Histoire de dii'ers é\'ènemenls
i':tienne camiîolive 81
Védas et autres villages voisins, où il y avait encore des Eglises ; mais, ne pouvant contenir leurs troupeaux ni la quantité du peuple de Montpellier, le Consistoire s'assembla secrètement et délibéra de nonmier des personnes pour faire des prières, lire des sermons au peuple et consoler les malades. Je lus un de ceux qu'on nomma, et M'' de ... un des anciens, me dit que la Compagnie du Consistoire... me priait de vouloir exhorter le peuple à la persévérance, prier Dieu dans mes maisons et recevoir ceux qui y viendraient, qu'il fallait redoubler de zèle pour la gloire de Dieu, en agissant pourtant avec prudence. Je lui répondis que j'acceptais l'ordre de bon cœur, et que quelques dangers qu'il y eût, je l'exécuterais. Le lendemain il se lit une assemblée chez moi, et en peu de temps elles devinrent nombreuses, occupant non seulement mes chambres, mais encore celles de mes rentiers [locataires]. Les Psaumes s'y chantaient à haute voix, les S'^ Bosc et Collondres, chantres, s'y rendaient alternativement '.
Les assemblées de Gambolive tombaient sous le coup de la déclaration du 30 août 1682. Il ne paraît pas cependant qu'elles aient été surveillées immédiatement. Ce ne fut qu'un dimanche d'avril 1683 que l'avocat vit paraître dans l'une d'elles des ofliciers de police qui lui demandèrent de quelle autorité il tenait des réunions contre la volonté du roi et lui intimèrent l'ordre de les cesser. Il répondit qu'il obéissait aux prescriptions de la Bible et par conséquent à celles de Dieu lui-même, et qu'au surplus il n'avait point d'ordres k recevoir de la police. « En qualité d'avocat au Parlement, il n'avait que le Sénéchal en première instance et le Parlement en dernier ressort ». « Ils s'en retournèrent, ajoute-t-il, et les exercices se firent deux fois ce jourlà, et se continuèrent ».
Une accusation directe est enlin déposée par les jésuites. Gambolive est rési^ulièrement cité, se défend, allègue que le prêtre delà paroisse Saint-Pierre est de ses amis, et ne s'est point opposé à ce qu'il consolât une femme protestante dont il exhortait, lui, le mari catholique, et il est relaxé.
Les capucins, à leur tour, l'attaquent. Un des leurs, le Père Honoré, vient prêcher une mission dans la ville, « faisant mille singeries )■>. Dans un sermon il supplie ses auditeurs, s'ils veulent voir périr les hérésies, de rendre un culte ardent aux Saints et aux Ancres du Paradis. Gambolive sort de l' église Notre-Dame
1. Gambolive n'était pas le seul à Montpellier qui agît de la sorte. Il parle liiiniême (p. \-l'.\) du Mar([iiis de Rcignez (résidant à deux heures de Montauban. qu'il avait vu à Montpellier, chez le conseiller Fonlréde et chez Mesdames de Mouret et de la Yalcaresse, où il lisait la Bible, faisant aussi quelcjnes exhortations à la persévérance.
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plein de douleur d'avoir entendu « des blasphèmes si horribles ». Le lendemain (p. (iOj qui était un jour de fête, rassemblée des protestants est fort nombi*euse chez lui. Dans sa prière, l'avocat confesse ses propres péchés et ceux de ses auditeurs, et « pour réfuter cette sauterelle sortie du puits de l'abîme et confirmer les fidèles en la foi apostolique », il demande à Dieu de garder « ses simples colombes de la surprise de ces vautours, ses brebis de la gueule de ces loups ravissants », le tout en opposant des paroles bibliques aux arguments du Père, si bien que plusieurs papistes le dénoncent encore, et qu'on le menace de faire raser ses maisons.
Cambolive poursuit néanmoins son œuvre. Mais le clergé de Montpellier n'ose pas encore en venir aux violences. Il essaie de lui opposer des adversaires pacifiques. En avi'il 1684, quatre abbés venus de Paris, tiennent chez le duc de Noailles, les assemblées de controverse dont nous avons déjà parlé, où les réformés sont invités à venir discuter. Cambolive y est comme délégué par le S' Jallaguier syndic (?) des protestants, et les anciens membres du Consistoire. Il se présente chez Xoailles qui préside en personne aux débats (p. 63), et il est reçu fort civilement par les abbés. Ceux-ci lui déclarent qu'ils savent ce qu'il fait, mais qu'ils souhaitent de le désabuser, afin que son exemple oblige les autres à en faire autant. La discussion s'engage alors « sur le point de la manducation du corps de Christ au sacrement de l'eucharistie ». L'un des abbés argumente le premier. L'aVocat lui répond par une série de raisonnements fondés sur des textes de l'Evangile, avec la facilité de parole qu'il devait à ses fonctions ordinaires et la conviction qu'il tenait de sa foi et de ses connaissances théologiques, si bien, dit-il, que u les abbés ne répliquèrent nullement, et il semblait qu'ils fussent interdits de l'usage de la langue. Je criai tout haut : La A'érité triomphe ! Personne ne dit mot, excepté les gardes [de Noailles] qui dirent que j'étais un chicaneur. Les papistes furent fort chagrins, de manière qu'on n'a plus vu ces convertisseurs. Car M. de Noailles, en étant très mal satisfait, les renvoya ».
Dans le récit que l'avocat nous a laissé de ses aventures, il n'a pas dit un mot du projet de Brousson ni de la répercussion qu'eurent dans la ville de Montpellier les événements de Saint- Hippolyte ou du Vivarais. Il parait certain cependant que la question y fut agitée parmi les protestants d'une reprise possible des cultes réguliers sous la présidence d'un ministre. Divers
CAMBOLIVE ARRia'K 83
pasteurs qui habitaient dans la ville étaient disposés, au dire d'Ais^refeuille, à exécuter les articles de Toulouse. Mais le cardinal de Bonzy veillait, un jeune proposant qui tenait une assemblée publique fut arrêté, et tout resta dans l'ordre *. Nous penserions volontiers que ce « jeune proposant » n'est autre que Canibolive lui-niênie, qui pouvait passer auprès de ses coreligionnaires ou des catholiques, pour un pasteur non consacré, accomplissant toutes les fonctions du ministère évangélique, sauf qu'il ne célébrait pas les sacrements. Il faut sans aucun doute, rattacher l'arrestation de Canibolive, aux enquêtes qui poursuivii'ent au début de 1684 les pasteurs ou les laïques soupçonnés d'avoir trempé dans les mouvements « séditieux ».
Vers le milieu ou la fin d'avril (1G84) la police de la ville et le premier consul se transportèrent au logis de l'avocat, un dimanche pendant l'assemblée, prirent note du nombre des auditeurs réunis, fouillèrent la maison pour y chercher des armes, et dressèrent procès-verbal. Quelques jours plus tard Canibolive était appréhendé, enfermé aux prisons du Sénéchal dans le cachot de ceux qu'on exécutait à mort, travaillé par les dames de la Miséricorde, poursuivi par les prêtres, accablé de reproches par quelques-uns de ses amis et de ses parents. Le procès lui fut fait pour avoir convoqué des assemblées illicites. Une sentence du 8 mai 1684 le condamna aux galères, à mille écus d'amende et aux dépens".
L'avocat réformé reçut sa sentence avec calme, « il y était résolu », et de sa prison il écrivit à sa mère, et au ministre Bertaud deux lettres de résignation et de confiance en Dieu, dont la première fut recopiée et répandue, comme devaient l'être bientôt d'autres lettres de confesseurs ou de galériens ', Néanmoins il en appela de son jugement au Parlement de Toulouse, et fut bientôt conduit dans cette nouvelle ville. Enfermé aux prisons du Château avec les criminels ordinaires, dont quelques-uns, par l'outrage et la menace, essaient de le con-
1. D'Aigreleuille, Histoire de la i'ille de ^[onlpeUicI•. (Dans Corhièi-e, Histoire de VEgl. Réformée de Montpellier, p. 233.)
2. Quelques témoins, qu'il confondit, dit-il, prétendirent que les assemblées s'étaient tenues en armes et que Cambolive avait baptisé des entants, l'n des juges, M. de Valobscure, aurait opiné pour la mort de l'accusé (Combolive. op. cit., pp. G:j-8d).
3. Cambolive la transcrit à son tour (p. Sli). n La copie, dit-il, en courut dans les pays étrangers, parce que M"' de Mouret, so'ur de M. le Conseiller l'onfrede, avant que de la rendre à ma mère, en donna des copies à plusieurs personnes, et j'en trouvai une en Suisse, lorsque je sortis de France. »
8i LES PRKDICANTS PROTESTANTS
vertir afin d'obtenir leur propre grâce, il exhorte les prisonniers protestants à demeurer fermes dans leur foi. Daguesseau lui envoie le grand vicaire de l'archevêque de Toulouse et lui promet 1,500 livres de pension sil abjure. 11 comparait enfin devant la Grand Chambre comme « criminel d'Etat «. Ses juges l'accusent, quand il proteste n'avoir fait que prier Dieu, d'être rebelle au roi, d'avoir en réalité convoqué ses assemblées pour émouvoir une sédition ou une révolteet mettre le feu dans la province. Néanmoins la sentence des juges de Montpellier est adoucie. Cambolive n'est plus condamné qu'à l'amende, aux frais, et au bannissement pour cinq ans du ressort de la sénéchaussée de Montpellier (p. 113).
Les portes de sa prison ne s'ouvrent devant lui qu'au début d'août lG8o, quelques mois après son procès. Les consistoriaux de Montpellier, qui ont gardé leurs relations avec lui, lui demandent alors de continuer ses assemblées dans les environs de Toulouse. Il va donc vers Montauban, mais les dragons du Béarn, on le sait, vont entrer dans la ville. Il célèbre quelques cultes chez le baron de Montbeton. qui est le premier à lui conseiller de se retirer quand les soldats arrivent'. Il pousse une pointe vers le pays de Foix, mais les anciens de Mazères ne souffrent même pas les assemblées privées. Il revient à Toulouse : les capitouls apprennent qu'il a visité un malade, et manquent se saisir de lui. II poursuit par Carmaing, Puylaurens, Revel, où en pleine place publique il exhorte les protestants à ne pas suivre l'exemple de quatorze gentilshommes qui vont abjurer. Il gagne Castres, mais la ville est all'olée. « Personne n'ose prier Dieu ni faire la moindre assemblée ». A Lacaune, il rencontre « plusieui's lâches qui se vendent pour de l'argent, comme on vend le bœuf à la boucherie ». Il discute avec un vicaire, en face de plusieurs réformés dont l'un lui reproche sa témérité et son audace : « C'est aux ministres à réfuter l'erreur, et non pas à lui ! » A Yabre, il trouve le peuple réuni, qui attend les gens de guerre, et au milieu des protestants leur pasteur, Lacam, qui l'embrasse, le réconforte, et lui dit : « Monsieur vous faites bien, car il ne m'est pas permis de parler », Les soldats surviennent. Cambolive passe plus loin. Il atteint Brassac et Castelnau de Brassac, reculant pied à pied devant les dragons de Kœnigsmarck, s'elforçant. mais sans succès, de fortifier dans la foi des gens épouvantés qui lui disent en pleu-