I . riull. XLIV
i C- l"i. Dossier Poujol.
0(j LES PRIiUICAM'S PROTESTAJfTS
dans une suprême tentative pour rejoindre les frères qui les appellent de l'autre cOité de la frontière. Mais d'autres, au contraire, accepteront leur sort et y trouveront leur vraie vocation. Une ardente passion agitait leur âme. C'était pour ne pas fléchir le genou devant Baal qu'ils avaient « pris les bois ». Seuls ils étaient demeurés fermes pendant la tourmente. Vivant entre eux, continuant la prière particulière et la prière commune, leur ferveur spirituelle s'aviva sous l'aiguillon de leur vie misérable. Ils sentirent s'imposer à eux le devoir de rallumer le flambeau de la parole divine au milieu dun peuple qui l'avait laissé s'éteindre. Réduits à gémir sous les genêts de leurs montagnes comme l'antique prophète d'Israël, ils maudirent à leur tour une puissance aussi impie que la Jézabel il'autrefois et virent dans les persécutions qui les atteignaient la marque infaillible qu'ils étaient le peuple de Dieu. Les petits cultes qu'ils célébrèrent d'abord devant des groupes frémissants composés de fugitifs comme eux, leur communiquèrent une nouvelle assurance. Une foi intense exalta leurs facultés. Leur volonté devint plus tenace, leur ambition plus hardie. L'indignation les rendit éloquents, la douleur et la conviction leur conférèrent une vigueur qu'ils ne s'étaient pas soupçonnée. Le peuple des fugitifs devint prophète à sa façon. La méditation se transforma en exhortation, l'exhortation en discours véritable. Tel se trouva « prédicant » sans pouvoir sans doute lui-même marquer les étapes de son développement.
Dès le mois de janvier de l'année iG8(), cinq de ces convaincus travaillaient déjà les Basses-Gévennes. Ils exprimaient ouvertement leur intention de restaurer intégralement le culte proscrit, et de rendre à l'Eglise désolée toutes ses manifestations traditionnelles.
Dans ses Lettres Pastorales, que Jurieu, ancien professeur de théologie à Sedan et pasteur réfugié à Rotterdam, expédia en France tous les quinze jours à partir du 1" septembre 1080, et qui, plus tard, réunies en volumes, ont été l'une des sources les plus souvent utilisées pour l'histoii'e des premiers prédicants, Vivent (dont Jurieu ne transcrit que linitiale) est nommé le premier. Tout laisse supposer en eflet qu'il donna l'élan décisif aux autres.
Celui que La Baume, conseiller au présidial de i\îmes, et bien placé cependant pour connaître les faits, appelle « un misérable sorti de la lie du peuple », était au contraire issu d'une très