C. 163. Voir Bull. LVI, :i
UNE MlVniOnK DE RKSISTANCE C3
exilé, dans une Lettre (inipiùniée) .1 nos frètes qui gémissent sous la captii>ité de Babylo7ie\
Après de violents repi'oches adressés aux apostats, l'auteur s'abaisse jusqu'à leur faiblesse et leur propose les meilleurs remèdes pour se relever. L'essentiel, pour des personnes contraintes à l'idolâtrie, était « de se conserver dans une juste horreur pour le papisme et telle qu'il la mérite )>. La vue des images, les sons du latin, l'adoration du pain, la pensée constante de ces prétendues conversions obtenues les ai'mes à la main, doivent être pour les réformés l'objet d'un constant dégoût : « N'allez point à la messe qu'on ne vous y traîne par force, déclarez que vous n'y adhérez aucunement de cœur, et faites voir par vos actions que vous n'avez ni foi ni respect pour ces faux mystères». Après la résistance aux suppôts de l'enfer, l'attachement à la vérité. «Conservez précieusement vos livres de piété... et de controverse. . . surtout vos Bibles, et soulfrez tout plutôt que de souIVrir qu'on vous les arrache, mais lisez-les avec beaucoup d'assiduité et de ilévotion. Faites venir des pays étrangers des livres capables de vous fortifier et de vous instruire. Il faut rétablir dans vos maisons l'exercice de la prière, le faire fréquent, long et fervent. » Enlin la cohésion des âmes fidèles est seule capable de les retenir dans leur devoir. « Connaissez-vous les uns les autres, savoir tous ceux qui aiment la vérité. Si vous pouvez dans quelque temps vous assembler de nuit secrètement dans les lieux retirés de vos maisons, faites-le pour y lire la Bible... et de bons livres. . . mais surtout pour prier Dieu. On pourra vous envoyer du pays étranger des prières convenables à votre état. »
La protestation desN. C. commença dans l'église même et devant l'autel. Les uns tentèrent de ruser avec le prêtre, et de chicaner sur le texte de leur abj uratiou . Pierre Crouzil , que nous retrouverons plus loin, déclare au curé de Clermont-Lodève « qu'il prétend vivre dans la religion ({ue les proi)hètes. Jésus-(!ihrist et les apôtres ont enseignée, et qu'il renonce à toutes les hérésies des religions ». Le prêtre répond qu'il faut promettre d'embi-asser la religion Catholique A. et R. Crouzil réplique qu'il s'engage
l. Une copie de la letfro, portant la mention : De Hollande, ce 2.) octobre ifiS.'), et provenant de la liibliolhcqiie de Pierre lùicontre, a été i)ubllée dans le volume intitulé : Trois Lettres du He/'uge ipar Abric-Kncontre». lue copie en l'ut découverte dans une per<piisition à Monoblel le :i(> déc. lilO;). Les soldais la dési}fnent comme un «sermon manuscrit'». La lettre est peul-èlre de Jurieu. \oir Douen I, ir.i, et Croltel. Histoire des Lgl. Réf. de Pons... en Saintonge,p. 111.
6i LES PRÉDICANTS PROTESTANTS
« à continuer de vivre dans la religion catholique, apostolique et romaine suivant Saint-Paul ». Le curé se contente de sa signature, elle devait suffire à le faire condamner plus tard comme relaps'. Nous retrouvons une expression pareille dans la bouche de Jean Marvéjols, tisserand de cadis à Lézan (40 ans). Il a quitté le bourg où il demeure pour aller abjurer à Sauve. « Mais il n'abjura que les hérésies de Calvin et promit d'embrasser la religion C. A. et R. suivant Saint-Paul, les prophètes et les apôtres, qui est la religion qu'il a professée depuis sa naissance ; et s'il a dit la religion romaine, c'est parce qu'il a vu dans le Nouveau Testament que Saint-Paul avait prêché à Rome et qu'il y avait planté la foi, ne voulant pas faire ni croire ce que la religion du pape ordonne de croire et faire- ».
D'autres cherchaient un prêtre accommodant, qui se contentât dune formule vague. Le vicaire de Boisset (près d'Anduze), Jean d'Héran [ou Adhéran] s'acquit bientôt une réputation de facilité qui lui attira de nombreux clients. « Il n'exigeait d'eux autre chose, si ce n'est qu'ils renonçassent à leurs erreurs, sans entrer dans aucun détail, et qu'ils crussent sincèrement en Jé^us-Christ ^ ».
On accourut vers lui, et il poussa si loin la complaisance qu'il accorda bientôt des certificats sans réclamer la signature des intéressés. Une tierce personne pouvait servir d'intermédiaire. C'est ainsi que François Teissier, viguier de Durfort, envoya à Boisset un de ses amis de Monoblet qui lui rapporta les actes nécessaires pour se mettre à couvert des édits *.
A la première hypocrisie de la signature d'un acte faux dans son esprit, il fallut cependant joindre celle de la participation régulière à un culte abhorré . L'assistance à la messe était obligatoire'. Le même vicaire de Boisset usait en ce point, à
i. C. 163. Dossier Croiizil.
-2. C. 161. Dossier Marvéjols. On retrouve l'expression : La religion catholique suivant Saint-Paul, à Vassy en Champagne (Bull. \IV, 148). Nous ne savons d'où elle provient.
3. Bull. XXXIX, 539. (Relation du jeune Cabrit, fils du ministre exilé de Lédig'nan, qui se présenta devant le vicaire).
4. Ces billets, qui furent retrouvés quelques mois plus tard dans les bas de Teissier quand le bourreau descendit son corps de la potence, sont conservés dans le dossier du viguier, C. 166. DHéran y attestait simplement avoir reçu Teissier «dans la religion Catholique». La clientèle du vicaire s'étendit assez loin. Le jeune Tomraeirolles, seigneur de Saint-Julien de la Nef (prés du Viganj, décapité en 1686, était venu «abjurer» à Boisset.
5. Voir nos P. J. et N. Weiss, La sortie... de D. Broasson, p. 19.
rin)t. .lonsDAN" Lance
T.F, Mour.ix i)F. I.iorîs
cl a la grave" ■> du Xiriloulc
(Voir p. II'.))
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I,\ IMUITKSTATKIX I)K l'ULC.HAN Wv.S
Aiuliize, "2(> Juin lO^il (An-li. Lani^ii. V.. liiiî)
60 LKS l'Ki;i>ICANT.S l'UOTESTANÏS
pauvre curé, qui protestait à cette occasion « qu'il ne pouvait point faire le service divin dans un endroit où on faisait venir des hérétiques pour prêcher » , était mal partagé . Un autre dimanche, un peu aupai-avant Télévation du Saint-Sacrement, « s'étant tourné vers le peuple et ayant vu que la plus grande partie n'étaient pas agenouillés », il s'adresse aux consuls : « Messieurs, faites mettre tout le monde à genoux ! » Personne ne bouge. Le prêtre alors interpelle le seigneur de Lézan, demeuré assis « le visage sur son bâton » : « Monsieur ! mettezvous à genoux et soyez le premier à donner l'exemple aux autres ! » Après plusieui's sommations, le seigneur répond : « Je suis incommodé, je ne puis pas», et sur une menace de dénonciation, il sort sans ou'ir la messe' .
Le curé de Saint-Etienne Valfrancesque se plaint que de La Coste, ancien ministre du lieu, devenu baillif après son abjuration, persiste également au moment de l'élévaticm.à se pencher sur sa canne, « ayant l'air de se mettre à genoux mais sans s'y mettre ' », et pour comble d'insolence on l'a entendu, à Vêpres, chuchoter avec ses voisins et rire tout bas « sur ce que les cuisses d'un crucifix peint dans l'église ne sont pas égales ))\
Ailleurs, le curé de Sumène note gravement les propos irrévérencieux ds la femme Caulet touchant la forme spéciale d'un bénitier *. A Ganges, les femmes rient à gorge déployée de ce que leur a dit le prêlre en confession, de la pénitence qu'il leur a ordonnée, et des questions obscènes qu'il leur a posées '.
Parfois les consciences inquiètes se débattent vainement au milieu d'arguments contradictoires. En mai 1G86, un habitant de Quillan (près Quissac), rencontrant sur son chemin François Dumas, ancien ministre de Vczenobres, lui deuiande « si on peut l'aire la communion sous une seule espèce ? — Non, répond l'ancien pasteur, ou du moins il faut la
i. Les faits pelatifs ;i Lézan sont extraits du dossier Marvéjols, C. IG'i.
2. On lit dans une lettre écrite du Vivarais le "2:5 février 1(580 (/?»//. XXVIU, Wi) : « Nous avons beau mettre nos mains devant nos yeux lors<|ue le prêtre élève l'hostie, nous ne faisons ((ue nous couvrir de feuilles de tiguier, notre action est toujours idolâtre. » (les ([uelques mots expliquent raltiludc du seigneur de Lézan et de La Coste. Ils ne voulaient même pas voir « le dieu de pâte. >;
3. C. Ida. Dossier de La Coste. (Justin de La Coste demanda le 30 oct. 1C85 un passeport pour lui, sa femme RIarg-. de Teissier et <[uatre enfants. Mais il abjura ensuite, et reçut GoO livres de pension.)