I. Psaume LWX, V-l'i
-2. Esaie, V, i.
'■\. Jéréinie, VII, 4.
i. Esaie XXIX, 13. Nous renonçons à noter toutes les expressions bibliques dont le langage de Brousson est pénétré.
LES PRKDICANTS l'ROTESTANTS
quelques mots : Ceux entre les mains de qui cette lettre tombera sont conjurés, au nom du Seigneur, d'en envoj^er des copies à leurs frères ' .
Un autre écrit du même genre, et sans doute de Brousson également, la Lettre de plusieurs réjormés de France qui ont tout abandonné pour la cause de l'Eçangile à ceux qui ont succombé sous la persécution, parvenue à Alais « par la messagerie » à la fin d'octobre IGSo, fut remis à la femme du S"" Grivaudet, ancien notaire. Sa fille le communiqua au S"" de Peyreblanque, habitant Saint-Hilaire deBretlimas, qui le passa à son tour au régent du village, Amalric. Le curé du lieu, visitant les écoles pour y connaître de quelle manière le maîti'e, nouveau converti, y élevait la jeunesse, trouva la petite feuille sur une table, et fit informer contre les coupables au sujet de « ce libelle contre la R. C. » qu'il déclara, et à juste litre « un moyen pour interrompre tout le fruit des conversions qui se sont faites et arrêter celles qui restent à faire » '.
Pour son œuvre de relèvement, Brousson trouva d'utiles auxiliaires dans ses compagnons d'exil, dont le nombre croissait chaque jour. En Suisse ou à Genève, ils arrivaient, porteurs maintenant, pour la plupart, du a signe de la Bcte », de ce billet d'abjuration, sceau apposé par Babylone sur leur infidélité d'un jour, et ils demandaient aux ministres étrangers « de les recevoir à la paix de l'Eglise », d'agréer leur rétractation publique. De la « Canaan terrestre », du « Saint lieu », où les Languedociens surpris se retrouvaient entourés de personnes connues, ils tournaient un regard désolé vers leurs parents ou leurs amis, demeurés dans la servitude, et glissaient dans leurs lettres les feuilles volantes de Brousson. Le réfugié de Sommières, Jérussien, qui avait ainsi, de Genève, envoyé à son oncle six exemplaires de la « Lettre aux Réformés de France » (le 28 octobre IO80) avait pris la peine d'inscrire au bas de chacun d'eux le nom du coreligionnaire à qui il le destinait. Il avait ajouté comme une formule : «... que je prie d'en bien faire son profit, et de donner quelque chose pour le port ».
1. Le conseil fui suivi, car le proposant Pierre Bedos arrêté à Alais le 29 décembre 1685, lut trouvé porteur d'une copie de la même feuille. C. 103. Dossier Bcdos.
± C. 163. Dossier Amalric-Peyreblanque. L'information est du 24 novembre 1683. La lettre incriminée ne se trouve malheureusement plus dans la liasse. Elle était très probablement de Brousson, comme le prouve la similitude de son liti'e avec celui d'un autre ouvrage de celui-ci. (Douen, II, VVl.)
■SORTIR DE BAliVLOXE
Les écrits de Brousson ne parlent encore que de repentance, sans rien préciser sur les décisions par lesquelles les prétendus catholiques pourront se mettre en état de glorifier Dieu. Jérussien, bien qu'il fournisse le détail des provinces par lesquelles il a passé, n'invite point non plus formellement ses parents à le suivre s'ils veulent sauver leurs âmes. Quelques mois encore, et la Suisse n'enverra plus au Languedoc que des appels à un exil nécessaire. La lettre de Hollande « A nos frères qui gémissent sous la captivité de Babylone », était arrivée dès le mois d'octobre lOSo à cette suprême conclusion. Toutes les directions qu'elle croyait devoir donner pour la conservation dans les cœurs d'une loi que le roi voulait abattre, n'étaient, dit nettement l'auteur, « que pour provision, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu vous ouvrir une porte pour sortir de dessous la tyrannie sous laquelle vous gémissez p. Celte porte était celle qui menait hors du royaume de France. D'autres publications analogues, aboutissant à des incitations pareilles, pénétrèrent au début de IGSGdans le Languedoc. Il y faut joindre les lettres particulières que des pasteurs ou des la'iques pieux adressèrent des lieux de leur exil à leurs amis, et qui agissaient d'autant plus vivement sur les âmes qu'elles émanaient d'êtres plus chers ou plus respectés. Conçues presque toujours dans les mêmes termes, parfois d'une simplicité na'ive, elles produisirent leur fruit, si bien que des « ordres foudroyants » de la Cour furent envoyés en Languedoc contre ces « Lettres séditieuses » et ces « Ecrits contre la religion » '.
I. Le jeune l'aul Bonnemère, de Montpellier [noté sur une liste de fugitifs comme : le iils de Bonnemayre, travailleur de terre] que nous retrouverons plus tard, nous fournira, à côté des Lettres de Brousson, l'exemple d'une des lettres naïves dont nous parlons. Son dossier (C. 170) contient quatre missives manuscrites qu'il expédia de Genève en 168G. Trois ont été publiées par F. Teissier (Eglise libre, du !) nov. 1883, Christianisme au XIX" siècle, nov. 1883, Journal du Prot. français, 2 nov. 1883). ?sous donnons la quatrième, la plus courte de toutes. (Orth. orijï.).
.Mademoiselle Suson Souslelle, à Galarj^ues,
De Genève, ce '.»" avril 1686.
IMadamoisele. Je prans la liberté de vous adresser ses deux mots i)Our vous protester avec sincérité que j'ai un continuel tourment dans mou cœur pour l'amour de vous, sachant que vous êtes encor dans Babj'lon. C'est pourquoi je prie le Seigneur qu'il vous ramaine bientost dans son Esglise et je suis persuadé que Dieu prendra le soin de vostre personne jiuisque je ne doutte pas que vous ne soyez preste pour suivre le Seigneur Jésus quelque part que sa providence vous apelera. Travailés donc de toutes vos forces à venir donner gloire à Dieu, sauves vous du milieu de ces Idolâtres et soyés fidèles à vostre Dieu jusques à
LES rRKDICAN'TS PROTESTANTS
Sortez de Babylone ! le commaudement était inlassablemeut répété. Si beaucoup prirent Tordre divin, comme les exilés qui le leur redisaient, dans le sens d'un appel à abandonner une patrie devenue idolâtre, d'autres l'interprétèrent comme une exhortation à se faire, en Finance même, et sur le sol des aïeux, les champions résolus d'une foi qui voulait vivre. Les lettres Aenues de létranij^er leur furent un encouragement à se rapprocher de Dieu. Ils commencèrent, comme les y poussait leur tradition et leurs habitudes, par les exercices de dévotion célébrés dans le cercle étroit de la famille. Ils en arrivèrent à des manifestations collectives que l'auteur de la Lettre de Hollande n'avait même pas osé entrevoir.
la mort. Comljaltés le bon combat de la foy, alin qu"un jour tous ensemble nous nous puissions voir dans le Ciel. Recevés donc ce petit écrit comme venant de la part de celluy quy est
Mademoiselle,
Vostre très humble et atiectionné serviteur, Pail.
Si vous voulés vous rendre à Lion vous n"ave/. qu'à me faire savoir votre santiment lorsque vous y scrés, et de là je vous l'eray arriver là ou je suis par de moyens assurés s'il plaist à Dieu. Et vous ferés Tadresse cliés David Traclieau proche le temple de Saiiit-Geivais, à Genève.