‹ Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc, 1684-1700Chapitre 51 sur 284 · C. IGli · texte numérisé non relu

C. IGli

i. C. lOV.

n. C. ICw.

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dont la puissance et la richesse allaient se déployer librement. Les protestants de IG80 qui se' réunissent pour lire la Bible et chanter un Psaume sont les héritiers directs de ces « écoliers » de l'Académie de Nîmes, par exemple, qui en loS'i- « lisaient en leurs maisons la Sainte-Ecriture, faisant convenlicules et dogmatisant!).

Les cultes de famille agrandis se développèrent en diverses régions de France dès la démolition des premiers temples. Une déclaration royale du 30 août 1G82 défendit aux P. R. de s'assembler a sous prétexte de prières publiques, de lectures ou autres actes de lexercice [de leur religion] », ailleurs que dans les temples, et sans la présence du ministre régulièrement nommé par le Synode ou le Colloque. La peine encourue était l'interdiction de l'exercice pour la conmiunauté coupable, 3,000 livres d'amende et « une peine corporelle ». Une nouvelle déclaration (2G juin iG84) fixa la peine corporelle, eu décrétant contre les coupables « le bannissement de la province pour neuf ans ».

Malgré les défenses du roi, qui prétendait poursuivre dans ces cultes irréguliers des assemblées tumultueuses, ils apparurent vite indispensables au maintien d'une Eglise que la persécution accablait, si bien qu'une « liturgie » véritable fut imprimée, qui en devait faciliter la célébration. Les Archives du Languedoc nous en ont conservé une copie, qui fut saisie à Glermont-Lodève (déc. IG80), chez Pierre Grouzil. Intitulée : « Suite de l'exercice des chrétiens privés de pasteurs », la plaquette portait au bas de la première page la date, en chitîres romains, de IG80'. L'original imprimé fut découvert à Bréau dans une métairie, appartenant au S" de La Roquette, et le procès-verbal de perquisition en transcrit ainsi le titre et le contenu : L'exercice des chrétiens privés de pasteurs, comprins en un Advertissement, deux Discours et une Prière »'.

Dès les premiers mots de V Avertissement, nous sommes mis en face d'une action considérée non seulement comme légitime, mais comme ordinaire et naturelle. L'auteur ne croit même pas nécessaire de recommander la célébration du culte en commun.

1. Pierre Crouzil, lils d'un marchand, 32 ans. Son dossier incomplet (G. 1(J3; a déjà été dépouillé par Corbière (Bull. XXX, 338).

2. l'n autre exemplaire fut saisi sur le fug-itif Soujjej-ran, dit La Perruque, de Baniéres, près Saint-Jean-du-Gard. Une autre copie lut retrouvée a Pézenas. Peutêtre faudrait-il rapprocher de cette plaquette un ouvrage dont nous ne connaissons que le titre : La Pratique chrétienne, pour les fidèles qui sont prii'cs du S. Ministère, par Claude, le pasteur de Paris, 1685 (voir Bull. XWII, :!81i.

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Lorsque les fidèles seront assemblés en quelque lieu, celui qui devra faire l'exercice commencera par se mettre à genoux, et un chacun l'ayant imité, l'écoutera attentivement, lequel ayant invoqué le Saint Nom de Dieu en ces termes: u Notre aide soit au nom de Dieu qui a t'ait le ciel et la terre, Ameu)),poursuivi'a par ces paroles ou d"à peu près semblables : '

« Seigneur notre grand Dieu el notre Père Céleste, nous voici assemblés au nom de ton Fils J.-C. pour te prier qu'il te plaise d'avoir agréable le culte et le sacrifice que nous te rendons de nos louanges et de nos actions de grâces et la sanctilication que nous taisons du sacré jour de ton repos, selon ton ordonnance. Donne-nous, ù Dieu, ton Saint-Esprit, afin que par icelui nous lassions notre profit de la lecture de ta Sainte l*arole et que nous chantions avec zèle tes immortelles louanges ; donne-nous, o Dieu, une loi qui nous embrase d'amour envers toi et de charité envers nos prochains ; fais, Seigneur, que l'exhortation et la prière qui nous sera faite serve à ta plus granile gloire et à noire propre salul. Regarde nous, o notre bon Dieu, de ton œil favorable afin que nous ne sortions point de ce lieu que nous n'ayons reçu ta liénédiction».

Et se tournant un peu vers l'assemblée, lui adressera sa voix en disant :

« Que donques, mes chers frères et mes chères sœurs, un chacun de nous demeure prosterné devant la face du Seigneur avec confession de ses fautes et de ses péchés, en suivant de son cœur ces paroles : « Seigneur Dieu, Père éternel et tout puissant, nous confessons et reconnaissons sans feintise... | suit la liturgique Confession des péchés].

Après celte prière ou confession, on chantera quelques Psaumes et on lira quelques chapitres de la Parole de Dieu, ensuite on lira un des discours de ce livre ou cpielque sermon propre pour le temps. Après quoi on chantera un Psaume et le même qui a lu ou fait le discours, dira la Prière pour le troupeau prii'é de pasteurs, ou telle autre qu'on jugera plus à propos, à la lin de laquelle on ajoutera la Prière dominicale, le Symbole des Apôtres, et pour la lin la Bénédiction qu'on prononcera eonmie en famille.

A la fin de ces exercices on doit s'informer des malades, les aller visiter et consoler et leur faire la prière à peu près dans les formes prescrites dans ce livre.

\^ Avertissement est suivi des Discours auxquels il renvoie ses lecteurs. Ils sont au nombre de deux ; le premier développe un fragment du Psaume XXVlI(v. lîi), le second dont la copie ne nous a pas conservé le texte, alléij^uedes exemples de la foi des patriarches. Vient ensuite la Prière mentionnée aussi plus haut, pour les fidèles qui sont privés de pasteurs.

Enlin l'auteur, qui a rappelé aux réformés l'oliligation où ils sont de secourir spirituellement leurs frères souffrants, a

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ju^é bon de leur faciliter la tâche. Il a écrit : « Le deroir des Jidèles en la Visitation des malades.

« Le fidèle èlant auprès de lui. lui adressera sa voix à peu près en ces ternu^s [suivent quelques mots d'exhortation, puis on lit] :

D. Avez-vous pas ces bons sentiments, mon frère ?

R. Oui, par la grâce de Dieu.

D. Trouvez-vous bon. mon frère, que nous priions Dieu ?

R. Oui. certes, et vous me ferez un grand plaisir.

— Eh bien, mon frère, pendant que nous invoquerons notre Dieu au nom de son Fils ,1. C. notre Sauveur, élevez votre âme et votre cœur à Dieu, afin qu"il veuille exaucer noire prière : suit la prière I.

Le petit livre s'achève par une Prière du matin et une Prière du soir pour la famille chrétienne.

Des réunions pieuses du genre de celles que préconise la liturgie qui précède, loin d'avoir été envisagées de mauvais œil par les pasteurs furent donc suscitées par eux ' .

Crouzil, qui était aveugle, fut inculpé d'avoir célébré chez lui des cultes interdits par le roi. 11 fut enfermé à la citadelle de Montpellier. Son infirmité lui valut d'échapper aux galères. Conduit dans les prisons d'Aigues-Mortes. il y mourut bientôt, et comme il était relaps, son corps, traîné sur la claie, demeura exposé jusqu'à ce qu'il eiit été dévoré par les chiens ".

L'histoire de l'avocat de Montpellier Cambolive nous montrera un consistorial poussé par ses collègues à célébrer des cultes publics.

Après la démolition du temple de Montpellier, raconte Cambolive ^, les pasteurs qui étaient prisonniers à la Citadelle ayant été bannis, excepté M. Bertaud père que l'on laissa dans la ville pour baptiser les enfants, le peuple protestant qui était fort nombreux., n'ayant point d'exercice, alla à Pignan. Cournonterral, Saint-Jean de

!. La copie de Crouzil porte à la lin quatre lettres qui sont peut-être les initiales de l'auteur du livre : P. LA. R.

2. En plus de la liturgie que nous venons d'analyser. Crouzil sVlait fait copier par son jeune neveu un certain nombre de prières propres à alimenter le culte secret. On retrouve dans son dossier la l'rière sur iétat d'un troupeau dèsolr, composée par Du Bourdieu le père, ministre de Montpellier, qui avait dû fuir lors de la condamnation de son temple : une Prière générale pour le temps ou nous sommes: une \ongiie Prière pour le troupeau prii'é de pasteurs, donl l'original imprimé fut saisi à Monoblet : et une Prière pour demander à Dieu la conservation de l'e.vercit'e public de la Religion, qui ne remplit pas moins de iCt pajres. Sur la mort de Crouzil \oir Jurieu Let. Past. l. IS'.». et l.eliévre. In déporté pour ta toi, p. -29.

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