte quun chirurgien de Saint-Jean de Védas fit apparaître devant quelques personnes k un fantôme qui était vêtu en gentilhomme, puis un autre fantôme en forme de bouc, puis un autre en forme de bœuf marin effroyable ». Un des assistants, tout frissonnant, s'écrie : mon Dieu ! ayez pitié de nous ! « Tout disparut à l'instant, dit Cambolive : le ciel s'obscurcit, les éclairs et les tonnerres furent fort grands, le feu descendit sur la maison. les ilammes semblaient avoir enveloppé le village. La nouvelle en vint d'abord à Montpellier... Tout le monde cria : Saint-Jean de Védas brûle! De cela le procureur porta plainte et le sénéchal informa, mais l'évêque assoupit cette affaire, î

Si telle était la mentalité d'un avocat fort considéré, on peut deviner avec quelle anxiété le peuple des Cévennes et du Bas- Languedoc, sous la terreur des dragonnades attendit les avertissements divins qui lui afiirmeraient que le règne des méchants n'est qu'éphémère. A ces esprits violentés et haletants parvint la nouvelle qu'en Béarn, dans la première province méridionale que les soldats eussent convertie, le chant des Psaumes avait été

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