‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 48 sur 284 · LES LETTRES DES EXILKS · texte numérisé non relu

LES LETTRES DES EXILKS

C'est SOUS le bénéfice de ces observations qu'il faut lire le début de la Lettre de Brousson :

La cloison de la vigne du Seigneur est rompue et les hèles de la l'ort't la broutent et la ravagent entièrement'. Dieu attendait qu'elle lui produisit du bon fruit, et voici elle n'a produit que des grappes sauvages-... Nos Eglises s'étaient tellement corrompues dans la prospérité dont Dieu les avait fait jouir, qu'il était dinicile de les distinguer des gens du monde. Il y avait à la vérité de bonnes âmes qui maintenant donnent gloire à Dieu en cette grande tribulation ; mais parmi ces véritables lidèles, quel nombre n'y avait-il pas de libertins, d'indévots, de profanes, de blasphémateurs, d'impies, d'ivrognes, de gourmands, d'impudiques, de médisants, de menteurs, de faux témoins, de faussaires, de parjures, de vindicatifs, de querelleux, de meurtriers, d'injustes, de plaideurs, de ravisseurs, d'avares, d'usuriers, d'idolâtres des biens et des vanités du siècle, en un mot de gens qui avaient l'apparence de la piété et de la probité mais qui en avaient renié la force, qui criaient : le temple, le temple, le temple^, qui s'approchaient de Dieu de leurs lèvres, mais dont le cœur en était bien éloigné ^ ? Ils savaient bien qu'il était juste que ce grand Dieu fût aimé [)ar-dessus toutes choses, qu'on le craignît plus que les hommes et qu'on lui obéît plutôt qu'aux hommes qui ne sont rien devant sa redoutable majesté et que ce grand Dieu peut écraser comme des vermisseaux et consumer comme de la paille. . . Cependant, dès qu'un homme mortel a défendu par ses édits et ses déclarations ce que ce grand Dieu avait commandé. .., ou qu'il a commandé ce que ce grand Dieu avait défendu, ce peuple infidèle a ndeux aimé obéir à la créature qu'au Créateur, qui est le Dieu fort, le Dieu jaloux et terrible.

Se faut-il donc étonner que ce grand Dieu ait ùté sa protection à ce malheureux peuple, et que, par un juste jugement, il ait permis que ces tièdes, ces timides, ces lâches chrétiens, ces enfants bâtards qui ont dégénéré du zèle et de la piété de leurs pères aient été abandonnés à la merci de ceux qu'ils craignaient plus que Dieu luimême ? »

Brousson, dans le fond, et mali;ré ses sévérités, conservait de la piété protestante une haute idée. Il ne doutait pas que ses reproches ne fussent bien reçus, car son épitre se terminait par ces

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